Meeting de François Bayrou à Lille
Posté le 14 décembre 2006 par admin
Mes chers amis,
Je vais vous dire un secret : cest une chose extrêmement mystérieuse mais que savent, sans se l’expliquer, tous ceux qui ont eu à conduire une campagne électorale : le premier soir, vous savez si ça va marcher ou pas. Et à voir cette salle impressionnante, amicale et chaleureuse, cela dit quelque chose de lhistoire que nous allons vivre ensemble. Et cest une histoire qui de combat en combat, va nous mener sans hésitation, sans doute, jusquà la victoire dont la France a besoin.
Ce nest pas tout à fait un secret, je viens des Pyrénées mais jaime beaucoup le Nord. Je me disais cela hier soir en traversant les allées du marché de Noà «l. Il y a une magie du Nord, parce que le Nord, cest une communauté courageuse et chaleureuse. Une magie du Nord parce que sont des hommes et des femmes vaillants et solidaires. Il y a aussi pour moi dans le Nord, une magie de lamitié.
Ceux que vous avez entendu sexprimer : Olivier Henno, le président de la fédération du Nord, Francis Vercamer, le député-maire de Hem, Gérard Vignoble, le député-maire de Wasquehal. Vous comprendrez que je fasse une mention particulière à Gérard Vignoble, parce quand je dis ” vaillant et courageux “, les amis de Gérard Vignoble savent ce que cela veut dire. Valérie Létard, la jeune sénatrice du Nord dont quelque chose me dit quelle a beaucoup davenir… à Lille ! Francis Decourrière, Jacques Richir, tous ceux qui forment cette équipe avec nous, ont traversé tant et tant de combats. Dans le Pas-de-Calais, Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur-maire dArras. Et puis au premier rang de la salle, les brillants députés, sénateurs, parlementaires européens qui sont là . Je veux les saluer : un petit mot particulier pour Marielle de Sarnez qui dirigera la campagne que nous allons conduire. Un petit mot particulier pour le général Morillon, Jean-Marie Cavada, Jacqueline Gourault, présidente de la fédération de élus démocrates, Rudy Salles, député de Nice, Jean-Jacques Jégou, sénateur du Val-de-Marne, Michel Hunault, député de la Loire-Atlantique, Philippe Nogrix, sénateur dIlle-et-Vilaine, Marcel Deneux, sénateur de la Somme…
Et puis javais un autre ami dans le Nord. Il nest plus là . Il est passé de lautre côté. Mais hier soir encore dans les quartiers de Hem, une jeune femme qui avait été conseillère municipale dAndré Diligent à Roubaix, me parlait de lui. Jai encore dans loreille sa dernière phrase quand je suis allé lui rendre une ultime visite, et lui comme moi, nous savions que ce serait la dernière fois que nous nous voyions sur cette terre. Au moment de partir, il a tendu vers moi sa main devenue très fragile et amaigrie, il a pris ma main dans la sienne, et il ma dit : ” Ne cède jamais ! ” Je dis à André Diligent ce soir que nous navons jamais cédé et que nous navons pas lintention de le faire.
Une campagne de labourage
Cest donc un meeting heureux parce que cest le Nord. Mais cest aussi la France. La France qui a le plus urgent besoin quon lui parle vraiment. Cela fait des années et des années quon a cessé de lui parler. On lui fait des promesses, on a accumulé les promesses, on lui fait miroiter des lendemains qui chanteront. A chaque élection comme par miracle, on annonce des milliards deuros de dépenses. Je vous signale que selon lassociation qui fait le compte des promesses des partis politiques, ils en sont lun et lautre à plusieurs dizaines de milliards deuros de dépenses publiques dans un pays qui est accablé par les déficits et par la dette. Nous, nous avons choisi un autre chemin parce que nous ne redoutons rien tant que les désillusions qui suivent les illusions. Et Dieu sait si les vingt-cinq dernières années de lHistoire de la France ont été hélas si propices à la multiplication des désillusions et des illusions perdues.Nous notre ennemi, ce sont les désillusions de demain.
Cest pourquoi nous allons faire cette campagne en labourant le pays, comme on laboure une terre, pour mieux semer, et pour mieux récolter. Parce que nous allons faire une campagne de réalité, et pas une campagne dillusions. Les deux jours que nous venons de vivre dans lagglomération de Lille : les collèges, les hôpitaux, les associations, les jeunes femmes issues de limmigration, les chefs dentreprise installés dans les zones franches, tous ceux qui font la vie du Nord, nous les avons rencontrés et nous ne cesserons pas de leur parler les yeux dans les yeux, de leur parler comme des hommes responsables parlent à des hommes et à des femmes responsables lorsquil sagit de leur avenir et de lavenir de leurs enfants.
En finir avec la revanche perpétuelle et l’impuissance perpétuelle
Voyez-vous, depuis vingt-cinq ans, on a vécu sur lair malsain de la revanche perpétuelle : deux partis se sont succédé au pouvoir, lun après lautre, se remplaçant à chaque élection sans exception, nous avons eu huit élections depuis 1981, nous avons eu huit fois lalternance. Deux partis qui se rejettent mutuellement et constamment la responsabilité de la situation du pays. Chaque fois quune décision est prise par lun, elle est combattue par lautre. Et à chaque alternance les nouveaux élus se mettent immédiatement à défaire ce quavaient fait les précédents.
Ce système de la revanche perpétuelle est aussi le système de limpuissance perpétuelle. Cest parce que nous refusons le système de limpuissance perpétuelle que nous sommes là ce soir, tous ensemble, par milliers, car nous savons quaucune des réformes que la situation de la France exigeait nont été ni proposées, ni conduites à leur terme. Ni la réforme de là ‰tat, absent de zones entières de notre pays. Ni la réforme des finances publiques. Ce panier percé national qui fait que tous les jours, lEtat dépense 20 % de plus que ce qui rentre dans ses caisses. Ni la réforme du code du travail, devenu illisible et incompréhensible. Ni la réforme des régimes spéciaux. Ni la réforme des minima sociaux. Ni une politique suivie pour les banlieues. Ni la réforme de la fiscalité. Ni la réforme des universités. Ni une proposition sérieuse pour lEurope malgré ce coup de tonnerre quà été le ” non ” au référendum. Ni la fin des zones de non droit. Ni laccomplissement des promesses de 2002, par exemple, on disait ” tolérance zéro “, cela voulait dire quelque chose que les Français avaient compris mais qui malheureusement nest pas rentré dans la réalité. Nous avons fait cest vrai, une étape seulement de la réforme des retraites. Une partie du chemin, que nous avons dailleurs soutenue.
Mais pour le reste : qui peut prétendre que la sécurité aille mieux en France aujourdhui quil y a cinq ans ? Qui peut prétendre que la dette de notre pays a baissé ? Qui peut prétendre que les bénéficaires du RMI sont moins nombreux ? Qui peut prétendre quon voit moins de sans domiciles fixes dans les rues de notre pays ?
Hier, nous avons passé plusieurs heures avec des jeunes femmes dans le quartier difficile de Hem. Je crois beaucoup aux femmes pour lavenir des banlieues, comme je crois beaucoup aux femmes pour l’avenir de la société. Cest une réflexion que je me suis faite récemment quand nous avons appris cet épouvantable drame de cette jeune fille transformée en torche vivante dans un bus incendié par des criminels imbéciles dans la banlieue de Marseille… Je me suis dit ce jour-là : ” Jusquà quand les femmes vont-elles subir ? Jusquà quand vont-elles laisser leurs gamins se transformer en criminels et terroriser leurs sÅ“urs ? ” Je me suis dit quun jour viendrait oà ¹ il y aurait une révolution des femmes dans les quartiers. Et moi, en tout cas, jaiderai de toutes mes forces et autant que je le pourrai, cette révolution des femmes pour sortir les banlieues du drame oà ¹ elles sont enfoncées.
Vous savez combien il y a de chômage parmi les jeunes dans ce quartier ? Parmi les jeunes : 48% de chômeurs ! Comment voulez-vous que le pays se redresse sans un effort qui ne ressemblera à aucun autre ? Quand jenvisage la situation de la France, notre pays, notre patrie, je ne vois que des chantiers immenses à entreprendre.
La banlieue, cest un chantier immense, un chantier à léchelle du siècle ! La situation des garçons et des filles, deuxième, troisième génération de limmigration, cest un chantier immense ! Une jeune fille, hier, nous disait : “Quest ce quil vous faut comme preuve quand vous nous parlez dintégration ? Nous avons fait des études, nous ne portons pas de voile puisque que vous nous avez demandé de ne pas le faire, nous acceptons le mode de vie de la France républicaine, nous sommes diplômées, nous sommes dévouées, nous voulons travailler et celui qui doit nous embaucher quand il voit notre nom ou notre visage, on nous ferme la porte au nez…” Et pour les garçons, qui étaient dehors, cest pareil, parfois cest pire…
Est-ce que vous croyez quune telle angoisse, quune telle maladie de notre pays, quune maladie de lâme de la France, quune maladie comme celle-là , peut se résoudre avec une moitié du pays dressée contre lautre et acharnée à détruire constamment et définitivement ce que lautre entreprend ? Je ne le crois pas et je crois que vous ne le croyez pas non plus.
Et léducation ? Et la dette qui croit tous les ans depuis vingt-cinq ans et nous écrase. Est-ce que vous savez combien on prélève sur chacun de ceux qui travaillent ? On lui prélève entre 2500 et 3000 euros pas an pour payer la dette. Et qui parmi nous ne voit pas quil y a un lien de cause à effet entre la légèreté nationale et la difficulté oà ¹ nous somme tous désormais à boucler le mois quand le 20 ou le 25 du mois arrive, y compris pour les salaires moyens ? Le mensonge qui était sous la promesse des 35 heures et le mensonge qui est sous le laxisme de la dette, ont conjugué leurs effets pour que les Français sappauvrissent. Et il faudra un immense effort national pour quon retrouve le chemin de la prospérité et de laisance pour ceux qui en France, ont la volonté de travailler et de sen sortir. A quoi il faut ajouter les délocalisations, le climat, les retraites, le trou de la sécu, la situation des personnes âgées ! Et les chercheurs qui sen vont ! Et on pourrait ainsi énumérer tous les chapitres de la vie nationale. Tout cela exige un effort à notre pays comme il nen pas été produit depuis cinquante ans. Ce quil va falloir dimagination, dintelligence, de compréhension de lautre, de pédagogie pour relever ainsi la France, pierre à pierre ! Votre présence le dit et notre combat va le dire.
Aujourdhui, en France, cest campagne électorale. Mais une fois éteints les lampions de la fête, si se trouve élu lun des deux candidats des partis de la revanche perpétuelle, ceux qui attendent lélection suivante pour reprendre le pouvoir perdu à lélection précédente, alors je le dis avec certitude, au bout de six mois, aucun problème naura trouvé sa réponse et la déception, et la rage, et la colère formeront toutes les conditions dun séisme pour notre pays !
Je ne veux pas et nous ne voulons pas que reviennent la désillusion et la gueule de bois.
La France de toutes nos forces
Jai jugé en conscience que notre pays méritait mieux que cette mortelle impuissance. Jai jugé en conscience quil fallait proposer à notre pays, à nos concitoyens, de sortir de limpasse oà ¹ la nation sépuise depuis 25 ans.
Et je veux proposer cette issue sur des idées claires. Je veux le faire sur une stratégie nationale. Cest le premier sens du slogan que nous avons mis sur cette tribune : ” La France de toutes nos forces “.
Nous devons identifier et soutenir les forces de notre pays car ces forces sont grandes. Ces forces sont dabord des forces de femmes et dhommes, la richesse humaine de la France. Et cest pourquoi, la priorité de laction qui devra être conduite par un gouvernement - et je souhaite quil soit de rassemblement - le premier axe, cest : Education, Recherche, Entreprise.
Je crois quil faut rebâtir lécole républicaine avec une ligne de conduite. Non par le renoncement, lacceptation des ghettos manifestée par exemple par la suppression de la carte scolaire, mais par lexigence de lexcellence dans tous les collèges de tous les quartiers de toutes les petites villes qui forment le tissu humain de la France républicaine, et à qui nous devons quelle que soit leur origine, quelle que soit leur situation sociale et de fortune, quelles que soient leurs relations à qui nous devons les chances de réussir aussi bien que dans les 6e et 7e arrondissements de la capitale de la France. Puisquil faut rebâtir lécole républicaine, il faut arrêter de prendre les enseignants comme cibles et boucs émissaires généralisés. Lorsquon analyse la crise, c’est lécole qui vient en bout de course après tous les échecs : les échecs de la famille, de lurbanisme, de la ville et de léconomie. Cest lécole qui reçoit les gamins quelques fois abîmés, quelques fois brisés. Si on veut rebâtir lécole républicaine, il faut commencer par soutenir les enseignants qui forment lécole républicaine.
Je vous raconte une anecdote à ce sujet : ministre de lEducation nationale, jai un jour demandé une enquête parce quil y avait un surprenant paradoxe qui ne correspondait pas aux règles habituelles des analyses sociologiques : il y avait des enfants issus de familles culturellement favorisées qui échouaient ; il y avait des enfants issus de familles en situation difficile qui réussissaient très bien. Jai commandé une enquête pour savoir pourquoi. La réponse de lenquête a été sans équivoque car elle ne vaut pas seulement pour ces familles françaises, elle vaut pour lensemble de la nation : réussissaient les enfants dans les familles desquels lécole était estimée, respectée et soutenue, et échouaient les enfants dans les familles desquels lécole était critiquée et méprisée !
Je crois quil faut réformer lUniversité dabord en lui donnant les moyens de son existence : il est honteux que nous soyons le pays de lOCDE qui traite le plus mal son Université. Et il faut réformer lUniversité pour que quelquun comprenne quelque chose à la manière dont elle fonctionne. Il y a beaucoup de gens, y compris des ministres qui ont du mal à sy retrouver dans les labyrinthes des conseils divers et variés qui forment aujourdhui la structure des universités. Il faut changer la gouvernance des universités.
Troisièmement, une publicité disait ” Quand on na pas de pétrole, il faut avoir des idées “. Je pense que cest la Recherche qui est lavenir de la France. Je pense quil nous faut des chercheurs formés en France, et pas comme maintenant des chercheurs formés en France qui vont travailler dans des laboratoires américains parce quils ne trouvent pas à simpliquer dans la Recherche, privée ou publique, dans notre pays. De sorte que lEtat, la société, le contribuable français consentent linvestissement pour former des garçons et des filles qui sont le fruit de cet investissement, et que le fruit de leur recherche part dans les laboratoires américains. Cest très flatteur pour la France que ces étudiants réussissent ainsi dans la recherche mondiale mais cest une perte incroyable pour notre pays, perte dinvestissement et perte de substance que nous consentions à cet exil perpétuel. Je pense quil faut faire linvestissement nécessaire : jai proposé que le budget de la Recherche publique en France, augmente de 5% tous les ans pendant dix ans. Jai proposé à tous les partis politiques français de cosigner cet engagement de sorte que, quel que soit le gouvernant, cet engagement soit respecté, quil devienne non pas lengagement dun candidat ou dun parti mais lengagement de la nation face à elle-même. Et non seulement je crois quil faut que les chercheurs français reviennent en France, mais je pense quil y aurait encore mieux : il faut attirer en France des chercheurs qui auront été formés et auront fait une partie de leur expérience dans les autres pays. Cest pourquoi jai proposé que nous créions un avantage fiscal pour les chercheurs qui auraient déposé des brevets et qui, installés dans notre pays, pourraient ainsi déployer leur talents et leurs connaissances grâce à leffort que nous aurions consenti pour les aider.
Sur le même plan, je veux mettre la création dentreprise, lesprit dentreprendre. Je crois que cest lentreprise dabord qui crée lemploi. Et que la meilleure politique de lemploi, cest le soutien à lentreprise. Je pense quil faut aider et soutenir la petite entreprise en lui simplifiant la vie, en la protégeant et en la soutenant comme les Etats-Unis ont décidé le faire en adoptant le ” Small business act ” en 1953 ! Depuis 53 ans, ils appliquent pour leur plus grand profit, cette politique que je trouve juste : simplification, soutien à lentreprise et réservation pour les petites entreprises dune partie des marchés publics des collectivités locales et de lEtat.
Dans le chapitre du soutien aux entreprises, je crois quil a des centaines de milliers demplois gelés dans notre pays, qui ne peuvent pas êtres créés simplement parce que pour la structure décidée à les accueillir, le poids dun emploi chargé, cest trop lourd, surtout au début de la vie des entreprises. Voilà pourquoi je propose que lon donne à chaque entreprise française, la possibilité de créer deux emplois nouveaux par entreprise sans charges : ce nest rien pour une très grande entreprise, cest beaucoup pour une toute entreprise. Je ne demande rien dautre comme condition que la création de lemploi nouveau : je suis opposé à lidée quon réserve cette aide aux emplois bas de gamme, aux emplois au Smic, aux emplois sans qualifications. Jaime lidée que nous allons créer des emplois pour les diplômés, pour les bac “plus” aussi bien que pour les bac “moins”. Nous allons faire jaillir une source demplois qui est maintenant gelée dans notre pays. Cest le premier chapitre de notre action : renforcer nos forces.
Il y a un deuxième chapitre : corriger nos faiblesses.
Je crois que nous devrons, de gré ou de force, sortir de la politique dendettement perpétuel qui prélève chaque année 2000 ou 3000 euros sur une famille française moyenne. Cest pourquoi je propose lon inscrive dans la Constitution de notre pays, linterdiction de présenter un budget en déficit de fonctionnement. Il est normal et il est juste quon puisse emprunter pour financer de grands investissements : cest normal pour une grande université, un grand hôpital, un grand aéroport parce quon va le partager avec les générations qui viennent. Il nest pas normal de faire payer par les générations qui viennent le prix de notre vie de tous les jours, et en particulier il nest pas normal que nous financions, par lemprunt, le prix de notre santé de tous les jours.
Corriger nos faiblesses : je crois quun pays qui accepte davoir dans les rues de ses villes, autant de sans domiciles fixes que nous en avons, je crois que ce pays nest plus un grand pays, que cest un pays qui piétine ses valeurs. Quil nest pas acceptable quil y ait des dizaines de milliers dhommes et maintenant de femmes qui dorment dans la rue sur des bouches de métro, exposés à la pluie et au vent. Je crois quil faut un plan durgence pour des logements, même des logements sommaires, mais un plan durgence pour que ces sans domiciles fixes retrouvent le minimum de dignité et qui fait que notre société retrouvera la dignité quelle ne aurait jamais dû perdre.
Je crois que lexclusion devrait nous empêcher de dormir. Je crois que nous ne devrions plus supporter le lent glissement, parmi nous, au milieu de nous, dun million trois cent mille personnes vers le désarroi, puis vers la honte : perdre toute estime de soi au point de ne plus oser croiser le regard des autres. Je crois quil ny a quun moyen de leur rendre lestime delles-mêmes, cest de leur proposer en même temps que le RMI, une activité, indemnisée, dans des associations ou des collectivités pour quelles se retrouvent enfin debout, dans leurs propres yeux et dans les yeux des autres.
Après avoir corrigé nos faiblesses, je pense quil faut prendre en compte la vie de tous les jours.
Je crois quil faut nous occuper du pouvoir dachat sans démagogie. Il y a, à mes yeux, deux moyens pour augmenter rapidement le pouvoir dachat de ceux qui travaillent. Je noublie pas les petites retraites, le minimum vieillesse est à 610,29 euros par mois, ceci devra être un chapitre de laction gouvernementale dans un pays qui veut aussi retrouver la dignité des personnes qui lui sont le plus chères. Pour retrouver le pouvoir dachat du salarié, deux décisions peuvent être prises : pour ceux qui souhaitent ne pas travailler davantage, il y a une décision quon peut prendre, cest de débloquer la participation dans les entreprises avec une incitation puissante à associer les salariés aux bénéfices de lentreprise, des grandes entreprises comme des petites entreprises. Aujourdhui, cest trop compliqué, cest trop difficile. Je pense quon doit rendre facile et attrayante, la participation dans lentreprise. Pour ceux qui souhaitent travailler davantage pour gagner davantage, je propose un changement profond du statut des heures supplémentaires. Aujourdhui les heures supplémentaires sont scandaleusement inéquitables : dans une entreprise de moins de 20 salariés, cest 10% de prime, et dans une entreprise de plus de 20 salariés, cest 25% de prime. Je considère que cela nest pas juste et même je considère que cela nest pas assez : cest pourquoi je propose que dans toutes les entreprises quelle que soit leur taille, lheure supplémentaire rapporte aux salariés une prime de 35% pour tous les salariés, et que cette prime ne coûte pas un centime à lentreprise. Je propose que lon déduise la prime pour heures supplémentaires des charges sociales que paie lemployeur au bénéfice du salarié. Ainsi, si une heure normale rapporte 100, nous savons qu’elle coûte à lentreprise environ 200, je propose que lheure supplémentaire rapporte 135 au salarié et quelle coûte toujours 200 pour lentreprise. Cela permettra à chacun destimer sil a besoin darrondir ses fins de mois en travaillant davantage. Cette idée que jai proposée dès 2002, na pas été retenue par le gouvernement, je le regrette. Je mempresse de dire quelle est très différente de lidée de Nicolas Sarkozy qui veut supprimer toutes les charges et toutes les taxes sur les heures supplémentaires ; cela diminue de beaucoup les rentrées dans les caisses de la protection sociale, et cela veut dire que ce sont les autres salariés qui vont devoir assumer la part de protection sociale qui ne sera pas assumée par ceux qui font des heures supplémentaires. Je trouve cela injuste et dangereux, alors que notre système est beaucoup plus efficace et juste, si je peux en dire du bien.
Je crois enfin que les jeunes Français, quelle que soit leur origine, géographique, sociale, ou ethnique doivent se redécouvrir, réapprendre à se connaître et au moins à se croiser. Je crois au brassage. Je crois quil faut concevoir un service civique universel, assez jeune, par exemple à dix-huit ans, qui leur permette de découvrir une chose que savent les plus chanceux dentre nous : cest quon senrichit davantage quand on donne que quand on reçoit.
Je crois que là ‰tat doit être réimplanté et à nouveau respecté partout oà ¹ ça va mal, et quil doit être allégé partout oà ¹ ça va bien. Tous les signes de lEtat sont présents dans les centres villes qui ne posent pas de problèmes de sécurité maximale, et lEtat, soit sous forme de sécurité, soit sous forme de services publics, est totalement absent dans les banlieues difficiles et dans les zones rurales abandonnées. Je propose quon fasse le contraire. Particulièrement, je crois quil ny a pas de retour à léquilibre dans les banlieues sans un à ‰tat redevenu proche et bienveillant, en même temps quil montrera les signes de sa fermeté.
Je crois que si lon veut sauver les enfants, particulièrement les enfants issus de milieux socialement et culturellement éloignés, il faut soigner les familles, en tout cas, les former. Cet effort déducation populaire en direction des familles, cest un des meilleurs investissements que nous pouvons faire pour rééquilibrer la société là oà ¹ elle va le plus mal.
Je crois que si lon sattaque à ces chantiers, il faut le faire avec les Français. Et pas sans eux.
Le président de la République et le gouvernement devront considérer, lun et lautre, que la seule source de la souveraineté, cest le peuple français. En conséquence ils lui doivent, avant chaque décision importante, avertissement et explication. Pour les décisions les plus importantes, celles qui engagent notre avenir collectif, la procédure normale de décision, à mes yeux, cest le référendum, le choix remis entre les mains des Français pour les décisions les plus difficiles.
Je veux men expliquer : je suis persuadé que vous savez tous que nous ne sommes pas au bout de la réforme des retraites, je suis persuadé que nous allons devoir renouveler notre pensée sur ce sujet, je pense que cela exigera un effort de conscience et de décision de la population française, mais je pense aussi quune telle décision ne peut pas être prise dans le dos des Français ou en forçant leur jugement. Cest pourquoi je dis que sur des décisions aussi importantes que la réforme des retraites, président de la République, je soumettrai les principes de la réforme que nous devrons conduire au référendum des citoyens français, pour quils se transforment en acteurs et en décideurs, et quon ne décide pas à leur place. Et vous voyez que cest le seul moyen de changer la défiance en confiance car si on force leur jugement par le 49-3, ils nont plus que la rue pour défendre la conviction qui est là leur. Si on dit à lavance que toute réflexion sera transparente et vous serez les décideurs finaux, dès cet instant-là , on na plus laffrontement entre les élus et la rue, on a des citoyens qui deviennent responsables, qui font un effort de compréhension et de conscience et qui au bout du compte décident exactement comme sils étaient dans la situation des députés, des ministres ou du président de la République. Cela sappelle “démocratie”.
Cest parce que leffort que nous avons à accomplir est immense, que jai pris la résolution que je défendrai devant les Français : je veux un changement de politique, pas seulement de la politique quon mène mais un changement de lapproche politique, de la méthode de la politique, cest pourquoi investi de la confiance des Français, élu président de la République, je formerai un gouvernement différent des précédents, je nommerai un gouvernement avec des femmes et des hommes nouveaux et compétents, daccord sur lurgence des priorités, qui ne seront pas issus du même parti et qui au contraire représenteront les sensibilités différentes du peuple français. Je veux un gouvernement pluraliste dans lequel se sentiront représentés les républicains dun bord et de lautre qui ont, chacun, le droit dexister et de défendre des valeurs qui enrichissent notre pays.
Ce gouvernement par sa composition même dira deux choses au peuple français : quand il sagit de lessentiel, du sort de la France, les forces vives de notre peuple peuvent échapper à la division et sont capables de se rassembler, nous lavons fait chaque fois dans notre Histoire quand il a fallu reconstruire la France. Il est temps de le concevoir et de le vouloir aujourdhui. Deuxièmement, je voudrais attirer votre attention sur la composition de ce gouvernement qui représentera la diversité des Français, sa composition dira que les réformes à conduire ne sont pas conçues dans lintérêt dun camp, ni dans lintérêt dun clan, ou dune classe sociale, mais dans la seule considération de lintérêt général. Et la représentation pluraliste au sein du gouvernement sera pour les Français, une garantie du respect de lintérêt général.
Ce gouvernement formé soutiendra lors des élections législatives qui suivront, des candidats dans chaque circonscription du pays. Pourront obtenir ce soutien toutes les forces ou toutes les personnalités qui indiqueront aux électeurs, quelles que soient leur origine et leur histoire, leur volonté de soutenir laction de redressement du pays. Ceci signifie que nul dans ce rassemblement, ne sera contraint de renoncer à ses idées ou à son histoire : nous avons la conviction profonde et depuis longtemps, que ce nest pas avec des renégats quon construit un pays, cest avec des consciences fidèles, fières de leur parcours et de leur identité, et qui veulent apporter la richesse de leur histoire et de leur identité à lÅ“uvre commune que nous voulons construire ensemble. Nul ne sera obligé de renier son histoire, ses idées et ses valeurs pour participer au redressement de la France. Chacun est bienvenu avec ses armes et ses bagages, parce quon a besoin de tout cela pour construire la France et pour proposer delle une image rassemblée.
Ainsi, en quatre semaines, élection présidentielle, formation du gouvernement de rassemblement, élections législatives, ainsi en quatre semaines les citoyens français ont le moyen irréfutable dobtenir un changement profond de la politique de leur pays. Cette majorité nouvelle et pluraliste rendra au Parlement sa dignité et sa liberté de penser ; sa liberté de voter et de contrôler le gouvernement ; elle supprimera larticle 49-3 qui permet le passage en force et le mépris des Assemblées ; elle limitera les ordonnances à des situations durgence ou dextrême complexité. Cette majorité et ce nouveau gouvernement proposeront une nouvelle loi électorale qui garantira que tous les courants seront représentés à lAssemblée. Tous les courants politiques même ceux que nous combattrons, car nous considérons quil vaut mieux, pour un pays, avoir des confrontations franches à lAssemblée nationale plutôt que davoir le cheminement souterrain de courants que personne ne voit venir, et tout dun coup donnent de notre pays, limage quil ne devrait pas avoir.
Ainsi sera assurée la légitimité et la séparation des pouvoirs, dont ils sont les principes de base de lEtat républicain et des Institutions démocratiques.
Dans un pays ainsi refondé, la confiance renaît en quelques semaines. On la vu en 1958. Les habitudes sont changées, les visages sont changés, le langage est changé, le peuple se trouve rétabli dans la situation - quil naurait jamais dû quitter - de partenaire reconnu et de source de la souveraineté nationale. De nouveau on lui parle et on lui dit la vérité. Même si cette vérité est difficile, il sait quon ne lui dissimulera rien.
Et dès cet instant, la France qui est redressée, la France qui est rassemblée, elle se remet à parler au monde.
Il y a des candidats dans cette élection qui ont employé le mot “arrogance”, à propos de la manière dont a été conduite ces dernières années la politique étrangère de la France, notamment au moment de la guerre en Irak.
Je veux que vous sachiez que sil y a un chapitre de lHistoire récente de notre pays dont nous avons partagé la fierté, cest au contraire celui-là .
Je veux dire devant vous que ce jour-là , jai été aux côtés de Jacques Chirac et que Jacques Chirac a eu raison. Ce qui a été dit, à ce moment de la guerre en Irak, la été au nom du peuple français tout entier. Cet avertissement ultime, qui na hélas pas été écouté, a été lancé au nom de notre peuple, et notre peuple parlait au nom dune partie de lhumanité.
Cest la France qui avait raison, et le président de la République a été à ce moment, non pas arrogant, mais courageux. Il y a toujours un moment oà ¹ le courage de ceux qui nont pas le nombre pour eux passe pour de larrogance. Ce nest pas un inconvénient à craindre, je vous le dis avec certitude…
La France, par la bouche de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin, a rappelé aux peuples du monde, y compris au peuple américain, entraîné par une intense communication de masse, que des principes essentiels étaient bafoués, et que de lourds dangers risquaient dêtre déchaînés.
Qui aujourdhui, à voir la situation dramatique en Irak, a constaté le mouvement de lucidité qui parcourt le peuple américain et ses responsables ? Qui peut encore regretter que la France ait parlé comme elle la fait et décidé duser de son droit de veto ? à € ce moment, nous avons été fiers de la France. à € ce moment, la France a été à la hauteur de sa vocation. Cest dans cette ligne de courage que je minscrirai pour la politique étrangère de la France.
Et il y a au moins quatre sujets qui exigent du courage de la part de la France.
Le premier sujet, cest le Proche et le Moyen Orient. Une immense menace de tremblement de terre pèse sur le monde dont lépicentre erre de Téhéran à Bagdad, de Beyrouth à Damas, du pays kurde à Gaza. Des mots sont proférés contre la survie même dIsraà «l, qui sont comme des appels à la haine et à la guerre sans fin. Des tentatives de déstabilisation sont fomentées et conduites, en particulier contre lindépendance et la souveraineté du Liban. Au moment oà ¹ la Palestine est déchirée, en plus de la guerre extérieure, par la guerre civile oà ¹ pour punir les hommes, on tue de sang froid leurs enfants.
Face à de tels risques, la France ne peut avoir quune ligne : la rigueur et lintransigeance dans le respect du droit international. Cest naturellement le cas face à lIran. Il y a un traité de non prolifération nucléaire : je ne veux pas en changer les termes et je trouve imprudent quon sengage à le faire. Je veux rappeler devant vous que ce traité interdit aux nations qui lont signé - tous les pays sauf trois -il leur interdit daller vers larme nucléaire mais il leur garantit en échange laccès au nucléaire civil. Si ce traité nest pas respecté, les démocraties doivent solidairement décider de sanctions.
Il y a une leçon que nous devrions avoir apprise dans le plus noir de lHistoire, cest la leçon de Munich. Quand les mots sont des menaces, il faut les prendre au sérieux, surtout quand les mots sont servis par la force des armes.
Je nai jamais oublié ce qui sest passé le jour de Munich, un jeune homme, un jeune professeur dHistoire était léditorialiste du petit journal qui sappelait lAube. Ce jeune professeur allait être un jour, après larrestation et le suicide de Jean Moulin, le président du Conseil national de la R ésistance. Il sappelait Georges Bidault, et même si la suite de son parcours politique a été dune autre nature, dure et tourmentée, rien nenlèvera, à mes yeux, lhonneur de cette vie de résistance. Alors que toute la démocratie dopinion, tous les sondages, tous les applaudissements fêtaient les signataires de Munich, Daladier a murmuré ” Quels cons ! … “, Georges Bidault écrivait ceci - qui a été une des maximes de ma vie : ” Lorsquil sagit de dire “non”, le meilleur moment pour le faire, cest le premier. ” Dans toute situation oà ¹ des principes essentiels sont en cause, pour moi, lorsquil sagit de dire non, le meilleur moment, cest le premier.
LAfrique. LAfrique devrait être notre tourment. Pas seulement le tourment des plus généreux. Mais aussi le tourment des moins généreux. Ceux que limmigration tracasse et tourmente, ceux qui voient sans cesse un risque de déstabilisation pour la Nation.
Je vous fais cette confidence : en matière dimmigration, je ne crois pas aux murailles ; je ne crois pas aux polices et aux douanes ; je ne crois même pas aux miradors ; je ne crois pas aveuglément aux charters. Evidemment il faut prendre toutes les décisions du contrôle et de la régulation. Il faut les prendre davantage encore au niveau européen quau niveau national. Il faut conduire toutes les politiques de surveillance nécessaires.
Mais depuis que le monde est monde, chaque fois que les plus pauvres campent aux portes des plus riches, chaque fois la même mécanique se met en route : les pauvres, à pied, à la nage, en payant des passeurs, en rampant sil le faut, les pauvres sen vont chez les riches pour y trouver la subsistance de leur pauvre vie.
Tant que vous aurez les vingt pays les plus pauvres de la planète maintenus dans leur dénuement, à quelques centaines de kilomètres des dix pays les plus riches de la planète, vous aurez des vagues migratoires.
Il ny a quune politique juste et efficace de lutte contre limmigration, qui devrait nous obséder et que nous devrions imposer à la communauté internationale et à lEurope : cest de garantir aux Africains quils peuvent vivre convenablement en Afrique, de leur travail, comme des hommes debout.
Cest pourquoi la politique qui a été conduite, en matière agricole en particulier, déversant sur lAfrique des produits agricoles à prix bradés, artificiellement effondrés par des subventions américaines et européennes qui, par ailleurs, tendent à mettre nos agriculteurs européens et américains en situation de dépendance, ces politiques – il faut les appeler par leur nom - sont criminelles. Vous arrachez les paysans à leur terre, vous les jetez dans des bidonvilles, ils perdent en quelques mois leurs repères et leur culture, et leur savoir faire, et leur dignité dhommes ! Cette politique est à la fois criminelle et suicidaire.
Une politique sérieuse doit avoir un but que nous avons demandé pour nous-mêmes : que les Africains se voient garantir quils pourront eux-mêmes nourrir et équiper lAfrique, avec aide et protection internationale, comme les Européens lont fait, après la Guerre, en recevant laide du plan Marshall et la protection du marché commun.
Troisième grand sujet international, le climat et la biodiversité de la planète.
Jai signé le pacte écologique proposé par Nicolas Hulot. Si je comprends bien, tous les candidats ont annoncé la même intention de le signer. Je men réjouis, tant je suis persuadé que ces sujets seront désormais des sujets qui traverseront les frontières des partis, et jespère les frontières des Etats.
Ce pacte comporte des dispositions nationales : augmentation des normes disolation, recherche en matière dénergies renouvelables, création programmée à lavance dune fiscalité dissuasive sur les carburants fossiles (jai proposé que ce prélèvement vienne en substitution des charges sociales sur le travail), ferroutage, transport fluvial, nomination dun numéro deux du gouvernement chargé du “long terme”.
Mais aucune des décisions nationales que nous prendrons ne suffira à améliorer la qualité de lair que nous respirons. Le vent ne connaît pas les frontières.
Il y a des menaces sur lhumanité. Savez-vous quel est le rapport en consommation dénergie entre nos pays, lInde, la Chine et les Etats-Unis ? Si la Chine consomme 1, lInde consomme 2, la France consomme 15, lEurope consomme 18, les Etats-Unis, 27. Et il est très difficile à ceux qui consomment 27 de se tourner vers ceux qui consomment 1 en leur disant : ” Vous êtes priés de faire des économies dénergie”.
Cest pourquoi la décision la plus importante à prendre cest dinscrire cette question sur lagenda international. Que les Nations unies soient le lieu oà ¹ la France se fera le défenseur inlassable dune démarche globale contre leffet de serre et lappauvrissement des espèces végétales et animales.
Et là , comme ailleurs, chaque fois quil sagit de peser sur lavenir du monde, on retrouve quelque chose que personne ne parviendra à éluder et qui sappelle “le besoin dEurope”.
Jaime lidéal européen. Jaime cette idée de peuples différents, porteurs dun même projet de civilisation, venu du fond de lHistoire, qui décident de tourner le dos à la guerre et de sunir pour peser ensemble sur le destin du monde.
Jaime cette idée. Mais ce nest pas seulement une idée que lon doit aimer. Cest une idée qui simpose dès linstant que lon mesure ce que sont désormais les puissances de la planète. Les puissances géopolitiques. Est-ce que vous vous êtes aperçus de la stratégie de la Chine en Afrique, partout oà ¹ en Afrique il y a du pétrole ? Est-ce que vous vous êtes aperçus de la force des puissances financières et économiques ?
Et devant chacune des grandes questions de lunivers, nous savons tous que léchelon national, nécessaire, heureux, nest plus suffisant.
La France est notre Nation. Elle lest et le restera. Cest le creuset de notre volonté nationale. Cest là que se forge notre volonté de peuple, que saffirment nos principes. Mais pour faire entendre ces principes à léchelle du monde, il faut que lEurope se redresse elle aussi.
Nous savons pourquoi les Français ont voté ” non “. Ils ont trouvé le texte de la Constitution européenne illisible. Ils ont pensé que cette obscurité était voulue pour faire passer un projet de société, par exemple, matérialiste et marchand, qui naurait pas leur accord. Ils ont craint que lélargissement continu de lUnion nenlève à lEurope son identité, et que de ce fait, lEurope se retrouve sans visage et sans mémoire.
Ces craintes étaient-elles toutes infondées ? Nous savions bien que non. Mais nous avons pensé que les avancées vers une Europe devenue démocratique, conjurerait toutes ces craintes à lusage.
Aujourdhui, nous nous retrouvons dans une situation que nous ne connaissions pas. Nous avons été pendant des décennies, les héritiers des pères de lEurope. Cest à notre tour de redevenir humblement les pères de lEurope à notre manière. Pères à notre tour, puisque le projet doit être profondément repensé et réinspiré.
Cest pourquoi nous agirons de manière transparente aux yeux des Français. Nous mettrons dans le débat un texte, simple, lisible, court, sans ambiguïté, qui donnera forme aux principes dune Union européenne sortie de ses paralysies et de ses impasses.
Je prends devant vous lengagement - qui est au contraire du choix de mes concurrents - quaucun texte ne sera adopté par la France qui ne le soit aussi par les Français. Ce quun référendum a décidé simpose tant quun autre référendum nest pas intervenu. Ce principe est pour moi un impératif et je ny manquerai pas.
Voilà ” la France de toutes nos forces “. Ce slogan a une histoire. Ce nest pas une entreprise de communication qui la trouvé. Il ma été envoyé par un militant sur Internet, un jeune homme qui vit à Marseille, qui est Belge dorigine et qui a travaillé dans la publicité. Il ma proposé cinq slogans dont ” La France de toutes nos forces “. Ce slogan dit beaucoup de choses : il dit que la France a beaucoup de forces. Il dit quil faut dabord renforcer nos forces. Il dit que ces forces, il faut les rassembler et les réunir pour refaire la France. Et il dit quelque chose dautre : il dit que ces forces, ce sont les nôtres ! Il invite à la plus belle question politique qui soit : “Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande toi ce que tu peux faire pour ton pays”. Il nous invite à faire un pas en avant, à devenir non pas seulement des électeurs même si cest très bien, non pas seulement des supporteurs même si cest encore mieux, il nous invite à devenir des citoyens. Cest à dire des femmes et des hommes debout, décidés à reconstruire une France debout.

10 mars 2007 à 5:45
Luogo molto buon:) Buona fortuna!