Une union nouvelle s’impose - L’Express
Posté le 31 août 2006 par admin
Beaucoup dhommes politiques sennuient en vacances. A quoi ont servi les vôtres ?
Pas à mennuyer ! Jai pris quinze jours de rupture, dans mon pays des Pyrénées, en Béarn, avec ma famille, mes livres, les chevaux. Jai beaucoup écrit.
Depuis trois ans sétait constitué un squat à Cachan. En 2004, le tribunal administratif de Melun ordonne lévacuation. Une tentative dexamen individuel des cas échoue. Plus de 500 personnes, dont une minorité de clandestins, ont été évacués sur décision de Nicolas Sarkozy. Est-ce un choix logique ?
Une décision de justice doit être exécutée, autrement une société se défait. Sur la forme, jaurais préférer quun calendrier transparent soit fixé, que tout le monde sache à quoi sen tenir. Lexécution dune décision de justice ne doit pas être transformée en opération coup de poing médiatique. Mais, sur le fond, je suis pour appliquer sans faiblesse les décisions de justice.
A laune de la crise libanaise, estimez-vous que la France a touché les limites de sa puissance en tant que nation ? Et, si cest le cas, comment estimez-vous quelle puisse se donner un nouveau rôle dès lors que les mécanismes européens fonctionnent mal ?
Jai été daccord pour lessentiel avec la ligne fixée par Jacques Chirac et jai soutenu cette ligne. Ce qui ma stupéfait, en cours de crise, ce sont les signes de connivence à légard de lIran. Ils mont paru dangereux et je lai dit. On na rien à gagner à rompre le front occidental à légard de lIran, dont les déclarations de haine anti-israélienne et dappel à la destruction dIsraà «l saccompagnent dune obsession nucléaire chaque jour réaffirmée. Il y a là un nuage si noir quon ne peut pas lignorer. Et comme chaque fois, jai trouvé que lon ne songeait à lEurope quaprès que chacun eut joué sa propre carte et, dailleurs, mesuré ses propres limites. Ces retours à la diplomatie du XIXe siècle nous empêchent de construire la diplomatie du XXIe siècle.
Vous vous êtes montré très réservé sur le projet de loi permettant la fusion GDF-Suez car vous vouliez ” sauvegarder la possibilité de rendre à EDF son statut public, grâce à GDF “. Le groupe UDF votera-t-il contre ?
La planète vit avec deux épées de Damoclès au-dessus de la tête, qui sont comme attachées lune à lautre : lépuisement ou, en tout cas, la raréfaction programmée des énergies fossiles et le bouleversement du climat en raison des gaz à effet de serre. La seule question est de savoir si, face à ces deux immenses risques, la puissance publique doit conserver de vrais instruments de politique énergétique ou y renoncer. Je suis pour que la puissance publique ait les moyens de faire face à ces obligations pour lavenir. Lentreprise privée a une tout autre logique, le bénéfice des actionnaires, et cest normal. Je trouve désastreux que nous nous désarmions ainsi.
La situation économique saméliore. Cela change-t-il durablement la donne ?
Lévolution économique, identique dans tous les pays de la zone euro, reste un point dinterrogation. Nous ne saurons quà la fin de lannée quelle est vraiment la tendance.
Est-il du ressort du gouvernement ou des entreprises daméliorer le pouvoir dachat ? Quelle est la piste que vous privilégiez ?
La fin du mois, cest une question qui taraude les Français. Autrefois, avec un salaire moyen, on vivait et on mettait un peu dargent de côté. Cest comme cela que sest constituée lépargne des Français. Aujourdhui, on a beaucoup de mal, plus de mal quon ne le pense, à joindre les deux bouts. Si lon augmente brutalement le prix du travail, comme lannoncent les socialistes, on fera encore disparaître des emplois. Il faut donc, que sur le prix du travail assumé par lentreprise, le salaire direct ait une plus grande part. Et que ceux qui veulent travailler plus soient libres de le faire sans charges supplémentaires.
Alain Juppé veut retrouver son fauteuil de maire de Bordeaux. LUDF présentera-t-elle une liste contre lui ?
Non. Je soutiendrai Alain Juppé, parce quil est une personnalité forte et un bon maire pour la ville. Partout oà ¹ il y a de bons maires avec des majorités équilibrées, pourquoi rompre cet équilibre ? Je ne réduis pas laction publique à des problèmes détiquette.
” Il y a autant de légitimité chez les citoyens que chez ceux qui exercent le pouvoir “, disiez-vous au printemps. On croirait entendre Ségolène Royal… Lhomme politique, aujourdhui, doit-il sexcuser de vouloir entraîner les Français et se contenter de les accompagner ?
Si un homme politique est un suiveur, il nest plus un homme politique. Mais entraîner, dans mon esprit, ce nest pas considérer les citoyens comme des sujets, au contraire. On nentraîne bien que si lon tire les citoyens vers le haut. Et mépriser leur expérience de la vie, cest ne rien comprendre. En France, le pouvoir, constamment, se déconnecte du peuple. Les cartes ne sont pas sur la table, mais dissimulées. Le pouvoir sexerce par des décisions en milieu clos et le Parlement, censé représenter les citoyens, na même pas droit à la parole. La maladie de la Ve République est là .
Vous paraît-il normal et souhaitable pour la démocratie que Jean-Marie Le Pen puisse se présenter en 2007 et quil obtienne donc les 500 signatures de parrainage ?
Les élus locaux ont été frappés par 2002. Cest cela qui les guide. Javais proposé pour éviter cette crise, que le second tour de la présidentielle ne soit plus réservé seulement aux deux candidats arrivés en tête, mais soit ouvert, comme pour tout autre élection, aux candidats obtenant plus de 10% des inscrits. Il faudra bien y réfléchir, mais je vous le dis solennellement : on ne peut pas continuer à exclure de la représentation des millions de Français, même si je combats leurs choix. Je suis partisan que lon change le mode de scrutin pour quune proportionnelle juste désigne, par exemple, 50% des députés et, donc, que tous les courants à plus de 5% soient représentés à lAssemblée.
Lété a-t-il permis de décanter la situation à droite et à gauche ?
La situation du centre est claire. Mais à droite et à gauche, cest le contraire de la décantation. Nicolas Sarkozy mène, mais Jacques Chirac a bien géré la crise au Proche-Orient. Dominique de Villepin sest quelque peu rétabli. Au PS : cest la foire dempoigne : Ségolène Royal a de bons sondages, mais elle ne convainc pas tous ceux qui lécoutent et veulent aller au-delà de la photo.
Quel reproche principal faites-vous au PS ?
De recommencer dans le mensonge dEtat. De faire croire que lon peut abroger la loi sur les retraites ou quil suffit dune décision politique pour augmenter massivement le Smic. De faire croire quil suffit dimpôts nouveaux pour sortir la France de la crise. Je trouve cette approche désespérante.
La France telle que limagine ou la veut François Bayrou est-elle très différente de celle de Nicolas Sarkozy ?
Ce qui me frappe, cest la ressemblance des projets de Nicolas Sarkozy avec ceux dAznar ou de Berlusconi. Une grande connivence avec les puissances dargent – même à lUMP, Méhaignerie a trouvé le slogan ” tout pour les riches ” - et la mise en scène des confrontations dures dans la société. Au moins Chirac avait un tissu dhumanité qui mettait la société à labri des ruptures brutales. Mon approche est profondément différente de celle de Sarkozy. La société française a devant elle des défis comme elle nen a jamais rencontré – dette avec dévaluation interdite, climat, pouvoir dachat, immigration, chômage et inactivité de masse, exclusion. Aucun de ces défis ne sera relevé camp contre camp. Cela impose une union complètement nouvelle de la part de ceux qui veulent les mêmes priorités, et qui sont compétents, quel que soit leur camp dorigine. Dans la société, pour moi, la priorité des priorités, cest léducation, la recherche, la connaissance. Et je ne suis pas pour couper dans les moyens de léducation, mais au contraire pour les garantir, pour investir dans ce domaine en définissant les objectifs les plus exigeants.
Mais tous ceux qui ont voulu dépasser le clivage droite-gauche ny sont jamais parvenus…
Et voyez oà ¹ cela nous a menés ! Je suis persuadé que les esprits sont mûrs pour une approche nouvelle.
Cela veut-il dire constituer un gouvernement avec les meilleurs de lUDF, de lUMP ou du PS ?
Et dautres, pourvu quils acceptent le contrat de gouvernement : stabiliser puis réduire la dette, faire de lexclusion lennemi n°1 en promouvant lactivité universelle et un service civil, faire de léducation le grand axe de lavenir, créer le statut de la petite entreprise pour quon laisse les gens travailler, assurer le retour de lEtat là oà ¹ il a disparu et lalléger là oà ¹ il est trop présent. A lUniversité dété de lUDF, jai invité Nicolas Hulot, Michel Rocard et Michel Barnier. Ces trois personnes ont évidemment des visions compatibles. Pourquoi ne pourraient-elles jamais travailler ensemble ? Vous le voyez, mon choix, cest le pluralisme et louverture.
Pour quelles raisons ce qui na pas marché en 2002 marcherait-il cette fois ? Est-ce la situation française qui a changé, ou vous ?
Les deux ! Le pays a changé, parce quil mesure tous les jours davantage que les problèmes sont si graves quils sont hors de portée des politiques classiques. Cest la démarche qui doit changer. Mais moi aussi : les êtres humains se forgent, se durcissent, se construisent.
Au-delà des projets, quel est le trait de votre caractère qui vous incite à penser que vous sauriez mieux présider la France que les autres ?
Peut-être deux traits : je suis un rassembleur, parce que je sais estimer à leur juste valeur même ceux qui ne pensent pas comme moi et les entendre quand ce quils disent est juste. Et je ne me résigne jamais.
Mais lUDF que vous présidez aujourdhui est plus monolithique que celle des années 80…
LUDF vivait autrefois sur un grand quiproquo : nombreux en son sein pensaient quelle était une version light du RPR. On sait ce quils sont devenus à lUMP… Jai toujours pensé, au contraire, que nous avions ni les mêmes valeurs, ni le même projet, ni la même démarche. Cest ce qui explique lUDF soudée aujourdhui.
Les cent premiers jours de François Bayrou président, cela donnerait quoi ?
De nouvelles institutions proposées aux Français pour déverrouiller la République et représenter toutes les sensibilités de la France. Un gouvernement ouvert à des compétences qui nont jamais pu travailler ensemble. Une loi sur lactivité universelle et le service civil pour exclure concrètement lexclusion. Un plan sur dix ans de lutte contre la dette. Une loi pour permettre à toutes les entreprises de créer deux emplois nouveaux sans charges. Et la mise en chantier du nouveau contrat de priorité à léducation.
Votre vie après 2007 si vous nêtes pas élu ?
Excusez-moi de le dire ainsi : la vie, pour moi, les valeurs, la raison de vivre, ce qui fait aimer, ou croire, ou agir, ne dépend pas de la fonction quon occupe. Simplement, élu président, on a plus de moyens pour changer les choses.
Quel est, pour vous, le plus beau mot de la langue française ?
Lespérance. Péguy disait ” la petite fille espérance “. Je ne sais pas pourquoi, mais cest encore plus beau que lespoir.























