09 avr 2007

S’il est élu, François Bayrou gouvernera avec la gauche

2 Comments Analyses des Bloggers

Un point de vue de gauche sur la candidature Bayrou

A bien y regarder de près, Jacques Chirac, le conquérant, lhomme qui aura su ramener la droite au pouvoir en mai 1995, naura réussi à le faire, que pour quelques mois. Il se sera ensuite cassé les dents, en tentant dimposer à la hussarde une réforme de la sécurité sociale, réforme qui aura provoqué la grève générale la plus importante de laprès 68 (plan Juppé – décembre 95), ce qui aura eu pour conséquence, la dissolution de lAssemblée Nationale (avril 97) et la cohabitation jusquen 2002. Puis la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections Présidentielles de 2002, aura fini de brouiller les cartes. Ce sont des voix de gauche qui auront permis à Chirac dêtre réélu.

A bien y regarder de près, malgré la mise en scène du thème de la rupture, Nicolas Sarkozy est bien le fils spirituel de Chirac. Les deux hommes auront utilisé les mêmes armes pour arriver aux mêmes buts. Sarkozy est le continuateur de lÅ“uvre de reconquête du pouvoir entreprise par Chirac, après la mort de Georges Pompidou,  » Å“uvre  » qui est encore, à ce jour, inachevée.

Si Sarkozy était élu, ce serait donc la victoire dun camp politique qui, depuis près de trente ans, est enfermé dans une surenchère permanente pour réussir à détrôner une gauche idéologiquement et politiquement dominante. Si Sarkozy était élu, ce serait larrivée au pouvoir de la droite la plus marquée idéologiquement et politiquement, que la France ait connu depuis soixante ans.

Par voie de conséquence, si Sarkozy était élu, ce serait pour la gauche une défaite majeure. Cela serait, en tout cas, perçu ainsi par tout un chacun et cela se traduirait très brutalement dans les urnes, lors des législatives, au mois de juin. La gauche retournerait probablement à ces scores de lavant 68. Le  » Ni droite, ni gauche « , le  » Tous pourris « , la fascination pour les extrêmes, la quête de lhomme providentiel, la volatilité de lopinion, toutes ces négations, tous ces enfantillages, tous ces faux-semblants qui dominent la scène politico-médiatique aujourdhui, nous disent la même chose. Ils sont, de manière paradoxale, des révélateurs de lépuisement des combattants et de linvisibilité des enjeux de ce combat. Il nest quà regarder pour sen convaincre, ce qui se passe du côté de la gauche de la gauche. Ces doux rêveurs se croyaient majoritaires au sortir du référendum sur la Constitution européenne, il y à peine deux ans, ils ne sont déjà plus rien, dès avant léchéance électorale. Nous vivons le dernier acte dun long cycle politique. Ceux qui perdront la bataille, ne se relèveront pas de leur chute.

Pourtant quon le veuille ou pas, le clivage droite/gauche exprime aujourdhui comme hier, les vrais réalités du monde. Nous entrons dans une nouvelle ère économique qui est autant porteuse de transformations radicales, que celles initiées par la 1ère révolution industrielle. Les gens de gauche, dont je suis, considèrent quils sont les héritiers dune pensée politique et sociale qui aura joué un rôle central tout au long des deux derniers siècles, et qui aura conduit les hommes et les peuples, à faire lapprentissage du compromis. Cette culture du compromis est aujourdhui encore, la seule réponse possible aux défis de la révolution économique en cours. Ce discours très général devrait susciter, en théorie, lassentiment de tous. Le seul sujet qui fait débat et ne cessera de le faire, cest de savoir o๠se situe le curseur. Le curseur est aujourdhui revenu du côté de la violence. La violence économique a pour corollaire la violence politique, lorsque lon ne fait pas les bons choix. La gauche moderne, continue de se revendiquer de la social-démocratie et a raison de le faire. La droite moderne, par contre, se cache derrière le masque de lanti-terrorisme, et est revenue à ses pulsions premières. Nous la voyons à lÅ“uvre de lautre côté de lAtlantique, elle est laffirmation de légoïsme des puissants, elle est la tentative de réappropriation des pouvoirs par une caste, elle est le retour de la violence sociale et de la guerre comme seul horizon politique, elle est laveuglement idéologique. En à peine dix ans, Georges Bush, aura réussit à détruire pratiquement tous les outils de coexistence que les peuples sétaient donnés au sortir de la deuxième guerre mondiale. Nous en voyons les premiers résultats en Irak. Les terroristes de Bush, sont la racaille de Sarkozy. La même idéologie nous mènera à la même impasse. Souhaitons que les Français sachent dire à Sarkozy ce que les Espagnols ont dit à José Maria Aznar après lattentat de Madrid, en octobre 2004. Dehors, les pompiers pyromanes !

Mais pour lheure, nous nen sommes pas là , la droite est dominante. Elle est même en passe de gagner son pari. Elle surfe sur la peur et flatte les égoïsmes. Pour autant, cela ne suffit pas pour expliquer la stagnation de la gauche. Lors des dernières élections politiques nationales, les élections régionales de 2004, le total des Partis de gauche étaient de 45% au 1er tour. Pour lheure, les intentions de vote de 1er tour se situent entre 30 et 35%. Quest ce qui peut expliquer une inversion de tendance aussi lourde et rapide ? Pour ma part, je crois quil sagit du référendum sur la Constitution européenne. Laurent Fabius porte une énorme responsabilité dans cette affaire. Au moment, o๠il aurait fallu que la gauche se montre offensive, face à lidéologie du repli sur soi, Fabius a choisi la démagogie, loutrance et la surenchère… bref, il se sera fait lallié objectif de… Le Pen ! Cest un non-sens complet. Faire de la politique, cest savoir désigner ses ennemis. Il ne sagit pas là de régler des comptes, il sagit simplement de rappeler quelques vérités premières. A lheure o๠la droite se radicalise, la place de la gauche est dêtre au centre de léchiquier politique.

Les sondages ne se trompent pas… ils nous trompent. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les sondages en eux-mêmes, ce sont ceux qui les commandent et les financent. De 2002 à 2005, les colonnes de nos journaux étaient remplies de sondages mettant en scène lopposition Chirac-Sarkozy, Sarkozy-Villepin, ce qui était une manière détournée dexprimer lidée que la gauche nexistait pas. Il aura fallu attendre le ras de marée à gauche des élections régionale de 2005, pour que les commentateurs de la vie politique changent leurs fusils dépaule et inventent de nouvelles… mises en scène ! Mais arrêtons-là . Il serait trop long de commenter le rôle ambigu de lhyper puissance médiatique aujourdhui. Lire en complément sur ce sujet :  » Sondages non merci ! « , du même auteur. Quoi quil en soit, la volatilité actuelle de lopinion traduit une réalité politique. Faire de la politique, ce nest pas simplement avoir des opinions, cest aussi les défendre. Face aux manipulations du camp den face, les électeurs de gauche se doivent de faire des choix tactiques. Ils doivent voter utile.

La gauche est inquiète. Certains éprouvent le besoin mortifère dagiter en permanence lépouvantail Jean-Marie Le Pen. Cest une erreur. Je crois, pour ma part, quil ny aura pas de 21 avril bis. Plus Sarkozy sera triomphant, plus les électeurs du Le-Pen-2002, se sentiront flattés et associés à la victoire. Ils considéreront que ce sont leurs idées qui auront été gagnantes. Il ny aura pas de nouvel élan irrépressible en faveur de Le Pen lors du 1er tour, je crois même, que son score sera moindre que ce que disent les sondages aujourdhui (qui sont très nettement corrigés à la hausse). Beaucoup des électeurs du Le-Pen-2002, voteront Sarkozy dès le 1er tour en 2007.

Si Sarkozy est élu Président de la République la gauche est totalement défaite, nous lavons suffisamment dit. Mais linverse est tout aussi vrai. Si Sarkozy nest pas élu, la droite dans son ensemble en paiera le prix, car la droite aura fait corps avec son chef… extrême. Il est donc essentiel de voter utile dès le 1er tour, pour que le candidat de 2ème tour, soit celui qui sera en capacité de faire perdre Sarkozy.

En létat, Ségolène Royal nest pas en situation dêtre ce candidat utile de 2ème tour. Les sondages qui étaient à peu près équilibrés, il y a 3 mois, la donnent perdante quasi systématiquement aujourdhui. Ce que les organismes de sondage appellent, son  » équation personnelle « , nétait rien dautre, que leffet de la bulle médiatique qui laura fait reine… dun jour. Elle a construit son image en opposition à celle de son Parti et plus lélection se rapproche, plus sa  » surface politique  » se limite à la  » surface politique  » du Parti socialiste. Il y a donc peu de chance, quau milieu de toutes ces contradictions, elle puisse inverser le cours des choses. Elle nest pas en situation dattirer de nouveaux électeurs sur sa droite, ce quil faut pourtant faire.

Reste lhypothèse François Bayrou. Qui est Bayrou ? Dans quel camp est-il ? Jetons un voile pudique sur le sujet et laissons-le réfléchir à la question… il a sans doute beaucoup, beaucoup de chemin à faire… avant de trouver la réponse ! Quil se dépêche ! Pour lheure il nous promet dêtre un monarque éclairé, et dêtre un arbitre entre deux pôles cohabitants, celui de la droite et celui de la gauche. En un mot, il serait un Chirac, version 2002-2007. Cest pauvre, les français ont déjà donné, cest dailleurs pour çà , quils sont si fatigués de tout. Cela explique dailleurs probablement pourquoi, après avoir suscité un moment lespoir, sa montée en puissance accélérée dans les sondages stagne.

Il y a une autre manière de voir les choses. Si Bayrou était élu, la droite aurait perdu. Par voie de conséquence, la gauche aurait gagné. Bayrou ne pourrait pas sassocier aux perdants. Les centristes appartiendraient, de fait, à une majorité dont ils ne seraient pas la force dominante. Le pouvoir ne serait plus à lElysée, il serait à lassemblée nationale. Les électeurs de gauche doivent aider François Bayrou à devenir Président de la République. Cest aux électeurs de gauche de faire le chemin que les appareils politiques du centre et de la gauche ne sont pas en capacité de faire : inventer en un jour, la social-démocratie de demain.

Si Bayrou était élu, il serait le syndic de liquidation dune phase politique qui sachève. Les frontières politiques que nous connaissons ne seraient plus tout à fait les mêmes. Frontières ? Cest le thème récurent de la campagne actuelle. Cest en effet le nÅ“ud du problème. Notre système politique, tourne à vide. A lheure de la globalisation, les pouvoirs économiques, sont de plus en plus anonymes, inatteignables, incontrôlables. Quant à nos organisations politiques, qui sinscrivent dans des territoires, elles ne pèsent sur rien, car la plupart des enjeux se situent justement, hors de ces territoires. Les frontières cest le conservatisme. Diviser pour régner, cultiver le chacun pour soi, attiser la haine, cest cela quont en commun Le Pen, Sarkozy et Bush. Ils entraînent le monde dans la guerre. Ils sont un camp. Il faut mettre ce camp hors détat de nuire. Lautre camp, il existe déjà . Ce sont ceux qui ont en commun la construction européenne. Il y a deux ans, la construction européenne a subi un sérieux revers. François Bayrou et Ségolène Royal peuvent ensemble réussir à la remettre sur pied. Ce ne serait pas une… rupture, ce serait un renouveau !

Pour ma part, je voterai Bayrou au 1er et 2ème tour des élections Présidentielles. Je voterai pour le candidat de gauche au moment des élections législatives qui suivront lélection présidentielle.

Extraits de « le 3ème tour sera le bon »


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2 Responses to “S’il est élu, François Bayrou gouvernera avec la gauche”

  1. Répondre dartagnan82 says:

    Pour voter Bayrou quand on est homme de gauche et chômeur,il faut avoir le courage de proposer la taxation aux frontière(voir l’Allemagne) et de tirer un trait sur la fuite des entreprises.Les délocalisations sont une des plaies du pays.Les centrales d’achat ont ruiné l’économie du pays,tant l’agriculture que l’industrie,puisque tout vient des pays asiatiques.Et tout cel

  2. Répondre Papyvon says:

    NON, s’il est élu François Bayrou ne gouvernera ni avec la gauche ,ni avec la droite ,mais avec les démocrates qui le rejoindront spontanément . Ce clivage aura fini d’exister, nous assisteront

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