Ce qui me motive – La République des Pyrénées et L’Eclair des Pyrénées
Se présenter à lélection présidentielle : est-ce une décision facile à prendre ?
François Bayrou : » Cest une décision très lourde, à titre personnel, mais aussi pour sa famille, ses amis. Il sagit de laboutissement dun effort continu. Dans lélection présidentielle, il y a une intensité, une dureté même, qui ne se retrouvent pas dans les autres scrutins ; mais cest le seul moyen de donner corps aux idées et aux convictions qui vous animent pour votre pays.
Ma décision est prise depuis longtemps. En France, tout est tellement centralisé, que rien ne peut changer sans le président de la République. Cest le chemin nécessaire pour aller au bout dun engagement et pour offrir à tout un pays, un choix nouveau « .
Y a-t-il quelque chose qui différencie les hommes politiques qui franchissent ce pas, de ceux qui en caressent le rêve, mais en restent au stade des intentions ?
F.B. : » Oui, je crois quil y a des différences. Jai, par exemple, beaucoup regretté, il y a quelques années, que Jacques Delors ne se présente pas. Il aurait été un formidable président de la République. Au dernier moment, il a pensé quon lempêcherait daller au bout de sa logique politique. Je crois quil se trompait. Car une fois élu, tout dun coup les choses changent : le nouveau président a, entre les mains, des moyens dont il ne disposait pas la veille, et cela pour une longue période. Prononcer la phrase » je suis candidat à la présidence de la République », oui cest quelque chose dimportant et démouvant « .
En quoi votre identité béarnaise est-elle une force dans votre ambition présidentielle et la bataille que vous allez engager ?
F.B. : » Je vais vous faire une confidence. Mon équipe a examiné léventualité dune déclaration de candidature à Paris. Je comprenais les raisons quils invoquaient, mais tout simplement, je nai pas pu. Placé devant la décision, je leur ai expliqué : ‘Quelque chose daussi important, je ne peux le dire ailleurs que chez nous. Cette identité béarnaise est une force. La plus vieille démocratie du monde moderne a vu le jour en Béarn, voilà mille ans. La tradition veut que les Béarnais nenlèvent leur béret devant personne. Cette manière, de regarder linterlocuteur quel quil soit, comme un égal, fait partie de notre culture. Un autre trait de caractère, cest la capacité des Béarnais à comprendre que même si lautre na pas les mêmes idées que vous, cela nempêche pas de travailler ensemble « .
Arrivez-vous à identifier le moment oà ¹, pour la toute première fois, vous vous êtes dit : » Je serai candidat à là ‰lysée » ?
F.B. : » Il y a une légende tenace qui raconte que jai toujours eu ce rêve en tête depuis ma petite enfance, mais je crois que cest vraiment une légende. Je ne suis pas sûr que lenfant que jétais avait une idée nette de ce quétait le président de la République. En revanche, une chose est vraie : jai toujours voulu représenter les gens et spécialement ceux dont la voix nétait pas écoutée. Dans ma première interview, que vous pouvez retrouver dans vos archives, comme juvénile candidat à la députation en 1978, je dis en substance ceci : ‘Je veux être la voix de ceux qui nont pas de voix. Cétait face à André Labarrère. Javais 26 ans, aucune relation, un embryon de parti et aucun moyen financier. Et pourtant jy suis allé. Cette idée mhabite depuis tout jeune : dans les villages, dans les banlieues, la vie des gens est dure. Et dans les grandes décisions politiques, ils nont aucune place « .
Ségolène Royal est très attentive aux mouvements de lopinion. Nicolas Sarkozy sappuie sur les images de lactualité. Quel est le ressort de votre candidature ?
F. B. : » Un président de la République est fait pour proposer une vision au pays. Je ne crois pas du tout aux programmes que lon écrit à partir des sondages. Je trouve même cela offensant pour lidée que je me fais de la République. Imaginez que lon ait suivi les sondages le 18 juin 1940 : personne ne serait allé à Londres. Quand François Mitterrand a aboli la peine de mort, il nallait pas dans le sens des sondages. Toutes les grandes décisions sont celles quun leader propose à un peuple qui lui a fait confiance. Je déteste cette idée selon laquelle il faudrait suivre lopinion pour espérer, quen retour, elle vous aimera. Je pense au contraire quil faut montrer le chemin. Autre différence avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal : je naime pas que lon dresse les gens les uns contre les autres. Je ne crois pas que la gauche seule, ou la droite seule, chacune minoritaire, puisse résoudre le moindre problème dans notre pays. Les difficultés sont aujourdhui dune gravité telle quelles exigent le rassemblement national. Lheure dun sursaut est venue, auquel chacun, avec ses valeurs, pourra participer « .
Ce que vous direz samedi matin, est-ce le fruit dun travail collectif, ou bien lavez-vous écrit seul, face à votre ordinateur ?
F. B. : « Tout ce que je dis ou jécris, je le pense et lécris moi-même. Pour samedi, je vais reprendre le texte au moins trois fois. Trouver que cela ne va pas du tout, et tout recommencer. Je ne sais pas faire autrement. Cest une oeuvre dartisan, qui permet de donner forme à ce que vous portez. Sinon, vous faîtes comme tout le monde : vous travaillez avec des agences de communication et cela se ressent très vite « .
Dans ces moments qui précédent votre candidature, avez-vous une idée, une figure qui vous trotte dans la tête ?
F. B. : « Je pense souvent à cette jeune femme, venue à une réunion publique à Pontacq en 1997 et qui ma dit : ‘Jai 27 ans, deux enfants. Le mercredi après-midi, je fais du repassage en écoutant les questions dactualité à lAssemblée Nationale. Je ne comprends rien à ce que vous dites, vous les politiques. Cette idée mobsède : trouver les mots les plus simples et les plus justes pour des hommes et des femmes comme elle « .
Une campagne électorale, cest plein dincertitudes. Que redoutez-vous le plus ?
F. B. : « Pardon de le dire ainsi, il ny a rien à redouter, parce que le but cest de lemporter. Cest alors quelque chose dimmense pour un pays.En toute hypothèse, il ne sagira pas dune histoire mesquine qui viserait à préparer des arrangements. Je propose au pays un chemin qui na jamais été emprunté depuis longtemps. Depuis Le Mendes de 1954 et le De Gaulle de 1958.
Vous annoncez votre candidature ce samedi. Pourquoi est-ce le bon moment ?
F. B. : » Il ma semblé quil fallait le faire avant les fêtes. Je ne voulais pas intervenir trop tôt. Je pensais que tous les autres se déclareraient avant moi. Cest fait plus ou moins bien pour chacun dentre eux. Et puis cest une si jolie saison chez nous « .
Des artistes sengagent aux côtés de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. Aurez-vous, vous aussi, votre lot de rappeurs, de chanteurs et dacteurs ?
F. B. : » Beaucoup dartistes, de personnalités du monde de la culture viennent me voir en me disant : ‘Nous voulons vous aider. Je leur explique que je nai aucune intention de les montrer sur une scène comme des singes savants. En revanche, je leur dis : ‘Vous avez des occasions de parole, dites ce que vous ressentez. Ainsi chacun reste dans son rôle « .
Quelles leçons tirez-vous de votre campagne de 2002 ?
F. B. : » Jai appris que les sondages se trompent toujours. Je sais que dans une campagne, le caractère des candidats apparaît. Cest sur cela que lon est jugé. Et tout se joue tard « .
Que dites-vous à ceux qui vous annoncent que vous ne serez pas au second tour ?
F. B. : » Chaque élection présidentielle depuis 1962 a réservé ses surprises. Ce nest pas un hasard. Les citoyens veulent garder leur pouvoir. Ils nentendent pas que leur conduite soit guidée par les sondages et les analystes. Une fois de plus, ils ne se laisseront pas mener par le bout du nez. Pour le reste, la seule chance de remporter une course, cest dêtre sur la ligne de départ « .
Dans léglise de Serres-Castet, repose le marteau de Saint-Julien, qui est réputé avoir tous les pouvoirs. à € quoi aimeriez-vous lutiliser ?
F. B. : » Cest Nicolas Sarkozy qui devrait sen servir, car il paraît que son principal pouvoir est denlever la migraine ! En tout cas, ce marteau est très Béarnais. Lévêque Saint-Julien laurait amené à Lescar et il serait revenu tout seul à Serres-Castet. Il avait de la suite dans les idées «
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