06 déc 2006

Déclaration de candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle à Serres-Castet

12 Comments Discours de Bayrou

LA FRANCE DE TOUTES NOS FORCES

Mes chers amis,

Votre présence en cet instant est précieuse pour moi.

Je vous ai invités en cet endroit que jaime, o๠jai des racines, la place républicaine dune mairie de village, dans les Pyrénées, un endroit à la fois beau et simple, pour vous dire ceci, qui mengage, et qui va, pour beaucoup dentre vous, vous engager aussi.

Je suis candidat à la présidence de la République.

Dans cinq mois, chacun des citoyens français, femmes et hommes, va choisir et décider.

Ces cinq mois sont très importants pour notre pays. Ces femmes et ces hommes, je vais aller les voir, les rencontrer, sinon tous, du moins le plus possible, leur parler à la télévision et à la radio, sur internet, dans la presse écrite, pour les convaincre de ceci : il faut que la France prenne un autre chemin.

Pendant ces années, les gouvernants, perdus dans leurs querelles, nont eu ni la volonté ni le courage nécessaires. Mais ce sont les Français qui ont payé les pots cassés.

Ce sont les Français qui sont au chômage. Deux millions dentre eux, plus un million trois cents mille rmistes, plus les Ass et les minima sociaux divers, en tout quatre millions des nôtres.

Ce sont les Français qui paient la dette. 1150 milliards deuros, qui coûtent tous les mois à chaque Français au travail, tous les mois 200 € en moyenne.

Ce sont les Français qui voient monter la violence. Nous avons des banlieues o๠la police ne peut plus entrer, avec des services publics disparus, et des générations détruites au point quelles en viennent à se glorifier de faire brûler des voitures, des commissariats, des bus. Et parfois, dans les bus, il y a des jeunes filles transformées en torche vivante. Et dans la cité de lOusse des Bois, il y a quelques mois, ce sont deux policiers quon a failli faire brûler.

La couleur de la peau, comme la religion ou lorigine, est redevenue une obsession. Les noirs se sentent sous-estimés, et dans certains quartiers, ce sont les blancs qui se sentent mal vus.

Les fins de mois sont de plus en plus difficiles et, des petites retraites jusquaux salaires moyens, personne narrive plus à joindre les deux bouts.

Les chercheurs français prouvent quils sont parmi les meilleurs du monde, mais cest dans les laboratoires américains. Nous les avons formés, et ils les utilisent. Les créateurs dentreprise qui ont réussi vont sinstaller, les uns après les autres, en Belgique. Tout cela, cest la substance de la France qui sen va.

LEurope qui était notre espoir est devenue notre découragement. Elle est sans inspiration, puisque linspiration ne peut venir que de la France.

Voilà notre pays, et jen passe, et jen oublie. Voilà sa situation réelle.

Chacune de ces crises est à elle seule immense. Chacune nécessiterait un immense effort national. Et nous, nous devons maintenant les affronter toutes ensemble.

Cest pourquoi on ne peut plus continuer dans la guerre civile ridicule et sourde dune moitié du pays contre lautre.

Chaque semaine, à lAssemblée nationale, Voir la moitié de lAssemblée, avec le doigt accusateur, qui hurle :  » cest la faute de la gauche ! « . Et voir lautre moitié, avec la même violence, hurler :  » cest la faute de la droite ! « , dabord on se dit que cest ridicule, et puis on éprouve un sentiment de honte…

Ce sont, pour la plupart, des gens intelligents, ils se sont succédés au pouvoir, sans aucune interruption, depuis vingt-cinq ans. Cest la politique comme nous la faisons depuis cinquante ans qui les rend bêtes.

On ne peut pas continuer comme cela.

Je ne crois plus à cette guerre de la moitié de la France contre lautre.

Les uns vous disent quil faut durgence battre la droite pour que ça aille mieux. Les autres quil faut à tout prix préserver la France de la gauche.

Et moi je dis : tout cela est vain. Ce nest plus à léchelle des problèmes. Ce nest plus à léchelle du temps.

Pour donner une chance à la France, il faut prendre le meilleur et les meilleurs.

Ce que nous avons à faire est si difficile quil faut une volonté ferme capable de fédérer un soutien large.

Désormais, nous navons plus le temps de la querelle et de la guerre des camps. Nous navons plus le temps de continuer à nous invectiver, de défaire perpétuellement ce que les autres ont fait, avant quils ne défassent à leur tour ce que vous allez faire.

Il nous reste une chance, une seule : rassembler notre pays, fixer des objectifs raisonnables et républicains, nous regrouper et faire reculer, pas à pas, mètre par mètre, avec acharnement, les échecs et le déclin.

Mais la division nest pas seulement entre ces deux camps politiques. La division a pénétré partout dans notre société, en recherche perpétuelle de boucs émissaires. Pour lun, les coupables, ce sont les juges qui sont tantôt laxistes, tantôt trop rigoureux. Pour lautre, ce sont les professeurs qui ont trop de temps libre et se font payer grassement leurs heures de cours particuliers par des sociétés cotées en bourse. Pour dautres, ce sont les syndicats qui sont coupables. Pour dautres, ce sont les fonctionnaires. Pour dautres, ce sont les paysans qui polluent. Pour certains, ce sont les écologistes qui abusent. Pour dautres, ce sont les musulmans quil faut cibler, pour dautres, lobsession cest le lobby gay…

Tout cela, cette recherche éperdue de boucs émissaires, cest le signe dun peuple qui va mal.

Jai passé une partie de ma vie à réfléchir sur Henri IV. Si je lai tant aimé, ce nest pas parce quil était béarnais, né dans le château que vous apercevez dans le lointain. Si je lai aimé, à quatre siècles de distance, cest quil a voulu et accompli la réconciliation de son peuple, alors que tout conduisait à ce quil continue à se haïr.

Lesprit de rassemblement et de réconciliation, cest ma conception de la fonction de chef dà‰tat.

Cest le plus urgent besoin de la France.

Et il est des responsables publics qui le savent. Ce sont les maires, tous les jours, dans tous les villages de France.

Si je suis élu, je nommerai au gouvernement une équipe pluraliste, équilibrée, des démocrates, femmes et hommes, venus de bords différents avec mission de mettre en Å“uvre le même projet républicain, et cela non pas malgré leurs différences, mais en sappuyant sur leurs différences.

Chacun gardera ses valeurs. Tant mieux ! Car on a besoin des valeurs des uns et des autres. Lesprit dentreprendre, le goût de lordre, on les classe à droite ; la solidarité, légalité des droits, à gauche ; la tolérance, léquilibre et léquité, au centre. Nous avons besoin de toutes ces valeurs, en même temps. Et les écologistes ont raison de rappeler que nous sommes embarqués sur une petite planète, comme une Arche de Noé dans lunivers, et que nous sommes comptables de lair quon y respire et des espèces, chacune des espèces, qui y sont embarquées, y compris la nôtre, lespèce humaine à tête dure.

Ces valeurs, il faut cesser de les regarder comme antagonistes, il faut se rendre compte quon a besoin de les faire vivre ensemble.

Le temps des grandes querelles idéologiques, pour le moment, est derrière nous.

Dautant plus que nous, peuple français, nous avons un modèle de société qui est lui-même en péril, notre modèle de société républicain : si nous voulons le sauver, il va falloir mener le combat.

La pression du modèle matérialiste est immense et en face de ce modèle o๠largent est la valeur dominante, liberté, égalité, fraternité, cela ne pèse pas lourd.

Mais je dois vous dire, pour que tout soit clair entre nous, que ce sont mes valeurs. Que je suis de ce côté là . Et que je ne suis pas près dy renoncer.

Reconstruire la République affaiblie, réimplanter là‰tat là o๠ça va mal dans la société française, notamment dans les banlieues, équilibrer les finances publiques qui sont à bout de souffle, soutenir lesprit dentreprise, lesprit de création, lesprit de recherche, sortir de lexclusion le million trois cent mille Rmistes en leur offrant non seulement un chèque de survie mais une activité, faire respecter et progresser lécole républicaine et non pas la mépriser, faire respecter et mieux armer la justice de notre pays, permettre aux femmes de mieux vivre leur vie multiple, combattre la solitude et la violence qui nous minent, reprendre à la base lidéal européen, tout cela cest un effort immense.

Cet effort ne peut être conduit avec succès que par des volontés républicaines qui acceptent de travailler ensemble.

Et elles ne travailleront ensemble quautour dun président ayant reçu pour les fédérer un mandat du peuple. Personne ne résiste à la décision clairement exprimée du peuple souverain. Le peuple donne mandat au président et le président organise le gouvernement nouveau et la majorité nouvelle.

Voilà la clé de cette élection. Voilà la clé de ce changement dère politique.

Cest une constante dans notre histoire. Chaque fois que la France a voulu se redresser, cest cette voie quelle a choisie. Cest ce qua imposé Charles de Gaulle à la Libération et en 1958. Cest ce quont voulu Pierre Mendès-France, Valéry Giscard dEstaing, Raymond Barre, Michel Rocard et Jacques Delors.

Ne croyez pas que ce mouvement soit seulement français et que la France quand elle lentreprendra sera pionnière et isolée.

Mes chers amis, partout autour de nous, les peuples, contre tous les pronostics, imposent ce choix à des gouvernants rétifs. Cela vient de se produire, vous le savez, dans le plus grand pays de lUnion européenne, chez nos voisins allemands. Cela vient de se produire en Autriche, cela vient de se produire aux Pays-Bas. Cela se produira en France.

Bien sûr, cest un peu plus difficile en France, en raison de nos institutions verrouillées. Mais nous allons les déverrouiller.

Cest un mouvement des temps ! Les peuples ont compris plus vite que leurs dirigeants que le temps du simplisme est révolu. Que le monde est complexe. Que la société éclate en archipels, tous différents, chacun avec sa logique, ne comprenant pas les autres, et quil faut beaucoup de compréhension, beaucoup de tolérance, pour les rassembler et les faire vivre ensemble. Les peuples lont compris parce quils le vivent et dabord dans leur famille.

Cest pourquoi ils disent à leurs dirigeants : sil vous plaît, montrez-nous lexemple.

Cest cet exemple que jai choisi dincarner, aidé par votre soutien et votre amitié, aidé par la magnifique équipe qui mentoure, et aidé par les miens. La France na pas seulement besoin dun changement de visages ou de génération. Elle a besoin de changer de logique. Elle a besoin de temps nouveaux.

Nombreux sont ceux qui disent : nous aimons la France de toutes nos forces. Aujourdhui elle a besoin de toutes nos forces. Je mengage et nous nous engageons à les réunir pour servir notre peuple et notre pays.


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12 Responses to “Déclaration de candidature de François Bayrou à l’élection présidentielle à Serres-Castet”

  1. Répondre Gers Monique says:

    La ligne blanche des Pyrénées , c’était bien vu ! Mélange de toutes les couleurs , Espagne , régions dont le pays basque ;
    `Ca dépasse largement la ligne bleue des Vosges , car derrière , il y a eu la guerre !
    Consirez – vous que l’ exemple

  2. Répondre diot says:

    merci Francois. Je commencais

  3. Répondre andre louis says:

    Bonjour Monsieur Bayrou,
    Je découvre votre blog que je trouve très intéressant, comme je trouve également intéressante l’idée de dialoguer ainsi directement et librement. Je comprends tout

  4. Répondre pierreafeu says:

    Vous savez les français et les françaises payent les pots cassés

  5. Répondre Gers Monique says:

    Il y a une chose évidente , c’est que se présenter

  6. Répondre Celin says:

    Il a peu de chance de l’emporter, mais je voterai pour François Bayrou rien que pour prouver que le rêve est permis!

  7. Répondre Fred says:

    La voie du milieu, du centre, ç’est la voie de la quête de sagesse, de la recherche d’équilibre, et de la droiture.
    Nous avons besoin de pouvoir faire confiance

  8. Répondre jfalexd says:

    La France de toutes nos forces !
    j’aimerai que pour libérer toutes ces forces créatives nous puissions alléger le poids de l’administration, notre vie est régie par un nombre incalculable de lois, règlements, normes qui ont pour objectif de contrôler et éviter toute dérive.
    Cette dérive administrative est pour moi le symbole d’un manque de confiance dans le français.
    Ce manque de confiance en soi des français est cultivé depuis des siècles en France, il est temps que nous décidions

  9. Répondre marco_1340 says:

    Bon , je ne vote pas mais inscrit sur les listes j’ai 44 ans .
    Mais cette année je vote Bayrou il incarne pour moi ce que doit être la france de demain.
    Un homme qui parle sans langue de bois, qui repond franchement avec des mots comprehensible par tous .
    j’en parle autour de moi, j’essaye de faire passer l’homme et son discourt, et croyez moi ca marche…. les gens en ont marre d’être pris juste pour des gogos ..
    allez hop je pense dej

  10. Répondre sylvain says:

    Bonjour
    Je n’en reviens pas…
    Un homme politique qui parle un langage que tous le monde comprend, qui ne promet pas de dépensser l’argent qu’il n’a pas, qui n’a jamais trempé dans aucune magouille, qui transpire le bon sens, l’intelligence et qui peut être sensible de manère franche.
    Je n’en reviens pas que cet homme ne soit qu’a 15% d’intention de vote.
    Comment pusije apporter ma petite pière pour ouvrir les yeux de mes compatriotes? Dites mois?
    Je suis prèt

  11. Répondre Sevegon says:

    Bonjour Monsieur Bayrou,

    Vous me redonnez un peu l’espoir que la France brille

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