L’election presidentielle n’est pas seulement méchante, elle est sauvage - Le magazine de l’Optimum
Posté le 15 février 2006 par admin
Face au combat entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin et à la percée de Ségolène Royal, comment exister quand on incarne le centre ?
François Bayrou : Tout cela, ce sont de jeux médiatiques. En 2007, une vraie question va être posée aux Français : continuer comme depuis vingt-cinq ans avec lUMP ou le PS, ou tourner la page sur cette Ve République épuisée avec de nouvelles institutions et un nouveau projet de société.
Au plan médiatique, vous êtes dans un étau…
François Bayrou : Le médiatique na pas dimportance. Le microcosme sexcite sur des sujets sans intérêt et oublie lessentiel. A mon avis, il va se réveiller avec un coup de poing dans la figure plus fort que le 21 avril 2002 ou quau moment du ” non ” au référendum sur lEurope.
Les temps sont plus à la radicalisation quà la modération. A droite, on se droitise et à gauche, on se gauchise. Et vous ?
François Bayrou : Raison de plus de voir le centre sassumer comme tel et non plus comme une variante de la droite ou de la gauche. Vous ne sentez pas la montée des tensions ? Il est durgence nationale de proposer une voie nouvelle.
Celle de la raison ?
François Bayrou : De la raison et de la passion. Il ny a pas davenir si lon continue à surfer sur les colères des uns et les peurs des autres. LUMP est dans la surenchère perpétuelle. Quant au PS, il est inimaginable quil ait voté à son congrès quil abrogerait la loi sur les retraites ! Dun côté comme de lautre, on voit bien oà ¹ conduisent ces dérives.
Pouvez-vous clarifier votre position une fois pour toutes : lUDF est-elle encore de droite ?
François Bayrou : LUDF est le centre qui sassume. Mon projet est de rassembler le centre-droit et le centre-gauche, pour linstant prisonniers de lUMP et du PS pour donner à la France le parti de réforme dont elle a besoin. La Ve République est épuisée. Nous sommes le seul pays en Europe oà ¹ le parlement compte pour du beurre, oà ¹ les extrêmes sont bientôt plus forts que les partis modérés. Pendant ce temps, aucun problème ne se règle. Un changement global est nécessaire.
Oui, mais en 1995, vous avez gouverné avec le RPR de Chirac et Juppé !
François Bayrou : Cétait il y a dix ans. Je croyais encore à lépoque quon pouvait changer le système de lintérieur. Maintenant, jai compris quil est entièrement verrouillé. Je sais quelle est limbrication des intérêts politiques, financiers et médiatiques. En France, le pouvoir est absolu et impuissant. Comme dans tous les régimes finissants. Moi, je veux exactement le contraire : un pouvoir contrôlé et capable dagir.
Vous pourriez donc aussi bien gouverner avec les uns ou les autres ?
François Bayrou : Pour gouverner dans des temps aussi durs il faudra savoir rassembler des compétences venant dhorizons différents. Il y a des gens de qualité à droite et à gauche. Mais le système les épuise. Les Allemands ont réussi à réunir des personnalités dhorizons différents autour dun projet commun. Pourquoi pas nous ?
Vous pensez que les Français auront envie de changer de génération en 2007, délire un président plus jeune ?
François Bayrou : Je crois surtout quils voudront en finir avec un système. Les questions dâge sont secondaires.
Croyez-vous que Dominique de Villepin puisse incarner un certain renouveau ?
François Bayrou : Villepin est le continuateur de Chirac. Sarkozy aussi dailleurs. Je ne sais pas lequel des deux lui ressemble le plus.
Et Jean-Louis Borloo, récemment élu président du Parti radical ? Ne cherche-t-il pas à vous voler votre fonds de commerce électoral ?
François Bayrou : Toutes ces opérations internes à lUMP sont une preuve de plus de la décomposition de notre univers politique : préparer des manÅ“uvres sous la table, savoir qui est avec Villepin, qui est avec Sarkozy, préparer des opérations avec Tapie, contrôler les radicaux dits de droite, de gauche, tout cela est un univers dont vous nimaginez pas à quel point je suis éloigné. Ils en reviennent à la Quatrième, et moi cest la Sixième qui mintéresse.
Pourquoi êtes-vous le seul candidat à linvestiture de votre parti ?
François Bayrou : Parce quil arrive quune famille politique se reconnaisse dans le combat dun homme. Nous avons vécu une rude traversée du désert avec des embuscades derrière chaque dune. Les épreuves soudent.
Est-il vrai que vous avez refusé un poste de ministre des Affaires étrangères lors du dernier gouvernement ?
François Bayrou : La discussion nest même pas allée aussi loin. Les offres étaient flatteuses. Mais jai refusé dentrer dans ce gouvernement auquel je ne crois pas et demandé à mes amis den faire autant.
Vous êtes à ce point détaché de fonctions honorifiques et de leurs avantages ?
François Bayrou : Ah, oui ! Je néprouve aucune fascination pour le train de vie du pouvoir. Je suis dailleurs certain quil faudra le changer. Si jétais en situation, jobligerais les ministres à louer leur appartement, à considérer que les fonctionnaires du ministère ne sont pas les serviteurs du ministre et de sa famille. Je leur demanderais de faire la queue comme tout le monde pour prendre un avion. Même jeune ministre, jétais assez peu sensible à tout cela. Mais depuis lors, je men suis absolument détourné.
Et Gilles de Robien, seul ministre UDF du gouvernement, vous navez pas réussi à lui faire entendre raison ?
François Bayrou : Non. Le pouvoir ou ses apparences ont de tels attraits quil nest pas facile dy renoncer.
Quel sera votre thème de campagne en 2007 ?
François Bayrou : Il est trop tôt pour le dire.
Vous avez peur quon vous le pique ?
François Bayrou : Pas seulement… En vérité, les thèmes cruciaux sortent en général dans les trois derniers mois. Ce que je vois, cest que la France explose. Il y a un degré dagressivité sur lorigine, la couleur de peau, la race, la religion que lon navait jamais connu dans lhistoire de la France. Il faut donc recomposer ce pays.
Eh bien le voilà , le thème de campagne !
François Bayrou : Oui, mais nul ne sait encore de quelle manière cet orage en formation se traduira dans la réalité de la vie des Français.
On vous dit habité par la certitude davoir un destin.
François Bayrou : Quest-ce quune vie humaine sans destin ? Un gâchis. Mais on peut aussi être un grand homme en réalisant de petites choses. Jen ai connu de près, des paysans, des profs, des artisans, des gens humbles qui étaient grands.
Quavez-vous retenu comme leçon de votre campagne présidentielle de 2002 ?
François Bayrou : Jai beaucoup appris. Cette élection nest pas seulement méchante, elle est sauvage. On monte au Zénith, puis on seffondre. Chevènement est passé par là . Cest une élection à part. Vous apprenez à votre détriment, que tous les coups sont permis. Quand vous avez traversé tout cela, vous navez plus peur de grand-chose en politique.
Vous, vous avez fendu larmure en 2002.
François Bayrou : Oui parce quon ne vote pas pour une étiquette, mais pour une personne. Les Français ont besoin de savoir qui est le mec ou la femme derrière lapparence, la photo. Cela oblige à aller jusquau bout. Cest la magie et la cruauté de la présidentielle.
Quest-ce qui vous sépare de Nicolas Sarkozy ?
François Bayrou : Le projet pour la France. Ce qui domine dans sa façon dappréhender les choses, ce sont les rapports de forces, la violence des propos, la mise en scène des affrontements, et aussi limportance de largent, de lunivers financier. Une société très proche de ce quil y a de plus dur dans le modèle américain. Ce nest pas mon projet de société. Je veux une société qui réconcilie et non pas qui excite les affrontements. Je veux une société oà ¹ largent na pas le premier rôle, mais lesprit. Je veux une société qui choisit léducation comme valeur première. Alors seulement, on sera armés, comme nation, alors on pourra relever tous les défis économiques.
Pour la première fois sous la Ve République une femme, Ségolène Royal, est entré dans le club des présidentiables. Cela vous inspire quoi ?
François Bayrou : Avis de tempête au PS.
Un sommet franco-allemand incarné par le duo Royal-Merkel, cest une Europe qui change ?
François Bayrou : La vraie révolution, cest de mettre femmes et hommes sur le même plan. Président ou présidente, ce qui compte cest oà ¹ on conduira le pays. Il arrive que les femmes se trompent autant que les hommes : cest une femme forte, Martine Aubry, qui a fait les 35 heures, et cétait une vraie erreur. Mais on ne peut pas continuer à être le dernier pays du monde pour la représentation féminine au parlement. Cest obscène. Alors quil suffit, pour obtenir la parité, de changer la loi électorale et dadopter la proportionnelle, comme tous les pays européens.
Vous avez critiqué la ” peoplisation ” de la vie politique. Vous ne craignez pas les sarcasmes après la publication de cet entretien ?
François Bayrou : Je croyais que vous refusiez létiquette de journal people. La peoplisation nest jamais dans les questions, elle est dans les réponses. Quel que soit le journal, il suffit de ne pas sy prêter.























