François Bayrou dénonce la précarité généralisée - Le Progrès
Posté le 28 janvier 2006 par admin
Un congrès de lUDF, pour quoi faire ?
François Bayrou : Le congrès de Lyon, cest pour lUDF celui de son indépendance. Les Français ont besoin de reprendre espoir. Le face à face éternel de lUMP et du PS, que lon connaît depuis vingt-cinq ans a épuisé tous ses charmes, à supposer quil en ait jamais eu. Donc, il faut que des forces nouvelles sémancipent et prennent leur responsabilité, quelles nhésitent pas à sortir des sentiers battus et à prendre des risques. Et quelles disent leur différence et leur projet.
Le Contrat Première embauche (CPE), cest un dérapage ?
François Bayrou : On est en train de généraliser la précarité sur les plus fragiles : les jeunes, les plus de cinquante ans, les petites entreprises. Cest une tendance lourde de notre société, et on laccentue. Si lon avait dit : on va proposer un contrat durable avec six mois à lessai, jaurais été daccord. Mais deux ans, et renouvelable !
Cela va devenir une facilité, et bientôt la règle pour toutes les entreprises. Pourquoi voulez-vous quun patron choisisse demain un contrat normal, quand il peut avoir le même emploi avec un contrat précaire ? Cest ce principe de précarité généralisée que je récuse.
Cest de lincompétence ou de la provocation ?
François Bayrou : Cest surtout de la compétition. Il y a une course à lintérieur du gouvernement qui entraîne à aller toujours plus loin.
Avec une idéologie qui consiste à penser que lavenir de lemploi se trouve dans la précarité, quil faudra nécessairement en passer par là .
LUDF va-t-elle descendre dans la rue ?
François Bayrou : Cest à lAssemblée quil faut combattre ces dérives et proposer une autre vision. Cest là , quand on est élu, quon sadresse à lopinion et quon défend ses électeurs. Le gouvernement croit quil peut court-circuiter le débat, mais cest un chemin dangereux. Chaque fois que lon veut éviter la confrontation, on provoque en fait des réactions beaucoup plus importantes. Si les jeunes vivent le CPE comme une injustice à leur endroit, il vaudrait mieux le corriger plutôt que de limposer en passant en force.
Vous étiez ministre au moment du CIP, il y a un parallèle ?
François Bayrou : Il y a surtout un sentiment dinjustice commun. Mais la société a changé. Elle est moins réactive quelle ne létait à lépoque.
Iriez vous jusquà censurer le gouvernement sur ce sujet ?
François Bayrou : Je nai aucune envie de me prêter à un amalgame avec la gauche, dont les choix en matière de travail  je pense aux 35 heures par exemple - ont été si nocifs pour le pays.
La rupture que vous préconisez, cest un changement de méthode ?
François Bayrou : Cest un changement de projet. Mais il y a un changement dinstitutions. Nous ne pouvons pas continuer avec des secteurs entiers de la société française qui ne sont pas entendus, parce quils ne sont pas représentés au parlement.
Et nous ne pouvons pas continuer avec des gouvernements, qui décident tout seuls, ne discutent pas avec leurs partenaires naturels, et passent en force.
Que reste-t-il des dix ans de Jacques Chirac ?
François Bayrou : Un bon jugement sur lIrak, un bon diagnostic en 95 sur la fracture sociale.
Mais il a manqué la chance de 2002 de façon colossale. Il avait une occasion unique de faire lunion nationale, il a préféré faire le parti unique. Cétait une situation historique, il la traitée en situation politique pour son parti. Cela nous a empêchés de traiter de grands problèmes dans une approche d’union nationale.
Vos électeurs sont à droite. Quelles alliances envisagez-vous pour gouverner ?
François Bayrou : Nos électeurs, cest la France. Je ne vois pas la France et les Français coupés en deux comme par un autre mur de Berlin. Je ne pense pas, comme certains, que droite, gauche et centre ce soit la même chose. Mais je ne considère pas que leurs différences soient irréductibles et doivent empêcher toute action commune, un jour, sur de grands sujets. Regardez ce que viennent de faire les Allemands. Dans le grand débat national qui va souvrir jusquà 2007, que chacun défende son projet. Que chacun dise ses priorités et ses différences.Et réfléchissons à la manière dont nous pourrons un jour rassembler les forces de la France.























