Le bénévolat doit être pris en compte dans le calcul de la retraite - Conférence permanente des coordinations associatives
Posté le 20 janvier 2007 par admin
Merci à Jacques Henrard pour son accueil. Je suis très heureux quil mait convié à cette rencontre. Je vais répondre globalement. Je répondrai par écrit à chacune des idées que votre coordination a émises. Mais je voudrais vous donner ma vision et je le ferai sans note afin que vous mesuriez limportance pour moi du sujet que nous traitons ensemble.
Je voudrais vous raconter ma journée dhier. Jétais à Clermont-Ferrand et javais décidé de centrer la journée autour de ceux qui, dans la société française et plus largement dans lunivers dont nous avons la charge – vous verrez pourquoi - rencontrent le plus de difficultés.
Ma première rencontre était avec une maison daccueil de jour pour les plus pauvres des plus pauvres. Ceux qui sont à la rue, sans plus de toit, mais le toit nest quun élément du désarroi dans lequel ils sont plongés, cest-à -dire sans foyer, sans travail, sans rien. Quelquefois nayant plus que le ou les deux chiens qui sont avec eux pour les raccrocher à une forme de vie, de rencontre, de lien. Cette maison était animée par une association. La personne qui sen occupait avait 72 ans et il y a douze ans quelle donnait tout son temps, bénévolement, à animer, organiser la main et le regard qui se tendent vers les plus pauvres. Cétait une association et ma conviction était que si cette association navait pas été là , personne naurait été là .
Ma deuxième rencontre était avec des personnes âgées en situation de solitude. Et quelquefois la solitude provient aussi de la maladie, de la perte du sens du réel. Il y avait là tous ceux qui, dans le monde rural, soccupent dapporter le soutien élémentaire à la vie et la plupart de ceux-là étaient des associations daide à domicile en milieu rural, en particulier. Et si elles navaient pas été là , personne naurait été là .
La troisième association, et cest pourquoi cela dépasse les frontières, cétait Pharmaciens sans frontières dont le siège international est à Clermont-Ferrand et qui sest fixé pour objectif de donner aux plus pauvres de la planète laccès aux médicaments élémentaires. Et ils me racontaient le travail très difficile quils ont accompli contre un certain nombre de lobbies dont lobjectif, évidemment, est de traiter le médicament comme un produit uniquement marchand et de valoriser au maximum les avancées scientifiques et commerciales qui sont faites autour de cela et la difficulté quils avaient, y compris, avec des Etats sous pression de ces lobbies. Et si cette association navait pas été là , je ne sais pas qui aurait été là .
Ces trois problèmes cruciaux, la pauvreté et la misère, la solitude, et la fracture entre le nord et le sud, le monde développé et celui qui ne lest pas et ces trois associations, ces trois types dassociations ou trois séries dassociations qui permettaient seuls dapporter une réponse qui autrement naurait pas été apportée.
Je voudrais vous dire cette conviction-là : la France, au travers de son histoire, a un réflexe perpétuel que vous connaissez très bien ; cest, chaque fois quune question se pose, de se tourner vers lEtat et de demander à lEtat, dexiger de lEtat ou de considérer quil est normal que lEtat réponde à la place de la société à tous les problèmes qui se posent. Ma vision est radicalement différente. Je pense que lEtat na pas, na sans doute jamais eu ou en tout cas na plu, les moyens et la capacité dêtre le recours universel. Et quil y a même dans cette manière de présenter lEtat comme le recours universel, une approche qui est une approche inadaptée et que nous avons à construire une société dans laquelle lEtat assume son rôle de garant, son rôle dimpulsion, celui qui entraîne et assure léquité. Mais lEtat doit trouver en face de lui une société civile organisée, et en particulier organisée par le mouvement associatif. Il y a beaucoup dhistoriens dans la salle, alors je ne vais pas refaire le chemin séculaire puisque cest au moment de la Révolution française en particulier et de la loi Le Chapelier que cette très importante question sest traitée dune certaine façon. La Révolution naimait pas quil y eut en face delle une société civile organisée et elle a fait ce quil fallait juridiquement, culturellement, politiquement, administrativement pour que la France se représente comme citoyen individuel, isolé, en face de lEtat qui représenterait le seul interlocuteur légitime, la seule autorité légitime en face de ces citoyens. Cela a été une page de notre histoire. Je ne suis pas de ceux qui disent quelle na rien apporté. Elle a apporté. Et sil y a en particulier ce sentiment dunité très profond dans la société française que personne neffacera, cest à cause de ces pages dhistoire-là .
Mais il faut trouver une nouvelle page et comme je vous le disais, cette nouvelle page doit être celle dune République ou dune démocratie de partenariat qui considère quil y a une légitimité dans lEtat mais quil y a une légitimité semblable, symétrique, dans la société civile. Et quon doit conjuguer ces deux légitimités pour que ce que nous devons au citoyen sexprime et se mette en place. Voilà ma vision.
Voilà pourquoi jai approuvé tous les efforts qui ont été conduits notamment par la Charte que vous avez signée avec un gouvernement précédent, toute la réflexion qui est la vôtre. Mais je la replace, non pas dans le cadre dengagements électoraux, mais dans le cadre dune vision de la société assez différente de ce qui sest construit en France depuis des décennies.
Je voudrais traiter maintenant, concrètement, après vous avoir dit cette vision de partenariat entre une société civile organisée et lEtat garant et chargé dimpulsions, de cinq questions qui sont toutes les cinq abordées dans les dix propositions que avez formulées. (Je retiens ce qui pour moi est essentiel.)
La première question, très importante, est celle de la représentation des associations . Parce que si lon veut une société civile organisée, une France qui sexprime non pas à partir du haut mais à partir du bas, à partir du tissu de la vie, des attentes que, dans les quartiers, les villages, les gens expriment, alors il faut pouvoir avoir un dialogue organisé. Et je suis donc favorable à ce quon améliore la représentation des associations. Le lieu qui devait être celui du dialogue à lintérieur de la puissance publique ou dans la préparation des décisions de la puissance publique entre la société civile organisée et lEtat, et les décideurs politiques, ce lieu existe mais on nen fait rien. Cest le Conseil économique et social. Le Conseil économique et social, oublié, ignoré, éludé par lensemble des pouvoirs politiques depuis des années, depuis des décennies. Il ny a jamais une minute, dans un journal télévisé, de quelque nature que ce soit à légard du Conseil économique et social. Je suis pour quon le restaure dans sa légitimité et dans sa force. Et dans ce Conseil économique et social, comme dans les conseils économiques et sociaux régionaux, comme dans le Conseil économique et social européen, il faut améliorer la représentation des associations. Permettez-moi de mettre une note en bas de page : il faut améliorer la représentation des associations et il faut faire attention à un risque qui est celui de notabilisation. Cest très difficile de représenter la diversité des associations sportives, sociales, culturelles, démocratiques, de toute nature et comme cest difficile, on a tendance à pérenniser des réseaux de responsabilité. Je pense que cest un risque auquel il faut réfléchir. Autrement dit linvention dun forum démocratique réel, dans lequel la représentation des aspirations des millions dassociations que vous représentez soit prise en compte, est, à mon avis, un défi important.
Deuxièmement. Si on a amélioré la représentation des associations, il y a une question absolument capitale qui est lorganisation de la concertation avant toute décision publique pour la société française . Bien entendu, cest aux politiques dassumer la responsabilité des décisions, mais que navons-nous lhabitude ou que ne nous sommes-nous pas fixé dobligation dorganiser auparavant, en amont de la décision publique, une consultation, une concertation, une réflexion partagée avec ceux qui seront les utilisateurs et le vrai tissu vivant qui va assumer les décisions que lon va prendre. Je suis partisan quil y ait un délai incompressible, sauf en cas durgence, devant toute décision publique et dans la préparation, en particulier, des décisions législatives et réglementaires, un délai de plusieurs mois. Jai fixé trois mois incompressibles, pour quon puisse se saisir des décisions qui vont venir et que dans le cadre que jai indiqué, on puisse les examiner.
Troisième idée. Il y a un problème très important pour les associations, cest la formation parce que les associations assurent une fonction de formation et ont besoin de la formation des bénévoles et des cadres. Il y a de ce point de vue-là tout un travail à construire, à la fois du point de vue des crédits – vous avez dit 30 millions deuros – et du caractère pluriannuel de ces crédits.
Vous avez parlé de lemploi des associations. Je voudrai élargir ce sujet parce quil me semble quil y a dans lemploi associatif des spécificités, des caractères qui ne ressemblent pas, toujours, à lorganisation de lemploi dans les organisations privées. Et il me semble quon va devoir faire appel aux associations pour quelque chose qui nest pas exactement de lemploi que jappelle activité universelle et qui est, à mon sens, un très grand enjeu. Je voudrai vous expliquer mon idée. Il y a des centaines de milliers, millions peut-être de personnes qui senfoncent dans lexclusion simplement parce quelles sont condamnées ou se sentent condamnées à linactivité et peut-être – je vous demande pardon dutiliser ce terme – à linutilité sociale. Ces personnes ce sont tous ceux, ce ne sont pas les seuls, mais je pense en particulier à ceux qui relèvent du RMI qui y restent très longtemps, qui y sont piégé pour des raisons qui dépendent de lorganisation de notre société ou des aides qui sont les leurs. Il y a, aujourdhui, 1 300 000 personnes au RMI. Si on veut vraiment appliquer le I de RMI, cest-à -dire traiter de la question de linsertion, il ne faut pas se contenter de leur faire un chèque à la fin du mois, il faut leur offrir la chance dun engagement dans la société oà ¹ ils valoriseront leurs compétences et leurs aptitudes. Au lieu dêtre écartés et marginalisés, quils soient au contraire en situation dutilité et dengagement. Cela ne peut se faire que par le tissu très dense des associations et des collectivités locales. Cest donc un très grand engagement. Celui-là nest pas dans les dix points que vous avez indiqués, mais je veux vous dire que cest présent à mon esprit. Ce nest pas seulement de lemploi, cest de la valorisation humaine. Cest un très grand enjeu pour sortir des centaines de milliers de personnes de lexclusion et en même temps pour enrichir le tissu sur lequel repose laction associative.
Je voudrai vous parler du bénévolat. Cest un sujet que vous avez abordé et je voudrai vous dire ce que jen pense, ce nest dailleurs pas très différent de ce que vous avez écrit. On demande très souvent de sintéresser au statut du bénévole , je naime pas cette rencontre de mots parce que le bénévolat, par nature, est engagement, est le don, est gratuit. En revanche, je pense quil faut nous allions plus loin que nous ne sommes allés aujourdhui dans la considération que la société apporte aux bénévoles et considération sur deux points. Le premier, ce que vous avez fait et ce que vous avez appris, on doit le reconnaître. Cest toute la réflexion autour de la validation des acquis que nous avons traitée en dautres temps dans le cadre de luniversité et de lEducation nationale. Et tout ce qui sera un jour de la reconnaissance de cet engagement notamment en matière de retraite . La question des retraites est devant nous. Pour moi, le jour viendra, oà ¹ lorsquon regardera les droits acquis à la retraite dans la vie dune femme ou dun homme, on devra prendre en compte non seulement les droits professionnels mais les droits quon acquiert dune certaine manière par lengagement au service des autres. Cela sera un des aspects de la réflexion que nous aurons à conduire sur la retraite. Je pense que lengagement de toute une vie notamment bénévole, doit aussi être pris en compte lorsque les décisions sur la retraite devront être prises.
Dernier sujet. Je voudrai traiter du financement pour dire que japprouve la demande que vous faites d une définition législative de ce quest la subvention et je pense que la subvention doit cesser dêtre annuelle pour entrer dans un cadre pluriannuel . Il faut pour les associations une visibilité, une lisibilité de leur avenir et cela ne peut se faire que dans le cadre de conventions pluriannuelles, évaluées et que je propose glissantes. Cest-à -dire, au lieu davoir une période de trois ans, au bout de laquelle tombera un couperet, quon ait une visibilité et une lisibilité avec lexpression dexigences et une évaluation. Comme vous le voyez, cest un grand changement pour la définition des relations entre associations et Etat et cela correspond pleinement à cette vision dun Etat qui cherche un partenariat équilibré avec la société civile et non pas qui garde lépée de Damoclès qui si, on coupe le fil, tombe sur des gens dont on ne serait pas satisfait.
Voilà la vision que je voulais défendre devant vous. Je pose une dernière question : celle dune évolution du statut dun certain nombre dassociations . Il y a un certain nombre dassociations qui sont les supports de politiques publiques, en réalité, et pas seulement issues de la vie associative spontanée. Elles se plaignent souvent de ce que elles nont pas les dispositions statutaires et juridiques qui leur permettent dexercer pleinement leur action. Ce nest pas dans les dix points de votre demande, mais je pense que cest une question à prendre en compte dans cette évolution que je souhaite de rapports complètement différents entre le monde de la société civile organisée, celui des associations, et un Etat qui aurait compris quil nest pas le patron de la société civile mais quil est un garant de lexpression et de limpulsion que le monde des citoyens demande dans une démocratie qui sera nécessairement nouvelle et dans une République qui trouvera nécessairement un nouvel équilibre.
Je vous remercie.
Tags | PS
























8 février 2007 à 11:29
Bonjour,
Je voudrai apporter ma contribution sur le bénévolat.
J’ai fais, pendant quelques années, quelques activités de bénévolat. En effet, je souhaitais apporter
5 mars 2007 à 17:56
Je vous conseil d’aller faire un tour sur le site http://www.quelcandidat.com, réalisé par le Dauphiné Libéré.
Y a un vote virtuel Bayrou/Royal et François, après avoir largement terminé en tête au 1er tour (28%) est en train d’écraser Royal.
Sinon, sur ce site, cliquer “les blogs” et “décalage” et y a un article très marrant où on voit que sur les marchés de fruits et légumes de Grenoble, tout le monde va voter Bayrou. Je vais poster mon commentaire ! Vive les marchés de Grenoble !!!