Dépasser les clivages traditionnels pour reconstruire la France – Grand Rendez-Vous Europe 1

18 juin 20060 Commentaires

François Bayrou est convaincu que la reconstruction de la France ne pourra se faire quavec une majorité large associant des personnalités venues dhorizons différents. Selon lui, un grand nombre de Français ne se reconnaissent plus dans le clivage droite-gauche. Le président de lUDF estime quil faudra également changer nos institutions pour fonder une démocratie véritable et qu’il faudra mettre fin à la consanguinité qui existe entre lEtat et les entreprises comme lillustre le cas EADS. François Bayrou a défendu une fusion entre EDF et GDF afin que la France qui produit lélectricité la moins chère du monde, conserve son avantage stratégique. Enfin, il a critiqué la décision du gouvernement de faire peser la plus grande partie des suppressions demplois dans la fonction publique sur léducation nationale alors que la France voit 15 à 20% dune classe dâge quitter lécole sans qualifications.

 » On ne peut plus accepter lécroulement de la France comme il est en train de se produire sous nos yeux  » a déclaré François Bayrou. Le président de lUDF est convaincu que la reconstruction du pays ne peut réussir que si lon y associe les grandes sensibilités du pays comme la fait De Gaulle en 1958 :  » pour que cette politique soit regardée comme étant de bonne foi et non comme laffaire dun parti, il faut quelle soit largement soutenue. Les majorités étroites dun parti – UMP ou PS – ne suffisent pas à soutenir une grande Å“uvre nationale « . Il considère ainsi que lerreur de Jacques Chirac en 2002 est  » davoir considéré que la majorité du second tour était celle du premier tour « . Dans lhypothèse o๠il se retrouverait en tête à lissue du premier tour de la présidentielle, François Bayrou annonce quil rassemblera autour de lui une majorité constituée de personnalités venues dhorizons différents, toute la démarche dindépendance de lUDF vise à proposer une vision et à y associer des personnes qui jusqualors nétaient pas avec le mouvement.  » Sil sagissait daller à cette élection pour retrouver exactement les cadres du passé de la politique française, ce serait inutile  » a prévenu le président de lUDF,  » ce que je veux, cest changer la politique française « . Il précise que cela suppose de se mettre daccord sur les grandes lignes du projet. François Bayrou a constaté que si cette démarche est considérée comme une idée de rêveur en France, elle se fait déjà dans plusieurs pays européens comme en Allemagne.

François Bayrou a le sentiment que  » les lignes vont bouger  » en 2007 :  » un certain nombre de Français refusent dêtre constamment pris en otage par le clivage gauche-droite, PS-UMP qui ne correspond plus aux attentes et à la situation quils constatent aujourdhui « . Le président de lUDF explique que sur des sujets comme la dette publique, le réchauffement de la planète ou encore le vieillissement de la population, le clivage gauche-droite nest plus pertinent. Politiquement, faire bouger les lignes, cela signifie, pour lui, faire passer les problèmes et les solutions avant les étiquettes et la couleur politique de celui qui les propose. Quiconque aura cette attitude, sera considéré à lUDF comme un allié de la rénovation nécessaire de la politique française.

Le président de lUDF est notamment convaincu quà gauche, des gens qui sont désespérés de voir que  » le PS a passé la marche arrière  » : François Bayrou a critiqué les deux mesures phares du programme de la gauche, la généralisation des 35 heures et le Smic à 1500 euros brut, rappelant que les syndicats ont calculé que par le simple jeu de linflation, le Smic parviendra à 1500 euros à la fin de la législature. En revanche si le PS compte fixer immédiatement le Smic à ce niveau, il pense que cette mesure aurait deux effets négatifs : une baisse des emplois en France et un écrasement de léchelle des salaires avec une augmentation du nombre de smicards. Cette mesure ne lui paraît pas plus réaliste que lidée dabroger la loi Fillon sur les retraites alors que cette loi ne fait quun tiers du chemin nécessaire pour financer les pensions. Quant à Ségolène Royal, François Bayrou a expliqué quil ne savait pas exactement quel était son projet pour la France. Le président de lUDF ne connaît ses positions que sur la délinquance des mineurs et les 35 heures : il a expliqué que lidée de placer les jeunes sous une autorité militaire a déjà été mis en Å“uvre sans succès et cela na de toute façon pas été retenu par le programme du PS, et sil trouve juste sa critique des 35 heures, il sétonne quelle en est conclu quil faut les généraliser.  » Si elle fait bouger les lignes, je trouve cela intéressant  » a néanmoins déclaré François Bayrou. Il a également critiqué le coût du programme du PS, 50 milliards deuros au mieux, soit le double de ce que rapporte limpôt sur le revenu, contre une dizaine de milliards deuros pour le programme de lUDF principalement à cause de la création dun service civique universel (4 à 5 milliards) et linstauration de deux emplois sans charges dans lentreprise. Enfin, pour réduire la dette de la France, le président de lUDF propose dinscrire dans la Constitution une disposition qui interdise à tout gouvernement de présenter un budget en déficit de fonctionnement.

La reconstruction du pays passe, selon lui, par un changement de nos institutions : selon lui, la crise politique actuelle ne tient pas tant à Dominique de Villepin et à Jacques Chirac quà la manière dont le pouvoir est exercé en France. Le président de lUDF a dénoncé un  » ensemble monarchique « , un  » absolutisme  » o๠ » tout se décide dans un tout petit cercle, sans concertation, c’est-à -dire mal, o๠tout se décide sans débat, c’est-à -dire mal « . Faire porter la responsabilité de la crise institutionnelle sur les hommes, ce serait, à ses yeux, oublier les raisons profondes. Il a rappelé que De Gaulle avait fait le même diagnostic à la fin de la IVe République, quel que soit le gouvernement en place, on obtiendra toujours le même échec car pour le président de lUDF, nous ne respectons aucune des règles qui fondent une démocratie véritable. Cest cette décomposition quil a nommée à la tribune de lAssemblée nationale en votant la censure. Il ne croit donc pas quun changement de Premier ministre permettrait den sortir :  » la valse des visages nest fait que pour dissimuler limpuissance politique « . François Bayrou ne croit pas davantage que cette situation peut encore durer un an.

Après la décision du CSA de classer les députés UDF qui ont voté la censure dans lopposition, François Bayrou trouve  » complètement anormal que la justification de cette décision est de donner un peu plus de temps de parole à lUMP comme si elle nen navait pas assez « . Le président de lUDF ne regrette pas davoir censuré le gouvernement : il estime que cest  » un devoir et un honneur  » de sopposer à la situation actuelle dans le pays ; il refuse quil ny ait que deux camps politiques, lUMP et le PS, il défend lidée quon nest pas obligé dêtre enfermé dans ces deux camps. Enfin, selon lui, la règle régissant le temps de parole accordé aux formations politiques devrait être que  » chacun est jugé pour lui-même  » et cela devrait notamment dépendre si on a un groupe à lAssemblée nationale et la taille de ce groupe :  » lUDF demande que son indépendance soit reconnue comme elle est assumée « . Il comprend que François Hollande ait été fâché par la décision du CSA, car les députés UDF considérés dans lopposition vont prendre du temps de parole au PS.

Le président de lUDF a également dénoncé la consanguinité qui existe entre le pouvoir politique et économique comme dans le cas dans laffaire EADS : il a constaté que le pouvoir politique a joué un rôle dans la bataille à la tête de lentreprise tout comme dans laffaire Clearstream qui trouve son origine dans les rivalités au sein dEADS. Pour François Bayrou, les retards de livraison des A380 sexpliquent en partie par ces affaires. Sagissant des stock-options réservées aux cadres dirigeants des entreprises, le président de lUDF sest prononcé pour une réforme du système par la mise en Å“uvre de règles déontologiques internes. Dans un contexte dune économie mondialisée, il ne croit pas à une intervention de lEtat au niveau national. Au-delà du cas dEADS, il estime quil faut prendre en compte deux problèmes :  » le caractère extrêmement choquant pour lopinion de ce type de rémunérations qui paraissent ne pas avoir de mesure « . Cette situation est, selon lui, de nature à créer une rupture entre lentreprise et lopinion qui est dangereuse pour léconomie. Second problème, le taux de retour sur investissement exigé par le capitalisme international financier qui ne permet pas, selon lui, de bâtir de stratégie industrielle de long terme. Pour lui, ces deux questions créent une inquiétude légitime qui dépasse largement les altermondialistes et est notamment le sujet de livres signés Jean Peyrelevade et Patrick Artus.

François Bayrou sest dit  » très réservé  » à légard de la fusion Suez-GDF. Selon lui, la question centrale, nest dailleurs pas GDF mais EDF : il regrette quau moment de la privatisation partielle dEDF – à laquelle il sest opposé, on ne sest pas demandé si on faisait de lélectricité, un atout stratégique de la France ou pas. François Bayrou a souligné que dans un contexte o๠lénergie devient un enjeu énorme de ce siècle, la France a la chance de produire lélectricité la moins chère du monde grâce à ses centrales nucléaires. Citant le rapport Roulet de 2004, il a expliqué que le prix du mégawatt/heure est actuellement de 25 euros et devrait passer à 35 euros pour permettre le renouvellement de notre parc de centrales nucléaires ; sur le marché libre, le tarif est de 75 euros. François Bayrou souhaite que la France ne se sépare pas de cet atout et il propose de refaire dEDF, une entreprise publique qui garantira un prix de lélectricité le moins cher du monde pour garder les entreprises et les emplois en France. Et pour lui, le seul moyen de retrouver le contrôle public sur EDF, cest dopérer une fusion avec GDF, ce nest pas de débourser 14 milliards deuros comme le PS le propose car lEtat na pas les moyens de le faire.

 » Réduire la question du rééquilibrage des dépenses publiques au nombre de fonctionnaires, cest passer à coté de lessentiel de la question  » a estimé François Bayrou. Le président de lUDF est opposé à lidée de faire reposer lessentiel des 15 000 suppressions des postes annoncées dans la fonction publique en 2007, sur léducation. Il a rappelé que 15 à 20% dune classe dâge quitte le système scolaire sans maîtriser les outils indispensables permettant dentrer dans la vie active. Il a qualifié cette situation de  » drame national  » :  » voilà un scandale que la France ne peut plus accepter « . Il convient selon lui de redéployer les moyens consacrés à léducation nationale mais pas de supprimer des emplois. De la même manière, il ne croit pas quon baissera le nombre de policiers, dinfirmières ou de juges. En revanche, il estime que cest dans  » ladministration de papier  » telle que Bercy ou les administrations décentralisée que lon pourra faire des économies. Sagissant des tenues vestimentaires des collégiens dénoncées par Eric Raoult, François Bayrou sest dit partisan de distinguer lécole de la rue et a estimé que lon devrait réfléchir à lapproche britannique qui impose luniforme à tous les élèves. Même sil a conscience que cette position peut paraître  » réac « , il juge effrayant le poids des marques et les milliers deuros dépensés pour ces marques, il considère même que ce phénomène est déstabilisant pour les familles qui ne peuvent pas suivre sans parler des trafics que cela engendre.

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