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Le Parlement doit être indépendant - Le Télégramme de Brest

Posté le 11 janvier 2007 par admin

Ségolène Royal vous reproche davoir critiqué son déplacement en Chine. Avez-vous commis un crime de lèse-Royal ?

François Bayrou : Comment faire campagne quand un des candidats est une femme ? Cest une question qui se pose depuis longtemps. La réponse à cette question est quil faut faire campagne de manière courtoise mais ferme, exactement comme sil sagissait daffronter un homme. La seule question qui vaille est davoir avec les candidats ou les candidates un vrai débat sur le fond. Jai trouvé que le déplacement en Chine de Ségolène Royal était extrêmement complaisant à légard du Parti communiste chinois. Et il ma semblé nécessaire de le dire. Je me souviens de François Mitterrand qui, à Moscou, avait défendu le dissident Sakharov. Quand on compare les deux démarches, il me semble que le changement de génération revendiqué par Madame Royal nest pas franchement à son avantage.

Vous êtes vent debout contre les médias audiovisuels. Lors de vos vÅ“ux à la presse, mardi, vous avez évoqué des intimidations. Avez-vous des exemples ?

F.B. : Les gouvernants et les politiques sont naturellement très impressionnés par les grands médias, parce que sils sont privés de leur soutien, ils ont limpression quils ne peuvent plus se faire entendre de lopinion. Il est vrai au demeurant que les grands médias sont le vecteur principal des campagnes électorales. Mais, pour moi, le président de la République doit être le garant de limpartialité aussi bien en ce qui concerne les nominations quen ce qui concerne la façon dont il convient de traiter les médias.

Pensez-vous quil faut remettre en cause lattribution de TF1 au groupe Bouygues ?

F.B. : Il ny a aucune raison daller jusque-là , mais il faut respecter la loi. La loi votée il y a vingt ans précisait quil devait y avoir de nouveaux appels doffre et de nouvelles discussions avec les chaînes à intervalles réguliers. Cette loi stipulait quil fallait vérifier que les engagements pris par les chaînes, notamment en matière de programmes culturels, étaient tenus. Ces rendez-vous fixés par la loi nont jamais été honorés. Et lon a prolongé, sans que personne ne sen aperçoive, les concessions sans la moindre discussion. Ce nest pas juste. Aujourdhui, on est en train de le faire à nouveau en catimini puisquun texte a été voté en ce sens au Sénat sans que personne ne sen émeuve.

Vous préconisez une ” République nouvelle ” Etes-vous favorable à une Sixième République ?

F.B. : Je suis en effet favorable à une Sixième République. Ce que je préconise, cest la Cinquième République moins les défauts. Je pense que lélection du président de la République au suffrage universel est une bonne chose. Mais, à partir de ce choix fondamental qui a été celui du peuple en 1962, il faut que le président de la République conduise effectivement et directement la politique de la Nation. Il faut ainsi retirer au gouvernement le droit de passer en force et de mépriser le Parlement. Il faut restaurer le Parlement dans sa dignité, lui rendre la maîtrise de son ordre du jeu et supprimer le 49. 3 et les ordonnances, et lui donner enfin les moyens du contrôle, notamment en lui permettant de travailler avec la Cour des Comptes.

Pour que le Parlement soit indépendant, il faut aussi adopter une loi électorale plus juste qui permette à toutes les sensibilités politiques dêtre représentées à lAssemblée nationale.

Quelle doit être à vos yeux la bonne dose de proportionnelle ?

F.B. : Je préconise ladoption dun système électoral à lAllemande, qui respecte les circonscriptions, tout en permettant à tous les courants politiques dêtre représentés au Bundestag.

Les sondages actuels montrent un certain frémissement en votre faveur, mais vous placent toujours loin des deux favoris. Comment comptez-vous gagner ?

F.B. : Mon but est dêtre au deuxième tour de lélection présidentielle et de gagner au deuxième tour. Il y a aujourdhui un nombre très réduit de candidats en situation. Pour moi les Français effectueront leur choix le jour o๠ils découvriront quil ny a quun moyen de changer les choses, quun seul moyen de ramener les partis provisoirement dominants à une humilité de meilleur aloi et délire un président de la République indépendant des groupes de pression et capable de résister aux réseaux partisans et à certains nombre dintérêts puissants.

Vous présentez le PS et lUMP comme deux formations monolithiques. Quand on observe les querelles qui font rage au sein du Parti majoritaire, ne vous semble-t-il pas que les choses sont plus compliquées que vous le dîtes ?

F.B. : Cest plus compliqué parce quil y a une guerre très violente, même si elle est encore souterraine, au sein de lUMP. Mais les choses sont très simples parce que le PS et lUMP cherchent à enfermer les électeurs dans un réflexe gauche/droite. Mais ce réflexe nest plus adapté aux problèmes qui sont devant nous. Et je suis absolument certain quaucun de ces deux partis nest capable de les résoudre. Ils ne peuvent susciter que des affrontements et des déceptions.

Quand on observe ce qui se passe tout près de chez nous, en Allemagne ou en Autriche, on constat à linverse que lorsquon rassemble les gens, on obtient des résultats remarquables et lon donne satisfaction aux citoyens.

En France, nos institutions jusquà maintenant étaient verrouillées et ne permettaient pas une expérience semblable. Mais lélection présidentielle de 2007 permet à nos concitoyens de forcer les politiques à ce type de rassemblement.

Vous voulez rassembler. Mais comment faire dès lors que personne ne répond positivement à votre appel ?

F.B. : Cest vrai, mais les choses se sont passées de la même façon en Allemagne avant les élections. Les partis refusaient toute idée dunion nationale. Mais, une fois que le peuple a décidé, les élus ont été obligés de se rallier à la volonté populaire. Et cest ce qui se passera en France lorsque lélection présidentielle aura montré quelle est vraiment la volonté du peuple français.

Nêtes-vous pas affecté du syndrome dAstérix ?

F.B. : Astérix gagne toujours

La Bretagne a longtemps été un fief centriste. Comment comptez-vous reconquérir la place qui fut celle de votre famille politique dans notre région ?

F.B. : En étant fidèle à ce quelle pense, à ce quelle croit et à ce quelle veut. Le drame cest quun certain nombre de leaders ont abandonné leurs convictions pour se ranger sous dautres bannières.

Il faut donc une génération nouvelle. Les hommes et les femmes capables de porter cette mission de renouvellement existent partout, et tout spécialement sur la terre bretonne. Il suffit de leur faire confiance.

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