La logique politique doit être supérieure à toute influence – BFM
Hedwige Chevrillon – En direct de luniversité du Medef, je reçois François Bayrou, le président de lUDF. François Bayrou, bonjour.
François Bayrou – Bonjour.
HC – Vous faites partie des politiques qui sont venus parler aux patrons. Vous ouvrez demain votre université dété qui se tient à la Grande Motte. Des personnalités comme Michel Rocard, Michel Barnier ou encore Nicolas Hulot font partie de vos invités. Aujourdhui, cest votre tour dêtre invité par les patrons.Quest-ce que vous êtes venu leur dire ?
FB – Le sujet, cétait le libéralisme, les raisons pour lesquelles il y avait en France tout ce débat autour du libéralisme, un débat quelquefois musclé, agressif, et quel système on pourrait imaginer, au fond cétait ça le sujet. Et ma réponse est celle-ci : la logique économique, cest bon pour léconomie et il faut donc la respecter et en même temps la logique politique, la logique des citoyens, doit être supérieure à toute influence. Donc, il faut quil y ait une logique économique respectée, mais il ne faut pas que la logique politique obéisse à la logique économique. Il ne faut pas que le pouvoir politique, le pouvoir des citoyens, soit asservi ou influencé par la logique économique. A partir de ce moment-là , on a au fond ce que le libéralisme était comme philosophie, cest-à -dire la séparation des pouvoirs, qui fait que chaque citoyen, citoyen individuel ou citoyen entreprise, est assuré de ne pas avoir en face de lui un pouvoir absolu qui le guide sur des voies oà ¹ il ne veut pas aller.
HC – Mais est-ce quil ny a pas forcément une influence lorsquon est dans une mondialisation aussi forte, aussi expansive, une influence de la logique économique sur la logique politique ?
FB – Influence oui, mais mainmise non. Je suis certain que le peuple français ne peut pas accepter que sa volonté de citoyen se plie à des influences économiques, en plus souterraines, qui ne disent pas leur nom. Donc cette restauration du politique, cette reconstruction du politique en face de la logique libérale, est nécessaire.
HC – Le thème de cette université dété, cest concilier linconciliable. Est-ce que vous restez optimiste, on peut concilier la logique économique et la logique politique ?
FB – La démocratie, cest concilier linconciliable. La démocratie, cest avoir en face de soi des intérêts contradictoires et les rendre conciliables pour que chacun trouve sa place. Et cest pourquoi je défends cette idée de séparation des pouvoirs. Autrefois, on a séparé les pouvoirs à lintérieur du politique, exécutif, législatif, judiciaire. Maintenant, il faut séparer le politique de léconomique, et léconomique du médiatique.
HC – Vous avez tenu des propos assez violents dans une interview à paraître dans LExpress, oà ¹ vous dites, à propos notamment de Nicolas Sarkozy, quil y a une grande connivence entre les puissances dargent et la mise en scène des confrontations dures dans la société.
FB – Noublions pas de dire que jai été interrogé sur le PS dabord et jai dit quelle était mon incompréhension du programme du parti socialiste. Et ensuite interrogé sur mes différences avec Nicolas Sarkozy, jai cité celle-là . Quand De Gaulle disait autrefois : » la politique de la France ne se fait pas à la corbeille « , cest ça quil voulait dire. Cest-à -dire quil ne faut pas une trop grande proximité, une trop grande complicité entre les gouvernants et le monde des grands intérêts économiques. De ce point de vue-là , en effet, cest une différence. De la même manière quest une différence la mise en scène de confrontations dans la société qui poussent les gens les uns contre les autres, ce qui me paraît porter des fruits parfois inquiétants.
HC – Dans son discours douverture et à ce même micro, Laurence Parisot, la présidente du Medef, a dit quelle allait être extrêmement vigilante sur cette campagne présidentielle, quelle comptait éviter toute démagogie et justement discuter et intervenir dans cette campagne. Est-ce quelle est dans son rôle, est-ce que le Medef est dans son rôle ?
FB – Oui. Permettez-moi de prendre un exemple. Parfois les évêques disent : » nous allons être très vigilants sur … » Et de leur point de vue, ils sont légitimes, ils ont raison. Ils défendent leur système de valeurs et leur vision. Il est légitime de voir les représentants des entreprises défendre leur système de valeurs et leur vision, et les représentants des salariés défendre leur système de valeurs et leur vision. Mais le politique na à se soumettre à aucun de ces systèmes de valeurs. La responsabilité du politique, cest de montrer quil définit, lui, un projet pour tous et, donc, soumis à personne. Et cest cette séparation, cette distinction : vous avez tous le droit légitime de défendre vos intérêts, votre système de valeurs, cest normal que vous le fassiez. Mais en France, sous la République française et en démocratie, le pouvoir na à être soumis à aucun de ces intérêts. Et si lon fait bien cette distinction, qui est pour moi fondatrice, à ce moment là on a une démocratie qui se porte bien, une république qui est reconnue et oà ¹ chacun a sa place. Et les conflits sont tranchés par la vie politique et le Parlement.
HC – Encore une dernière question sur ce point, et après on parlera de votre université dété. François Bayrou, est-ce quun responsable politique peut dire quil est libéral aujourdhui en France ?
FB – Je vais vous avouer ma difficulté : je ne sais pas ce que le mot libéral veut dire. Si le mot libéral veut dire quil faut des règles et des lois pour organiser et protéger la liberté de chacun, alors il faut être libéral. Si le mot libéral veut dire : il faut que la logique économique lemporte sur toutes les autres logiques, alors, de ce point de vue-là , ce serait pour moi un échec. Il faut simplement avoir des convictions clairement exprimées et une vision oà ¹ tout le monde puisse se reconnaître.
HC – A ce même micro et à la même heure exactement, je recevais Jose Manuel Barroso, le président de la Commission européenne. Lui, il disait : » le libéralisme, cest plutôt une bonne chose, cest ce qui fait quil y a de la croissance et cest ce qui fait quil y a de lemploi ; et en France, vous savez le faire, mais le problème cest que vous, Français, vous voyez toujours le côté négatif des choses « . Vous êtes un petit peu daccord ?
FB – Oui et non. Jose Manuel Barroso était Premier ministre du Portugal et ça na pas été facile tous les jours avec les Portugais, puisque même, il la avoué, il a saisi ainsi loccasion de quitter sa responsabilité. Ce nest pas simple de dire aux peuples ce quils doivent faire. Les peuples ont bien le droit de penser différemment des grands responsables politiques, économiques. Les peuples ont leurs attentes et il faut les respecter. Ce qui est très important pour moi, cest que tout le monde sache que le débat politique, le projet politique ne se soumettra à aucun diktat. Dès cet instant-là , vous avez léquilibre que nous recherchons.
HC – Même un diktat médiatique ? Certains, notamment à loccasion de luniversité dété du Parti socialiste, comme Jean-Luc Mélanchon qui est, lui, plutôt proche de Laurent Fabius, ont dit que cette peoplisation de la campagne était criminelle. Il avait raison ?
FB – La peoplisation est une des nouvelles faiblesses de la vie politique française. Parce que la peoplisation, ça consiste à parler de laccessoire pour éviter de parler de lessentiel. Parler de la vie personnelle, des histoires diverses et variées, des maillots de bain, des plages, comme on la vu pendant lété, ça cest laccessoire qui évite quon sintéresse à lessentiel. Tout autre chose est de dire qui sont les gens, cest légitime, nécessaire de savoir qui sont les gens, quelles sont leurs racines, leur manière de voir les choses. Mais la peoplisation, oui, cest une faiblesse.
HC – On attend toujours la photo de François Bayrou en maillot de bain, bien quon vous ait vu à cheval. François Bayrou, on se retrouve dans un instant, juste après les infos. (…) François Bayrou, nous parlions des relations quun candidat comme vous peut avoir avec le patronat. Vous, vous invitez à votre université dété Michel Rocard. Pourquoi ?
FB – Jinvite Nicolas Hulot, Michel Rocard et Michel Barnier vendredi. Pour montrer quen France, on peut dialoguer et, jespère, un jour travailler avec des gens compétents, responsables et qui ne sont pas forcément de votre étiquette.
HC – Michel Rocard a été, du reste, le premier à avoir des ministres centristes dans son gouvernement.
FB – Et cette vision là , dune manière de faire de la politique plus large, fondée sur des relations destime plutôt que sur la logique des appareils, cest ce que je pense nécessaire pour la France daujourdhui. Aucun des défis qui sont devant nous, aucun, ni la dette, ni le climat, ni lénergie, et on peut les énumérer comme ça, aucun de ces défis ne peut être relevé si lon na pas une action politique largement soutenue dans la société française. Le fait quon enferme la vie politique dans un seul parti, un seul appareil, cela fait que ces gouvernements sont toujours minoritaires et quils échouent toujours depuis vingt-cinq ans. Ma vision est différente et je crois quil faut une autre approche pour la France.
HC – Cest une première historique dans lhistoire de lUDF, dans son histoire un peu mouvementée, de mettre fin à ce que vous appeliez, il y a quelques mois, lapartheid entre la droite et la gauche, une stratégie dindépendance. Jusquoà ¹ cela peut vous conduire ? Si vous avez un gouvernement douverture, à supposer que vous ne soyez pas élu en mai 2007, est-ce que ça veut dire que vous, les centristes, vous pourriez aussi bien vous allier à des gens de gauche et à des gens de droite ?
FB – » A supposer que » nest pas une supposition que je retiens. Je suis dans une démarche de proposition aux Français dune attitude politique nouvelle. Ma conviction est que cest de cette attitude que les Français ont besoin. On essaie de leur vendre précuits Sarkozy /Ségolène Royal, tous les jours.
HC – à ‡a vous énerve et on le comprend.
FB – Non, pas du tout, ça me fait rire parce que jai déjà vécu cela en 2002. Vous nous vendiez Chirac/Jospin – pas vous, vous nêtes pas en cause personnellement – le monde des medias nous vendait Chirac/Jospin. Aujourdhui, le monde des medias nous vend précuits, préfabriqués, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Et les Français nont pas envie du précuit et du préfabriqué. Ils ont envie de participer à une confrontation entre plusieurs thèses sur leur avenir et ce jour-là , ils choisiront. Je considère que la thèse que je présente est plus, jallais dire révolutionnaire, en tout cas quelle change plus les choses que de reprendre le PS après avoir eu lUMP, qui succédait au PS, qui succédait au RPR. Vous voyez bien quon ne fait que léternel retour dans cette affaire.
HC – Votre analyse, en fait, cest que les Français ont besoin dune rupture, pas forcément celle que voit Nicolas Sarkozy, mais vous pensez quon est un peu dans une période de rupture.
FB – Je pense quil faut tourner la page. Je pense que notre démocratie est malade, que nos institutions vont très mal, que le peuple nest pas représenté, quil na pas son mot à dire, depuis le peuple des entreprises jusqu’au peuple des chômeurs. Ils sont aussi exclus et je pense quil est nécessaire que nous ouvrions un chapitre nouveau. Alors je dis à lavance quelles sont les conditions de ce chapitre nouveau, jen cite deux : il faut avoir des règles différentes, des institutions différentes, et quelles ressemblent à celles de tous les autres pays européens
HC- cest-Ã -dire ?
FB – cest-à -dire que, par exemple, tous les courants politiques soient représentés au Parlement, cest aussi bête que ça. Quand vous avez un courant politique que je naime pas
HC – y compris lextrême droite et le Front national ?
FB – oui, un courant politique qui fait 15 % ou 16 % des voix et qui na pas un seul député, alors que le parti qui a fait 19 % en a 365. Nous, nous avons fait 12 % aux élections régionales et européennes, lUMP a fait 18, 12-18, ils ont plus de dix fois plus de députés que nous. Vous trouvez ça normal ? à ‡a ne marche pas. Donc je suis pour que tous les Français considèrent que le Parlement est le leur, puisquils y seront tous représentés. Premièrement.
Et, deuxièmement, je dis quil est mieux pour la France et pour relever ses défis, de faire travailler ensemble une large palette de gens compétents, daccord sur un contrat de gouvernement, pour que le soutien au gouvernement soit plus large, et peut-être lécoute du gouvernement plus attentive, que ça ne la été depuis vingt-cinq ans.
HC – Vous avez dit avant lété que vous alliez présenter dans les 577 circonscriptions des députés UDF. Vous maintenez cette position ?
FB – Cest la logique des élections. Je sais bien que ça avait été oublié depuis longtemps …
HC – Y compris si Alain Juppé se présente ?
FB – Si vous êtes un grand courant politique, vous exercez votre responsabilité de présenter des candidats aux électeurs partout sur le territoire national. Et après, il y a un deuxième tour et vous regardez à lintérieur de quelle entente politique vous êtes. Mais, au lieu de considérer quil y a des dominants et des dominés comme cétait le cas autrefois, je propose quil y ait des indépendants.
HC – Vous ne faites pas un peu le jeu de lextrême droite, dans ce cas-là ?
FB – Ce qui fait le jeu de lextrême droite, cest le débat politique simplificateur dans lequel nous nous trouvons. Il y a des millions de Français – des millions de Français – pour qui être obligé de choisir Sarkozy ou Ségolène Royal, ils ny trouvent pas leur compte. Ceux-là ont le droit davoir un projet pluraliste pour eux.
HC – On a le sentiment que le centre devient très encombré. Il y a vous, évidemment, historiquement lUDF, et puis on voit Jean-Louis Borloo avec le Parti radical, il se veut un peu la composante sociale, un ex de lUDF, vous le connaissez bien, et puis il y a aussi Dominique de Villepin, avec les nouvelles mesures quil a annoncées, soccupant du pouvoir dachat et des familles modestes.
FB – Sur la question politique, ma réponse est simple : choisissez loriginal, et pas la copie. Parce que vous voyez bien les manÅ“uvres quil y a derrière tout cela. Moi, je nai pas de manÅ“uvres, jai une ligne. Premièrement. Deuxièmement, sur Dominique de Villepin, jai trouvé que le gouvernement passait mieux lété quil navait passé le printemps, mais je suis très réservé chaque fois que les gouvernants viennent à la télévision pour jouer les Père Noà «l avec largent quils nont pas. Parce que, évidemment, dans létat de la dette oà ¹ nous sommes, ce sont des traites quon tire sur nos enfants. Je pense quil faut faire très attention à ce genre de choix. Pour moi, cest sur la feuille de paye quon devrait trouver la rémunération du travail.
HC – Vous êtes sur la même logique que François Chérèque.
FB – Très bien. Je ne le savais pas, mais cela ne métonne pas. Je ne vois pas pourquoi on passe son temps à faire le détour, la mise en scène, par un gouvernement Père Noà «l, qui viendrait vous apporter ce qui nest pas autre chose que le fruit de votre travail. Il y a là quelque chose qui me heurte, et à quoi je pense quil faut être très attentif.
HC – Merci François Bayrou, président de lUDF, qui tient son université dété à partir de demain à la Grande Motte.
FB – Merci de votre invitation.
Articles Similaires :
- La responsabilité politique doit être supérieure aux intérêts économiques et financiers
- Largent et la politique doivent être séparés – TF1
- Lentrée en campagne doit être scellée par un acte solennel – Sud Ouest
- Le Parlement doit être indépendant – Le Télégramme de Brest
- La politique et largent doivent être séparés – Arrêt sur Images / France 5





Combien de temps Eric Woerth pourra-t-il tenir ? Sa défense est aussi débile qu'en sont
ahkpxc aegzdintifxm, [url=http://ppzrnsdnnjia.com/]ppzrnsdnnjia[/url], [link=http://kcpfdrtpdkka.com/]kcpfdrtpdkka[/link], http://yljdkhxipdgf.com/
Il n’y a aucune importance à fixer un âge de départ en retraite le plus
Bayrou parle avec justesse et modération, ça change ! Dans tous les milieux qui sont
Bien silencieux le modem sur la vichysation du régime sarkozyste après sa bushisation, sa blairisation,