Il faut régionaliser les politiques de santé – Le Généraliste
LE Gà ‰Nà ‰RALISTE : Au cours de la dernière législature, lUDF na pas ménagé ses critiques concernant la réforme de lAssurance maladie et cela a même conduit une majorité de ses députés à voter contre les derniers Plfss. Dans les cinq années à venir, faut-il prévoir des retouches ou une révision complète du dispositif mis en place en 2004 ? Que reprochez-vous à cette réforme ?
François Bayrou : Avant tout, le manque de vision stratégique et de crédibilité de cette réforme. Lautre raison est laggravation de la crise dans tout le secteur de la santé : à lhôpital, oà ¹ trois quarts des établissements sont dans le rouge, comme chez les médecins. Lurgence est de mettre fin aux mesures de court terme pour privilégier le long terme, en cessant de considérer que chaque alternance impose de tout reprendre à zéro. Sur la méthode, il convient dassocier les acteurs qui doivent être acteurs de la décision en amont et responsabilisés. Cette méthode entraînera une réflexion sur lorganisation du système lui-même. Je plaide pour la régionalisation de la politique de santé, parce que certaines démarches et projets peuvent être très différents selon les secteurs géographiques. Mais la voie cruciale à choisir est celle de la prise en charge globale du patient et de la prévention. Cest la stratégie la plus déterminante pour améliorer le niveau de santé de la nation et obtenir, dans le même temps, des économies.
Point central de cette réforme, le dispositif du « médecin traitant » vous paraît-il un succès ou un échec ?
F. B. : Je crois peu au médecin traitant comme distributeur de ticket daccès gratuit au spécialiste, mais je crois beaucoup au médecin traitant comme acteur et responsable de la prévention. Mais ce qui me gêne, cest que ce système crée une médecine à deux vitesses. Il y a, dun côté, ceux qui sont prêts à payer plus pour aller voir directement le spécialiste dans des délais raisonnables, en étant moins bien remboursés et, de lautre, ceux qui ne pourront pas se le permettre.
Face à limportance du déficit des comptes sociaux, jugez-vous indispensable une réforme du financement de lAssurance maladie. Et, si oui, quelles solutions préconisez-vous ?
F. B. : Rien ne justifie que lemploi salarié, doive supporter à lui seul la solidarité nationale dans tous les domaines de la santé et de la protection sociale. Certains défendent lidée de la TVA sociale, comme au Danemark, mais soyons conscients que la TVA sociale ne pourra soutenir, à elle seule, de tels transferts ; dautres évoquent la CSG, dont le taux est déjà élevé. Je soumets au débat lidée dune » cotisation sociale universelle « , fondée pour lentreprise sur la valeur ajoutée. Je demande, par ailleurs, quil soit mis à létude lidée dun prélèvement direct dune fraction extrêmement faible, de lordre dun millième ou dune fraction de millième, des sommes qui circulent dans les échanges bancaires, dans un cadre européen.
Au cours de cette dernière mandature, votre parti a entrepris de sonder et de rencontrer les acteurs de santé. Les médecins libéraux vous semblent-ils « avoir le moral » ? Quels enseignements tirez-vous de cette consultation pour lavenir de la médecine libérale ?
F. B. : Le premier élément de cette consultation qui ma frappé, cest le taux exceptionnel de réponses : 14 000 réponses pour une profession aussi surchargée de tâches, médicales et
extra-médicales. Cest un cri et cest une mise en cause. Cette enquête a révélé la profondeur du désarroi du monde médical, dont les causes sont nombreuses : les changements brutaux induits par les multiples réformes mises en Å“uvre sans concertation préalable ; le poids de ladministratif qui rend la charge de travail des praticiens insupportable et nuit à la qualité des soins ; linstauration dune médecine à deux vitesses, lirréalisme de certaines réformes… Jen tire principalement lenseignement de lenvie des médecins de participer à une réflexion sur leur métier ; de leur souhait que lon éduque les assurés et, en particulier, ceux qui pratiquent le nomadisme médical et de leur déception de ne pas avoir le temps de faire davantage de prévention.
Dans la profession, beaucoup sinquiètent des difficultés démographiques. Quoique nombreux à sinscrire en faculté de médecine, les jeunes semblent réticents à choisir la médecine générale. Comment faire pour que cette discipline redevienne attractive ?
F. B. : On est au bord de la désertification médicale dans de nombreuses régions et dans plusieurs spécialités. Il faut une politique active de restauration du tissu médical. Au temps lointain oà ¹ il fallait restaurer le tissu des professeurs, on inventa les Instituts préparatoires à lenseignement secondaire (Ipes), qui garantissaient à certains étudiants un revenu pendant une partie de leurs études, pourvu quils souscrivent lengagement de servir dix ans dans la fonction publique : une politique du même ordre, incitative, peut être imaginée pour le
tissu médical français.
On fait souvent le reproche au système de soins français dêtre excessivement cloisonné et, notamment, de ne pas aménager suffisamment de passerelles, de réseaux et de souplesses statutaires entre la ville et lhôpital. Partagez-vous cette analyse ?
F. B. : La permanence des prises en charge, de jour et de nuit, est une demande croissante qui ne peut pas être éludée. La concentration à lhôpital de cette demande durgence pose des problèmes qui iront croissant. Tout le monde voit bien que la participation des médecins généralistes est nécessaire. Mais cela impose lorganisation de maisons médicales, quon a pourtant financièrement récemment abandonnées. Plus largement, cela impose un mouvement vers lorganisation de groupes médicaux, en réseaux, alliant des médecins, des personnels paramédicaux, dautres personnels administratifs, avec des moyens techniques et des rémunérations adaptées. à € lautre extrémité de la pathologie, les urgences thérapeutiques réelles sont rares et rélèvent de la compétence technique des établissements hospitaliers qui devraient pouvoir sy consacrer. Il nest pas raisonnable quun service hospitalier doté dun plateau technique et dun personnel de très haut niveau, très spécialisé, onéreux, soit utilisé pour recevoir des pathologies ressenties comme urgentes par les patients, mais que le médecin généraliste peut diagnostiquer et traiter plus vite et avec moins dangoisse.
Par rapport aux autres candidats, vous mettez volontiers laccent sur la nécessité de régionaliser davantage la prise de décision et sur la dimension européenne. Quest-ce que le système de santé peut attendre de lEurope ou de la région ?
F. B. : Mise à part la lutte contre les grands fléaux, léchelon national semble plus approprié pour les questions relatives à la santé. Ce cadre national est indispensable dans un pays comme
la France qui se vit comme une unité et dont le principe majeur est le principe dégalité. Mais on ne gère bien que de près, et la proximité est un principe de légitimité. Lexemple de la caisse dAlsace-Moselle doit être médité, elle qui a pu construire à la fois un équilibre financier et une légitimité enviables. Nous pensons quil faut donner à la gestion de nos politiques de santé une dimension régionale. Pour que les besoins de santé soient identifiés, quils obtiennent une réponse adaptée au terrain, que puissent y participer des partenaires légitimement représentés, élus sans doute un jour, chacun selon son collège, praticiens, patients, gestionnaires – et, certes, il faudra définir un juste mode de représentation –, il faut un périmètre à taille humaine. On ne gère bien quau plus près. Et comme lexistence dun CHU est requise au coeur de ce périmètre, cela conduit à définir une circonscription régionale. Ainsi, les autorités administratives devront-elles avoir pour dialoguer avec elles une démocratie de la santé qui éviterait bien des erreurs et quelques injustices.
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Je vous conseil d’aller faire un tour sur le site http://www.quelcandidat.com, réalisé par le Dauphiné Libéré.
Y a un vote virtuel Bayrou/Royal et François, après avoir largement terminé en tête au 1er tour (28%) est en train d’écraser Royal.
Sinon, sur ce site, cliquer « les blogs » et « décalage » et y a un article très marrant où on voit que sur les marchés de fruits et légumes de Grenoble, tout le monde va voter Bayrou. Je vais poster mon commentaire ! Vive les marchés de Grenoble !!!