Education - Ecole, université, recherche : pour l’avenir
Posté le 11 mars 2006 par admin
Discours de François Bayrou en clôture du colloque ” Ecole, université, recherche : pour l’avenir ” - 11 mars 2006
Mesdames, Messieurs,
Au terme de ces deux journées de réflexion sur lécole, luniversité et la recherche, je veux exprimer une conviction : de la maternelle au collège de France, des salles de classe aux amphithéâtres, aux laboratoires et aux bibliothèques, cest la question principale de lavenir national qui se trouve posée.
Cest toujours dans lélaboration et la transmission du savoir que la France sest faite, mais aujourdhui tous les pays du monde jouent leur avenir dans ce domaine.
La mondialisation place tous les pays du monde en situation de défi les uns par rapport aux autres, et la clé principale de ce défi, cest la recherche et léducation.
Dabord parce que la compréhension du monde, les brevets, les procédés nouveaux, linnovation, permettent seuls de fixer sur notre sol emplois, capitaux, centres de recherche et de décision.
Et ensuite parce quun peuple bien formé est un peuple solidaire, qui avance ensemble, qui sait doà ¹ il vient, et comprend oà ¹ il va, alors quun peuple mal formé est soumis à des tensions culturelles et sociales qui le conduisent à la dissolution.
Cest plus particulièrement vrai en France. Nos valeurs nationales sont des valeurs déducation. Notre peuple sest formé dans les écoles. Et si les valeurs républicaines de liberté, égalité, fraternité, ont un sens concret pour chacune et chacun des Français, cest à lécole que se trouve ce sens.
La liberté, cest dabord la liberté de jugement dun esprit formé qui échappe aux préjugés.
Légalité, cest dabord légalité des chances.
La fraternité, cest dabord la reconnaissance et le respect de lautre.
Et sil y a formation de lesprit critique, égalité des chances, compréhension de lautre, cest à lécole que tout cela se forge, se forme et se transmet.
Cette école française, qui nous a faits ce que nous sommes, comment va-t-elle ? Peut-on porter sur elle un jugement équilibré ?
Dabord elle subit de plein fouet la souffrance de la société dans les grandes périodes de mutation.
Quand on dit ” violence à lécole “, on dit violence de la société qui vient frapper lécole. ” Monsieur, la souffrance sociale nous explose à la figure ” disait à lun de nos intervenants une maîtresse de quartier difficile. La souffrance et la dispersion des familles, le déracinement culturel, le choc du chômage, laddiction aux drogues, la crise du logement, tout cela se concentre et retentit dans les salles de classe et notamment dans les salles de classe de lécole obligatoire, dans les maternelles, à lécole primaire, au collège.
Il est vain despérer que lécole puisse corriger à elle seule tout cela. ” Comment voulez-vous faire classe de manière utile et rassurante aux quelque 5000 élèves qui savent que leur famille va se retrouver, au printemps, expulsée de son logement ? ”
Et il est vain de demander à lécole de corriger à elle seule, David contre Goliath, toutes les faiblesses, toutes les insuffisances, toutes les dérives de la société.
Mais on peut lui demander de jouer son rôle dans leffort collectif pour réduire ces souffrances et ces dérives.
Léchec scolaire, cest léchec de vingt pour cent dune classe dâge, un enfant sur cinq, 150 000 élèves par an. 90 % de ces 150 000 élèves sont en échec depuis leur plus jeune âge.
Et presque autant qui sortent de lécole contre leur gré, avec un diplôme, mais sans métier.
Pour les autres, la majorité, près de 60 % des jeunes Français, lécole française réussit bien, mieux que dans aucun autre pays comparable.
Et parmi ceux-là , 150 000 sont diplômés de lenseignement supérieur, au niveau de la licence.
Nous devons nous fixer un objectif : diviser par deux léchec scolaire, le segment le plus faible, et multiplier par deux la réussite scolaire, le segment le plus fort.
Jajoute diviser léchec et multiplier par deux la réussite, dans tous les milieux sociaux, et particulièrement parmi les secteurs de la nation qui sont les moins favorisés culturellement et socialement.
Diviser par deux léchec, et multiplier par deux la réussite, cest un immense effort national.
Mais cet effort divisera la souffrance et multipliera le bien-être personnel, réduira la souffrance et multipliera la créativité, linventivité de la nation.
Quelle est la première condition ?
Que tous les élèves, cent pour cent, sachent lire et écrire au moment de lentrée en sixième. Et, sils ne savent pas lire au moment dentrée en sixième, quon ne les laisse pas entrer en sixième sans leur apprendre !
Lhumanité a connu une immense mutation dans les dernières années du XX° siècle. Une mutation totalement inattendue, à rebours de tout ce qui était analysé. On nous annonçait la fin de lère de Gutemberg et lentrée dans lère de Mac Luhan, la fin de lécrit et lavènement de laudio-visuel.
Et en réalité, alors que je ne me souviens de lavoir lu chez aucun prévisionniste, on a subi pleinement le choc de laudio-visuel, et, en même temps, lenvahissement de lécrit par internet interposé ! Le triomphe parallèle et concomitant du signe et de limage.
Si, dans ce monde-là , nous abandonnons un enfant sans quil comprenne lécrit, nous sommes criminels.
Or nous devrions avoir une arme à nulle autre pareille pour réussir à donner la lecture à cent pour cent des enfants : cest lécole maternelle.
Lécole maternelle est une singularité française, lécole maternelle est une richesse française.
Les pays qui nous entourent, jusquà lâge de cinq et six ans, ont des jardins denfant. Nous, nous avons une école. Dans la transmission de la lecture, ce doit être un atout maître.
Je ne participerai pas aux guerres de religion autour des méthodes de lecture. Jy ai participé autrefois. Mais jai conclu assez vite que cette guerre ne pouvait être gagnée par des moyens autoritaires. On nintroduira pas des méthodes de lecture par décret.
Il ny a quune démarche qui vaudra et qui sera juste : la démarche scientifique et lévaluation ! En une année, en deux années, si on le veut, on peut fixer des protocoles, suivre des cohortes délèves, vérifier ce qui marche et publier les résultats.
En cinq années dun effort continu, qui associe toutes les forces vives de lécole primaire, tous les élèves doivent lire couramment dans les dernières années de lécole primaire.
Cela veut dire aussi quil faut trouver, avec des chercheurs, avec des pédagogues passionnés, dans un programme de recherche national, comment rattraper ceux qui ny sont pas parvenus. Ceux-là méritent des classes particulières, avec des maîtres spécialement formés, quitte à les libérer des autres parties du programme ! Et si lon y parvient, peut-être aura-t-on enfin une réponse efficace à proposer aux cinq millions dadultes illettrés qui vivent parmi nous, comme un continent immergé, que nous ne voyons même pas…
Garantir que cent pour cent des élèves savent lire à lentrée au collège, cest une ambition nationale dont le président de la République doit se porter garant devant la nation.
Laisser entrer en sixième, comme si de rien nétait, des enfants qui ne savent pas lire, cest de la non-assistance à personne que lon sait pertinemment en danger.
Garantir la lecture, cest changer le collège : tout le monde sait que les élèves les plus déstabilisés, parfois les plus violents, ce sont les élèves en échec grave, ceux pour qui lécrit est étranger, incompréhensible.
Ce ne sont pas les seuls, mais on réduira singulièrement leur nombre.
Cest au collège que se concentre la question de la violence.
Retrouver un collège paisible, cela ne se fera pas avec des policiers dans les établissements scolaires, comme on voudrait nous le faire croire, cela se fera avec des éducateurs.
Dabord parce quil ny a pas suffisamment de policiers pour la ville…
Et ensuite parce que si nous acceptons lidée que la loi de lécole est la même que la loi de la rue, alors lécole a perdu !
Les valeurs de la rue, hélas !, cest trop souvent la loi du plus fort. Et la police est là pour imposer la force de la loi aux caïds qui veulent prendre le dessus. Les valeurs de lécole ce nest pas la loi du plus fort, cest la loi du respect, le respect du savoir, le respect de léducation, à tous les sens du mot, et le respect de lautre.
Les valeurs de lécole ne sont pas les valeurs de la rue. Le progrès, ce serait que les valeurs de lécole lemportent un jour dans lespace de la rue, et pas que les valeurs de la rue lemportent dans les murs mêmes de lécole !
Si lon veut sauver lécole, il faut défendre son système de valeurs ! Cest lautorité du professeur et du surveillant quil faut reconstruire.
Et cela passe par une question quil faut poser et résoudre.
Les enseignants donnent toujours les mêmes chiffres : même dans les établissements les plus violents, dans les dix pour cent détablissements doà ¹ viennent soixante pour cent des ” signalements ” dincidents violents, comme on dit dans la nomenclature du ministère, cest un élève, deux élèves par classe qui mettent la classe par terre et déstabilisent létablissement.
Je veux le dire clairement : à ces élèves-là , il faut des réponses pédagogiques et dautorité qui ne peuvent pas être apportées dans le cadre normal du collège classique !
Aujourdhui, pour ces élèves-là , nous navons aucune réponse. Quel que soit leur comportement, alors quil faudrait réagir au premier incident, ne serait-ce que par exemplarité, avertissement après avertissement, sanction après sanction, ils restent au collège. Au pire, on les change de collège… Et ils continuent leur trouble et leur inquiétude destructrice.
à € ces élèves-là , il ne suffit pas de proposer des professeurs et des surveillants (rares). à € ces élèves-là , il faut en plus des éducateurs et des psychologues. à € ces élèves-là , il faut des établissements qui proposent, de manière durable ou, le plus souvent, transitoire, une prise en main, ou une reprise en main, qui leur rende des repères, dautorité, de fermeté, de dialogue, sans lesquels ils continueront à se détruire et à détruire autour deux, dans la souffrance explosive qui les frappe et dont ils frappent leur entourage.
Cest sans doute la forme de linternat qui est la plus efficace. Etablissements de petite taille, moyens adaptés, qui permettront des réponses qui nexistent pas ailleurs et pour le collège de retrouver la stabilité sans laquelle il ne peut pas accomplir sa mission.
Dois-je ajouter que tout le monde comprendra le message ? Dois-je ajouter que ceux qui sèment la terreur dans le collège sont aussi ceux qui la sèment dans la cité ou dans le quartier et qui désespèrent leur famille ? Et que ce nest donc pas seulement une réponse scolaire, cest une réponse sociale qui se préparera ainsi…
Le collège, cest le lieu de légalité des chances ! Garantir légalité des chances, cest améliorer le suivi.
Les tables rondes dhier ont rappelé deux choses : cinquante pour cent des élèves reçoivent aujourdhui des cours particuliers. Bien entendu, je suis heureux quune activité supplémentaire et économiquement rentable soit ainsi venue prospérer dans notre pays. Mais ce nest pas normal. Dans un pays dont léducation est le premier budget, dans un pays oà ¹ lécole commence à trois ans et souvent à deux ans, il ne devrait pas y avoir besoin de cours particuliers dont sont privés, évidemment, tous les enfants en difficulté.
Et il a été rappelé que nous avions mis en place des études dirigées dans les collèges, prévues dans les tableaux de service et lallocation des moyens, confiées à lautonomie de chacun des établissements.
Ma conviction est que légalité des chances se construit, et quelle se construit par la présence dadultes, de jeunes adultes ou dadultes confirmés.
Et cest ici que ce besoin dadultes rencontre le besoin de brassage et dactivité qui est une autre des demandes de la nation.
Lassistance, la présence, laide aux élèves, je le vois assumé dans le cadre du service civil universel. Je le vois assumé dans le cadre de lactivité universelle, que je propose à ceux qui reçoivent des minima sociaux et dont beaucoup ont des qualités, des aptitudes qui doivent être valorisées. Parfois, la présence seule dun adulte suffit à éviter un débordement ou un accident.
Le programme de service civil universel, le programme dactivité universelle, sont dabord dirigés vers les établissements scolaires pour la surveillance, laccompagnement, le suivi, dont écoles collèges et lycées ont le plus grand besoin.
Avant den venir au lycée, je voudrais dire un mot des programmes.
Jattends avec intérêt les conclusions du Haut Conseil de lEducation, dont je salue ici la présence de plusieurs membres, sur le socle commun de connaissances.
Pour moi, le socle commun de connaissances cest dabord la langue.
Il y a une culture de la langue dont tout dépend. Si vous possédez la langue, la capacité dexpression orale et écrite, la faculté de traduire une émotion, une colère, vous appartenez à une famille, et vous avez la clé de la connaissance et de la reconnaissance.
Il y a une éducation à la langue dont lenseignement des siècles classiques avait bien compris lutilité, joutes verbales, exercices rhétoriques, compositions latines ! Jai été frappé dans les violences des banlieues du mutisme des garçons qui mettaient le feu, de leur difficulté à parler. Et pour moi, ce nest pas un hasard, cest une cause.
La formation à la langue orale et écrite, à son vocabulaire, à son histoire, à ses racines, je pense au latin pour la langue courante et au grec pour la langue scientifique et intellectuelle, tout cela est une clé. On doit la vérité aux jeunes Français : tous les codes de reconnaissance, tous les éléments du leadership, passent pas la langue. Et si lon veut la raison principale des différences de réussite entre classes sociales, enseignants, cadres, etc., cest dans la langue quon la trouvera.
Après la langue, le nombre. Je suis un défenseur du calcul et même du calcul mental, de la représentation des ordres de grandeur. Les opérations mathématiques de base sont un élément de la liberté de lesprit humain et de sa construction, plus encore de lélaboration dune société contemporaine.
Et enfin le bagage culturel. Dans le sac de voyages, la carte, la boussole, qui permettent de savoir oà ¹ lon se trouve dans le temps et dans lespace, qui permettent déchanger avec les autres (langue étrangère), les notions scientifiques qui permettent de saisir un mode de pensée et davoir à lesprit les grandes questions de lhumanité. Et loutil informatique pour ouvrir la bibliothèque de lunivers désormais accessible en un millième de seconde sur un écran de quelques pouces.
Les trois outils de la liberté, dans lordre, la langue, le nombre, le bagage culturel ! Il conviendrait dy ajouter le geste, la main, laction physique sur le monde, loutil.
Parlant des programmes, de lorganisation de lécole, je voudrais dire un mot de la question de la carte scolaire, qui vient dêtre remise sur le tapis, et qui est selon moi un faux problème.
Dabord pour en dire ceci : cest un problème de centre-ville. Il y a beaucoup de familles françaises pour qui la question de la carte scolaire ne se pose pas, parce quelles nont pas le choix. Dans le monde rural ou dans les quartiers, on na souvent quun seul établissement à proximité. Or faire entrer les établissements dans un système de concurrence, établir entre eux la loi du marché, cest mécaniquement renforcer les établissements de centre-ville et affaiblir les établissements ruraux ou de banlieue.
Ouvrir la concurrence entre des établissements quon qualifie ” dexcellence “, cest composer des équipes pédagogiques en choisissant les enseignants au prix davantages à négocier. Cest la loi du marché dans léducation nationale. Fort bien pour les établissements réputés, tragique pour les autres, dont on saura très vite quils sont désormais de deuxième zone !
Cette logique de concurrence, la reconnaissance de la loi du marché dans léducation, que vient de reprendre Nicolas Sarkozy, elle ne combat pas la ségrégation, elle laccentue !
Ce quil faut au contraire, cest repenser la carte scolaire à la lumière de légalité des chances.
Là oà ¹ plusieurs établissements sont identiquement accessibles, il faut construire des réseaux sous lautorité dun coordinateur et ouvrir la possibilité daccéder à tous les établissements du réseau, pour les élèves et peut-être aussi pour les enseignants.
Et au lieu de concentrer lexcellence sur les plus chanceux, il faut équilibrer lexcellence.
Je naime pas lidée de discrimination positive. Je la crois davantage un alibi quune réalité.
Je salue bien sûr les efforts faits par Sciences-po et par lEssec. Mais vous avez entendu hier les chiffres fournis par Mme Orsi. Sur trois ou quatre années de conventions Sciences-po-Zep, 189 élèves ont été concernés, soit quelque trente à quarante par an. Et le recrutement classique na pas changé dorigine.
Ce quil faut, cest un changement majeur.
Notre vision, la même que celle qui est défendue par Patrick Weil, est toute différente. Si sélection il doit y avoir, vers des filières dexcellence, assumons la. Et donnons égal accès à tous les établissements à ces filières dexcellence. Si par hypothèse, ce sont dix pour cent des élèves que lon accepte de sélectionner, alors offrons dix pour cent du nombre de ses élèves à chaque établissement. Et si lon veut être tout à fait juste, conservons un volant de places offertes à un concours national ou académique pour ne pas pénaliser à rebours les bons élèves concentrés.
Vous verrez dès lors sinverser les stratégies : pour les familles préoccupées de sélection, au lieu de chercher une grand-mère ou un collatéral dans le cinquième arrondissement, on cherchera la même grand-mère ou le même collatéral dans un lycée provincial ou de banlieue, de manière à trouver compétition plus accessible.
La clé de tout cela, tout le monde le voit bien, cest linnovation, lorganisation innovante des études, des divisions, des groupes délèves, des parcours, adaptés à lattente.
Ce nest pas linnovation qui manque, cest lévaluation et la communication de linnovation. La comparaison et linformation, pour traduire en français le benchmarking anglo-saxon.
Ce nest pas lautonomie qui manque, cest lorganisation de la transmission de ses fruits. Il me semble que chacun des rectorats devrait se voir pourvu dune cellule chargée de linnovation, de lévaluation et de la communication des réussites, celles comme Mme Orsi nous la montré hier peuvent faire passer un lycée difficile à 100 % de succès.
Je voudrais aborder le lycée, qui est plus stable aujourdhui, me semble-t-il, que les autres échelons de notre enseignement. Il est vrai que beaucoup est gagné, ou perdu, au moment de lentrée au lycée.
Et je voudrais marrêter à la classe de terminale. Vous savez que la classe de terminale est une originalité française. Autrefois dailleurs, avant dentrer en terminale, on avait déjà passé une partie du bac…
Cest une originalité française. Dans le monde anglo-saxon, par exemple américain, lenseignement secondaire sarrête en première. Après commence lunivers du college. Ce qui fait, dailleurs, que lorsquon a recopié le LMD, licence master doctorat, pour harmoniser notre enseignement supérieur avec le modèle anglo-saxon, on a en fait ajouté une année à notre cursus.
Et je voudrais rapprocher la réflexion sur la terminale de la réflexion sur lentrée à luniversité et les quelque quarante pour cent déchecs très lourds que cette entrée à luniversité comporte.
Vous vous souviendrez sans doute que la réforme de luniversité intervenue en 1996 créait un semestre dorientation à lentrée de luniversité.
Je pense quil faut aller au-delà et penser la terminale non pas comme la fin des études secondaires, mais comme le début des études supérieures, comme une propédeutique, une classe préparatoire à lenseignement supérieur.
Ce qui impose de la penser comme lannée du passage à lautonomie dans létude, de la découverte du travail moins encadré, de la recherche personnelle.
La rupture entre le lycée et lenseignement supérieur est trop brutale, sauf pour les classes préparatoires aux grandes écoles. Cest ce problème de rupture quil faut repenser, ou penser différemment. Et cest une réflexion de longue haleine, qui imposera sans doute une réflexion sur le baccalauréat, auquel je tiens comme examen de passage, mais que lon peut sans doute penser différemment, en distinguant ce qui relève de lexamen de fin détudes et ce qui relève du premier titre de lenseignement supérieur, ce qui est sa définition dans notre pays.
Terminale propédeutique, et semestre dorientation. Voilà le lieu critique du doublement de la réussite dans notre enseignement supérieur.
Car tout le monde a à lesprit le paradoxe de ce ” carrefour de tous les dangers ” : ce sont les élèves les plus brillants, les plus capables dautonomie, qui sont le mieux accompagnés. Et ce sont ceux qui auraient le plus besoin daccompagnement qui sont le plus abandonnés à eux-mêmes.
Ceux-là découvrent, sans accompagnement, presque sans tutorat, sans introduction des études dont pour beaucoup de disciplines, ils nimaginent même pas le contenu, dont ils ignorent les débouchés, dont ils ne voient pas quelles conduisent souvent à une culture, mais pas directement à un métier. Et ne pas le leur dire, ne pas les accompagner pour traverser ce carrefour si dangereux, cest encore de la non-assistance à personne en danger.
Ce carrefour est essentiel. Ici encore, il y a pour moi le besoin de milliers et de milliers daccompagnateurs, de tuteurs, dinterlocuteurs des étudiants débutants. Je mets en correspondance ce besoin avec limmense besoin de bourses dont le président de la Fage a parlé hier brillamment. Et ce nest pas le seul besoin de luniversité.
Je suis scandalisé, et je ne suis pas le seul, par le sort réservé aux bibliothèques universitaires en France. Très souvent, elles ferment désormais, dans de petites universités, à 17 heures, alors quil nest pas de campus digne de ce nom, aux Etats-Unis, et dans tous les grands pays universitaires oà ¹ les bibliothèques ne soient ouvertes jusquà minuit, de sorte que laccès au livre ne soit pas le résultat hasardeux dune course poursuite échevelée oà ¹ la chance joue un rôle aussi grand que lassiduité.
Tous ces services devraient être assumés par des étudiants, selon leur expérience ou leur âge, tuteurs, bibliothécaires, répétiteurs, moniteurs, toute une gamme de soutiens qui rendraient luniversité accueillante au lieu dêtre sauvage, en échange de bourses conséquentes ou convenables qui changeraient la vie de beaucoup détudiants français, celle de leur famille, et pour tout dire la vie de la nation.
Comme on le voit, il sagit dun changement en profondeur de la qualité de vie sur les campus, dans les universités : au lieu daccepter comme aujourdhui que ce soit pour beaucoup détudiants le lieu de la grande solitude, parfois jusquà la déprime, il sagit den faire un lieu coopératif, un autre modèle de vie en commun, oà ¹ la grande majorité des étudiants donne et reçoit, oà ¹ chacun est conduit à prendre soin de lautre et à lui donner lattention quil mérite et quil reçoit à son tour.
Nous avons beaucoup parlé de recherche pendant ces deux jours. Et cest à juste titre.
Je dirai dans les mois qui viennent ce que sont pour moi les grands axes dune politique de recherche refondée, ce que na pas fait hélas ! la loi récemment adoptée et quen raison de ses carences nous avons refusée.
Mais je voudrais avancer une réflexion qui a trait à larticulation entre recherche et formation universitaire.
Nous vivons un drame national : la France forme de très grands chercheurs, parmi les meilleurs du monde. Nous les formons et ils sen vont travailler à létranger ! Nous les formons pour les autres ! Sil y a cinq mille chercheurs français qui travaillent à létranger, et à mon avis le chiffre est sous-estimé, ce sont 50 000 années denseignement supérieur de pointe que nous avons financées pour le plus grand profit des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de nos autres voisins… et concurrents.
Bien entendu, je ne fais pas de malthusianisme nationaliste, si ces chercheurs revenaient, avec une expérience nouvelle et des connaissances de pointe, jen serais heureux. Si nous avions reçu dans nos laboratoires autant de chercheurs européens et étrangers que nous en émettons, je mestimerais satisfait. Mais cet équilibre nexiste pas : ils ne reviennent pas et les flux ne séquilibrent pas.
Alors je voudrais avancer une explication à cette singularité française. Pourquoi ces chercheurs partent-ils ? Parce quils nont pas de débouchés ! Pourquoi nont-ils pas de débouchés ? Parce que la recherche nest pas considérée en France comme une formation qui conduise à la responsabilité dans lentreprise !
Elle lest dans tous les autres pays du monde. Un doctorat, cest la voie vers la responsabilité managériale partout dans le monde, sauf en France. En France, la voie vers la responsabilité managériale, ce sont les grandes écoles, cest un diplôme dingénieur.
Et cest un drame pour les chercheurs, mais cest aussi un drame pour la recherche.
Car la recherche de haut niveau, cest la pointe dune pyramide. Cette pointe sera dautant plus éminente que la base de sélection sera large. Et vous ne pouvez pas avoir une base large, malgré la qualité de notre recherche et de notre université, si vous navez pas de débouchés. Cest ainsi que les jeunes chercheurs désespèrent, nattendant de secours que de créations de postes dans la recherche publique, et cest ainsi que le monde de la recherche et le monde de lentreprise sont toujours éloignés, rendant toujours difficiles les transferts de technologie par exemple !
Il sera de la responsabilité du prochain président de la République de poser la question de la relation entre luniversité et les grandes écoles, entre les grandes écoles et le monde de la recherche, avec pour objectif de marier les qualités des unes et les qualités de lautre, et si possible déviter dadditionner leurs inconvénients.
Et cela ne se fera pas sans une orientation inflexible : un pacte dinvestissement sur lenseignement supérieur ! signé de manière responsable, trans-partisane, sur dix ans et qui porte linvestissement par étudiant au niveau de la moyenne des pays performants de lOCDE, ce qui signifie un objectif de doublement en dix ans !
Je voudrais conclure cette réflexion sur lavenir de notre système éducatif et de notre recherche, en disant un mot de lexercice du pouvoir politique dans cet univers.
Selon moi, quatre mots clés : programmation, partenariat, autonomie, temps.
Je ne suis pas de ceux qui dépeignent léducation nationale comme un mammouth ! Pour moi, elle est un corps vivant. Jajoute que si lon excepte la singularité de lécole maternelle, dont nous devons être fiers, nous avons à peu près (un peu plus dans le secondaire, un peu moins dans le supérieur) le même nombre denseignants que tous les pays du monde développé, parce quil nest guère de secret et que la dimension des classes et des amphis est à peu près partout la même. On étonnerait dailleurs beaucoup les grandes entreprises privées en leur demandant de comparer leurs services centraux avec ceux de léducation nationale.
Mais ce grand corps vivant ne peut pas se piloter par oukases ! Ce grand corps vivant a besoin dautonomie à tous les niveaux. Il a besoin de gestion des ressources humaines. Il a besoin de repérer les vocations et de les laisser sépanouir. Il a besoin de simplifier les conseils de ses universités, pour quon y voit clair et que tout le monde participe.
Il a besoin de partenariat, de co-responsabilité. Plus quailleurs, il est besoin de concertation transparente. à € lextérieur, en direction des collectivités locales par exemple, puisque la grande misère des universités va devoir trouver réponse. Et à lintérieur avec lensemble de la représentation des femmes et des hommes qui font vivre léducation nationale.
Là , plus quailleurs, je partage la vision de Michel Rocard sur la réforme : la réforme ne peut se faire quavec le terrain, et elle impose une contrainte, elle ne peut pas être la victoire des uns sur les autres. Après tout limmense révolution agricole a été assumée avec les syndicats agricoles, la révolution de léducation devra aussi être un objet de partenariat.
Et enfin, il est besoin de vision, de long terme, de programmation ! Nous ne pouvons pas continuer, les étudiants candidats au Capes ou à lagrégation ont bien raison de le dire à jouer aux dés ou à laccordéon les recrutements de nos enseignants. Cest détestable, cest inhumain et cest dangereux. Je suis partisan dune loi de programmation des recrutements dans léducation nationale, une loi sur dix ans, à laquelle on se tiendrait et qui permettrait de penser lavenir au lieu de subir des à coups qui compromettront sa construction.
Je suis partisan de la fixation de grands objectifs pour la nation, discutés et sil le faut votés de manière transpartisane.
Et je suis partisan que sur ce grand enjeu national, le président de la République sengage et garantisse à la nation leur réalisation.
Vous voulez juger de lavenir de la France : regardez son école, regardez son université, regardez sa recherche. Et vous voulez juger de la responsabilité des dirigeants du pays : regardez quelle place ils accordent à lécole, à luniversité, à la recherche dans leurs préoccupations, dans leur temps, dans leur vision.
Pour nous, en tout cas, cette place sera la première !
























10 février 2007 à 11:06
L’enseignement, sujet houleux et délicat.
Je suis justement dans un CDD qui me met, depuis quelques mois, en plein dans la connaissance de ce domaine.
Déj
25 février 2007 à 8:40
Si la priorité est