» Changer la donne et faire une majorité nouvelle » – Le Télégramme
Votre livre est intitulé » Au nom du tiers état « . Quest-ce qui vous autorise ainsi à parler en son nom ?
Tout élu du peuple devrait parler au nom du tiers état. Nous sommes même élus pour représenter ce peuple sans relations. Mais, avec le temps, on a laissé se reformer un pouvoir verrouillé. Ce nest plus, comme jadis, celui de la noblesse et du haut clergé mais le monde clos des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques. Aujourdhui, de plus en plus de Français ressentent cette exclusion. Et ce ne sont plus seulement les Français qui ont été tenus depuis longtemps à lécart des centres du pouvoir : les paysans, les ouvriers, les employés modestes, les chômeurs ou les petits retraités. Ce sont aussi désormais les médecins, les chefs dentreprises petites ou moyennes, les professions libérales. Ceux-là alimentaient naguère la société politique, par notables interposés.
Cette analyse que vous formulez sur lévolution de la société française explique-t-elle le changement de regard que lopinion semble porter sur vous depuis quelque temps ?
Pour les Français, le duel entre les deux partis dominants, PS et UMP, est une impasse. Les citoyens ont compris que je nétais pas inféodé à ces partis, et pas davantage à des intérêts économiques, médiatiques ou autres. Lorsque jai pensé que des actes graves étaient commis dans le cadre de lEtat, jai voté la censure. Lorsque jai eu le sentiment que les médias manquaient dobjectivité, je lai dit, y compris sur de puissantes chaînes de télévision. Tout cela, ces risques pris au service dune certaine idée de la République, cest pour les Français une garantie.
Pensez-vous être en mesure de figurer au second tour ou ambitionnez-vous simplement den être larbitre ?
Le but de mon action est dêtre au second tour de la prochaine élection présidentielle pour changer la donne et faire une majorité nouvelle. En 2002, les Français ont choisi Le Pen pour faire entendre ce message de changement. Ils savent aujourdhui que voter Le Pen aboutissait à renforcer le pouvoir en place. A partir de ce résultat de 82 % des voix, Jacques Chirac a eu les mains libres pour constituer un gouvernement de son clan, celui des 19 % quil avait obtenus au premier tour. Dès lors, rien ne pouvait changer. Les Français veulent échapper au choix préfabriqué quon veut leur imposer.
Qui préféreriez-vous affronter au second tour ? Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal ?
Je crois que le débat serait plus net si jétais opposé à Nicolas Sarkozy. Nous aurions alors vraiment une confrontation entre deux modèles de société. Et cela au moins sur trois points : il donne une grande place à la réussite matérielle dans léchelle des valeurs sociales, doà ¹ la place quil accorde auprès de lui aux vedettes de la Bourse ou du show-biz. Pour moi, les vraies réussites nont rien à voir avec la célébrité ou la richesse. Ensuite, il aime à faire monter la tension entre différentes catégories de Français et, pour cela, il désigne des catégories à laccusation publique : les juges, par exemple, ou les assistés. Nous sommes une société déjà très violente. Il est imprudent de rajouter de lagressivité à lagressivité. Enfin, troisième point de désaccord, le président de lUMP affiche pour George Bush et pour lactuel modèle américain une fascination que je ne partage pas et risque de changer léquilibre de la politique étrangère de notre pays.
Vous sentez-vous plus proche de Ségolène Royal ?
Non, pas vraiment. Je suis profondément choqué par ses dernières déclarations. Javais déjà été troublé quand elle avait annoncé que les entreprises de sa région qui appliqueraient la loi instaurant le contrat nouvelles embauches (CNE) seraient privées de subventions. Javais alors trouvé incroyable que lon puisse dire une chose pareille dans le cadre de lEtat républicain, et mettre ainsi en cause lautorité de la loi. Cette fois-ci, elle va encore plus loin. Son idée, naturellement impraticable mais absolument inquiétante, de constituer des jurys républicains tirés au sort pour surveiller les élus généralise la défiance là oà ¹ devrait régner la confiance.
Vous navez pas souhaité participer au documentaire de Patrick Rotman sur Jacques Chirac. Après douze ans de présidence, quel jugement portez-vous sur son bilan ?
Jacques Chirac est un personnage extrêmement complexe. Cest quelquun qui a des intuitions justes. Il a eu ainsi lintuition de la fracture sociale, quil a malheureusement abandonnée. Ce quil a fait au moment de la guerre dIrak est important pour beaucoup de Français. Il a, en outre, résisté à la pensée unique. Mais tout ceci a été gâché par une manière de changer de cap à tout instant, et aussi par sa réticence à dire des choses profondes, à parler vraiment. Cest sans doute pourquoi il na pas voulu, ou su, donner à la France les impulsions quun président de la République a la charge de proposer. Jacques Chirac a par ailleurs colonisé lappareil dEtat au profit de ses proches. Or, pour moi, la préservation de lEtat impartial (pour reprendre la formule de Raymond Barre) demeure la pierre angulaire de la République.
Quelles seront, selon vous, les questions clés de la campagne ?
Jen vois au moins deux : comment combler le gouffre entre le peuple et les pouvoirs ? Et quel avenir pour notre modèle de société, républicain et social autant que libéral, quand il est confronté à la mondialisation ?
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Je reste très étonnée que les débats présidentiels restent cantonnés
Chère Monique, même si je ne suis pas du tout du site ou quoique ce soit d’autre. Laissez moi vous dire qu’il existe un dicton qui dit : « Avant de regarder la pelouse du voisin, regarde si la tienne est bien tondue ». Il est bien de commencez
Bon , d’ accord , mais tant qu’