Santé – Quelles stratégies pour la santé ?

5 novembre 20052 Commentaires

Discours de François Bayrou en clôture du colloque « Quelles stratégies pour la santé ? » – 5 novembre 2005

Jai été très heureux de cette journée de rencontre, la deuxième étape dun long travail de construction, dune autre démarche, dune autre approche de la politique de la santé en France. Jai été très heureux de la passion qui sy est exprimée.

Je veux remercier ceux qui y ont participé, et ceux qui lont organisé.

Merci dabord évidemment à ceux qui ont pris la parole, participé de la salle ou de la tribune aux tables rondes. Merci à vous tous qui avez voulu prendre un samedi, sur votre temps de liberté, pour réfléchir ensemble. Merci à ceux qui sont de lautre côté de lécran, écran de leur téléviseur ou ordinateur, qui sont infiniment plus nombreux et qui participent aussi à ce travail délaboration.

Vous me permettrez de remercier les organisateurs et particulièrement Jean-Luc Préel qui donne tant de lui-même à cette réflexion, à cette expertise, à lanimation de tous les groupes qui travaillent avec nous sur ce grand sujet. Je veux remercier Hervé Morin et Michel Mercier qui ont animé nos deux groupes parlementaires dans la préparation de ce sujet. Je veux remercier aussi les professeurs Claire Fékété et François Haab, dont la double réputation universitaire et professionnelle est impressionnante et qui ont en même temps le goût de lengagement civique, et de lamitié. Et je veux remercier Emmanuel à‰chivard et Quitterie Delmas de leur engagement et de leur travail, avec eux tous les collaborateurs du Sénat et de lAssemblée, au premier rang desquels Séverine Dupagny, autour des parlementaires présents nombreux au cours de cette journée.

LENQUàŠTE ET SES ENSEIGNEMENTS

Jai dit ‘deuxième étape dun long travail. Car la première étape a été lenquête que nous avons adressée aux médecins français. Nous avons voulu commencer par les médecins, et nous continuerons par les autres professions médicales, que nous allons inviter à la même démarche, infirmières, pharmaciens, dentistes, kiné, tous les paramédicaux.

Cette enquête a été passionnante.

Le premier élément qui a frappé ceux qui lont organisée est aussi le plus important : cest le taux exceptionnel, presque incroyable, de réponses : 14000 réponses pour une profession aussi surchargée de tâches, médicales et extra médicales ! Cest un cri et cest une mise en cause.

Et le premier sentiment exprimé est celui-là :  » cest la première fois que quelquun nous demande notre avis. « 
14 000 questionnaires remplis, des milliers et des milliers de pages supplémentaires, pour exprimer le sentiment réel de mal-être, non pas de malaise, mais de mal-être de toute une communauté.

Je voudrais rapporter les impressions que mont laissé les heures que jai consacré à la lecture de centaines de ces questionnaires.

Le mal-être sexprime dabord, cest le plus apparent, à propos de la conception française de la réforme. Cétait le sujet de notre enquête. Cette réforme est mise en doute (14 % dadhésion, et donc plus de 80 % de doutes). Mais probablement les précédentes en même temps, la succession des réformes, sans quaucun paysage stable ne se dessine dans lequel on pourrait faire confiance. Réforme décidée au sommet, assénée sans mûrissement, décrétée sans explications, autres que technocratiques et instantanées. Le temps des décideurs de réforme et le temps des sujets réformés (médecins ou malades) nest pas le même. à€ peine une réforme est-elle mise en place (et cela se compte en années, forcément) quelle est remplacée par une autre. Jai été frappé par exemple par lénorme frustration provoquée par le retrait du « médecin référent ». Cétait une option qui avait été choisie par une minorité, conséquente, mais minorité cependant des médecins. Mais des milliers sy étaient investis, au sens humain et matériel du terme, avaient fait confiance, avaient signé un contrat. Comme vous le savez, dun coup, avant même quon soit arrivé au terme qui permet dévaluer, la réforme suivante a renversé la table. Et cela est évidemment très mal vécu par ceux qui avaient signé le contrat, qui éprouvent un sentiment de tromperie. Mais jai été surpris de constater dans lenquête que cest aussi un élément supplémentaire de défiance pour ceux qui navaient pas fait le choix de cette option : la preuve que rien nest solide, surtout pas la parole de lEtat, des décideurs administratifs. De la même manière, jai été frappé par la frustration des chirurgiens par la dénonciation de fait, unilatérale, de laccord du mois daoût sur la revalorisation des actes, et par le récent amendement Fagniez qui, une nouvelle fois, ouvre un procès dintention, fait naître le soupçon, contre des médecins, cette fois ce sont les chirurgiens, dans la société française.

Le mal-être porte ensuite évidemment sur le changement dexercice de la profession médicale. Contraints de faire de moins en moins de médecine et de plus en plus dadministratif, de comptable, dinformatique. La plainte sur la lourdeur des tâches supplémentaires est dans toutes les contributions.  » Javais choisi dêtre médecin, a résumé lun dentre eux, pas juriste, administratif, comptable, informaticien, esclave ! « . Bref, le sentiment destructeur, plein de lassitude, de vivre en un temps o๠le médecin est contraint par ceux qui devraient le soutenir dêtre de moins en moins médecin, comme sils devait être puni dune faute quils na pas commise.

Le mal-être correspond aussi à la rupture entre lexercice traditionnel de la médecine et les conditions de vie portées et parfois imposées dans la société. Le problème du temps de travail est un  » marqueur  » des temps présents, particulièrement aigu depuis les 35 heures. Lépoque ne saccommode plus des contraintes de temps, des gardes, des astreintes du métier. Les médecins, leurs conjoints, ont les mêmes attentes, en termes de vie de famille, de culture, de vie associative, de loisir, que tous ceux qui les entourent. Et la conciliation est de plus en plus difficile. De la même manière, les grands mouvements de société pèsent sur le changement de la profession : dans une société rurale, le médecin était naturellement de campagne. Dans la société urbaine du faubourg, il était de quartier. Mais les étudiants sont aujourdhui dorigine urbaine et le plus souvent de grandes villes. Ils se détournent donc de linstallation à la campagne ou dans les quartiers.

Le mal-être accompagne naturellement la perte de statut du médecin, pilier indiscutable, respecté, de la communauté, à légal (au moins) de linstituteur, du professeur, du juge, de surcroît auréolé dune réputation de sage, de saint laïque et qui est en train de perdre tout cela dans le grand mouvement de dévaluation des métiers qui furent piliers de toute une société. Et le rapport au patient en est inéluctablement changé. Combien de médecins dans leur pratique ont le sentiment dêtre pris, par un certain nombre de leurs clients, pour fournisseur, pour distributeurs automatiques de traitements ou davantages sociaux ? Ils sont privilégiés sans doute, par rapport au plus grand nombre de leurs clients, mais ces privilégiés sont à leur tour requis de  » fournir  » et ont le sentiment quon se sert deux.

Le mal-être est le résultat des mises en cause et des accusations sociales plus ou moins explicites :  » ils sont des privilégiés, ils sen mettent plein les poches, ils prennent des engagements et ne les tiennent pas « . Une profession ainsi montrée du doigt et qui vit des mutations profondes ne peut pas se sentir bien. Toutes les professions honorifiques subissent ce retour de flamme : professeurs, accusés dabsentéisme, dimmobilisme, curés, accusés de mÅ“urs malsaines, juges, accusés dabus de pouvoir et de volonté de revanche, médecins, accusés de privilèges.
Changements en profondeur, de longue période, sans retour, qui concernent chacun dentre nous. Le temps du patient ignorant face au médecin savant tend à finir. Plus compliqué encore : le temps du patient qui croit savoir face au médecin qui sait ignorer commence. La généralisation dinternet entraîne une large vulgarisation de données médicales de base et parfois même les plus pointues, mais sans le recul nécessaire. Ainsi langoisse du temps conduit dans une partie de la population à une inquiétude, une hypocondrie à laquelle il est difficile de répondre.

Encore plus compliqué à envisager : la judiciarisation de la médecine.

LES BUTS à€ ATTEINDRE

Je voudrais maintenant, selon une méthode utile, décrire devant vous (et surtout devant ceux qui nous écouteront) les buts pour une politique de santé que doit se fixer une société comme la nôtre. Cest seulement quand on sait o๠lon va que lon peut définir le chemin.

1 – Le premier but à atteindre cest le plus haut niveau de santé pour notre pays, cest-à -dire pour chacun de celles et ceux qui le forment. De ce point de vue, la performance de notre système de soins est excellente ! Selon les classements de l’OMS, la mortalité des enfants, avant l’âge de 5 ans, est parmi les plus faibles du monde. L’espérance de vie à la naissance, 80 ans en France, est parmi les plus élevées du monde – malgré les pratiques à risque de beaucoup d’hommes jeunes et adultes !
Le premier des buts à fixer, cest de demeurer le pays du monde o๠la santé est la meilleure. La santé est un bien supérieur, en ce sens quil améliore la qualité de vie personnelle, la capacité de la nation, et permet lépanouissement de toutes les autres facultés de lêtre humain.

2 – Dans un pays à haut niveau sanitaire, le deuxième but à atteindre, cest légalité des chances devant la santé. Lénoncé de cet impératif ouvre trois chapitres : égalité devant léducation à la santé, à la prévention et au dépistage, égalité devant laccès au diagnostic et aux soins, égalité devant la dépense de santé.

3 – Le troisième but à atteindre, qui est une condition et une conséquence des deux premiers, cest le plus haut niveau de confiance des patients envers leur système médical et le plus haut niveau de confiance des soignants, les médecins, les praticiens et les autres acteurs de la santé, dans lorganisation et la régulation de leur système. Si josais, je dirais ‘le meilleur niveau de bien-être. Ce facteur  » confiance  » et  » bien-être  » est un élément très important de la capacité du pays en matière de santé, de son attractivité, et de sa performance dans la compétition du monde.

4 – Le plus haut niveau de santé, le plus haut niveau de confiance, cela suppose aussi le meilleur équilibre dans la ressource humaine et professionnelle : recherche, formation, tissu de praticiens.

5 – Le cinquième but à atteindre, cest la capacité de financement de notre système de santé par la nation. Cest évidemment le problème le plus sensible, celui qui fait peser des contraintes importantes sur tous les autres. Je ne crois pas que la part des dépenses de santé dans la richesse nationale diminuera dans les années qui viennent. Nous sommes aujourdhui à près de 11 % du PIB. Les Etats-Unis sont au-delà de 14 % pour des résultats inférieurs aux nôtres, non pas dans la performance technique, mais dans le niveau général de santé de la nation !

LES GRANDES ORIENTATIONS DUNE POLITIQUE DE SANTà‰ REFONDà‰E

Pour atteindre ces objectifs, je veux maintenant aborder les grandes orientations politiques qui me paraissent nécessaires. Cette réflexion nest pas un programme. Pour deux raisons: des programmes, il y en a déjà eu, spécialement des programmes de lUDF, dont Jean-Luc Préel a assuré la maîtrise douvrage, et qui sont très remarquables (je les ai relus). Et, deuxièmement, le temps des programmes nest pas venu.

En revanche, il nest pas trop tôt pour la vision. Cest la vision qui oriente les programmes, qui leur donne leur cohérence, spécialement lorsque la période qui souvre est celle de lélection majeure, laquelle est affaire –en tout cas devrait être affaire- de caractère et de vision.

La santé doit être une priorité nationale parce quelle est non seulement un devoir mais un atout national. Cest un grand atout pour la France que davoir un haut niveau de santé. Cest une part importante de sa capacité nationale, de son image, de sa cohésion. Cest un secteur économique très important sur la planète, qui est appelé à coup sûr non pas à se restreindre, mais au contraire à sétendre. Il faut donc regarder la politique de santé non pas comme une charge, une contrainte trop lourde, mais comme une chance, un secteur de pointe. Et dans les secteurs de pointe, quand on a un avantage compétitif dans un secteur, on le pousse, on le soutient, on investit.

Il y a un principe auquel on a constamment et dangereusement dérogé depuis des années, cest le principe de responsabilité des générations. Le report des déficits sociaux sur les générations à venir est une honte. Il y a des investissements quil est juste de partager avec les plus jeunes, et même avec les jeunes à venir : ce sont les grands investissements qui serviront à plusieurs générations, les routes, les ports, les aéroports, les universités, je serais même prêt à y ajouter les grands hôpitaux. Mais il y a des dépenses quil est honteux pour une génération de ne pas assumer pour elle-même. Les dépenses sociales sont de celles-là . Mesurez la légèreté de telles décisions : nous savons avec certitude que les générations qui viennent connaîtront une montée des dépenses de santé. Nous le savons pour deux raisons : dabord parce que la santé va prendre une place de plus en plus importante dans les préoccupations humaines, parce que les moyens thérapeutiques vont être de plus en plus efficaces, que les thérapeutiques de pointe ne vont pas être proposées, à court terme, moins cher mais sans doute au contraire plus cher ; et ensuite parce que la part de la population médicalement fragile, du fait de lâge, va être beaucoup plus importante. Voilà la charge que nous savons devoir être portée par les décennies qui viennent. Il est insupportable que les parents qui ont à supporter une charge moindre, se débarrassent dune part de cette charge sur leurs enfants dont la charge sera, ils le savent, beaucoup plus lourde. Ils les condamnent à payer pour leur santé de demain et aussi pour leur santé daujourdhui. Ma vision est que cela devrait être interdit par une loi-cadre qui bannira tout report des dépenses de santé et obligera chaque génération à assumer la charge de sa santé. Cest une rupture et cest une refondation.

La conception de la  » réforme  » doit être repensée. Je ne pense pas quil faille ballotter un monde aussi important que celui-là dans une succession de changements qui renversent le lendemain ce qui a été fait la veille. Le respect du ‘temps nécessaire à la réalisation et à lévaluation des réformes décidées et acceptées sera une dimension nécessaire dune démarche refondée.

Les relations avec les professions du monde de la santé doivent être repensées. Jai été très marqué par lexpression brûlante du manque de reconnaissance des médecins, et jen suis sûr des autres professionnels de la santé. Ceci nest pas une situation isolée, bien sûr, dans la société française. Nombre de milieux sociaux se sentent ignorés par lautorité dont dépend leur avenir. Et la télévision, la manière dont les décideurs sy expriment, ne fait que renforcer cette impression. Mais on aurait pu imaginer que les médecins (pour ne pas parler de toutes les professions de santé) soient traités différemment. Car les quelque 200 000 médecins français représentent un gisement de compétences, de connaissances, dexpérience scientifique et humaine à nul autre pareil. Mesure-t-on, en pensant à la difficulté et à la longueur des études, à lexigence de la pratique professionnelle, au prix de la souffrance, de langoisse, de lespoir de la vie humaine, de la maladie et de la mort, le capital de science et de conscience accumulé par 200 000 médecins ? Ce sont des scientifiques de haut niveau, obligés à lhumilité du combat avec la maladie et à lintimité avec le patient. Il nest pas imaginable quon en soit arrivé à ne voir en eux que des intérêts corporatistes. Jai la conviction, au contraire, quils ne demandent quà faire chaîne pour participer à lélaboration continue des évolutions nécessaires de notre système de santé. Il faut donc institutionnaliser et rendre durable leur participation, au sens le plus ‘démocratie participative du terme, à la réflexion et à la décision. Cela exige une pratique complètement nouvelle, engageante, qui consiste à réfléchir ensemble, à préparer la décision ensemble, quitte à prendre le temps de la maturation, et lorsque lurgence simpose à en rendre compte. Quand on a 200 000 médecins en face de soi, on ne réfléchit pas et on ne délibère pas dans leur dos : on les rend acteurs de la décision. Cette orientation est un changement profond. Elle obligera à changer les habitudes, les pratiques professionnelles des décideurs habitués au secret et au soupçon.

Cela oblige à sexprimer sans éluder la question sur un sujet, un de ces innombrables sujets de la jalousie française, mal de notre temps, la condition matérielle des médecins français. Disons-le simplement : cest un sujet qui empoisonne la situation actuelle. Lidée largement répandue est que les médecins sont des profiteurs, uniquement préoccupés de leur confort et de leurs 4×4, qui prennent des engagements sans les respecter, dans un seul but, toujours le même : améliorer leur niveau de vie sans rien changer. Alors il faut traiter cette question en regardant la situation dans les pays comparables aux nôtres. On découvrira alors quelque chose qui stupéfierait notre opinion publique : les médecins français sont plutôt plus mal payés que tous leurs confrères étrangers, libéraux ou fonctionnarisés. Je me réfère (tous ces chiffres sont vérifiables) à lannuaire statistique de lOCDE. Le salaire moyen dun généraliste français est de 77000 dollars par an. Le salaire moyen en Allemagne est de 87000, au Royaume-Uni, au Canada, au Danemark, en Suisse, entre 101000 et 104000, aux Pays-Bas de 113000, aux Etats-Unis de 138000. Il est juste aussi de dire que cest moins que chez nous en Finlande et en Suède o๠ils sont salariés (65000) et en Belgique, o๠les généralistes sont libéraux (52000). Quant aux spécialistes (127000 en libéral) ils sont à comparer aux 137000 du Royaume-Uni (salariés), 153000 du Canada, 176000 de la Belgique, 219000 des Etats-Unis et 253000 des Pays-Bas. Il est juste là encore de dire que les quatre pays scandinaves ont des spécialistes salariés dont le revenu est nettement au-dessous du nôtre (environ 80000 dollars de moyenne). Pour lessentiel, cela veut dire que les médecins français sont plutôt dans le bas de léchelle des pays comparables : un médecin français est payé environ 20 % de moins en moyenne que ses confrères dans le même mode dexercice dans les pays comparables. Et il suffirait de prendre comme critère de comparaison la situation dun cadre commercial dans une grande entreprise pour vérifier que les médecins français ont une situation pour ce niveau détude, de responsabilité, de contraintes qui devrait les mettre à labri du procès en avidité.

Il est vrai que le mal du soupçon envahit y compris le corps médical. Jai été frappé pendant ce travail denquête, au cours des innombrables rencontres que jai faites, de lexplosion croissante du milieu médical en chapelles séparées, dont il ma semblé quelles navaient des autres chapelles que des sentiments bien peu confraternels. Les spécialistes vs les généralistes, les spécialistes divers vs les radiologues, les chirurgiens souvent entre eux, les différentes écoles de pratique médicale, chacun est le procureur de lautre, à la dent dure : ceux qui ont voulu diviser pour régner y sont parvenus. Là encore, ce nest pas un fait isolé : cest toute la société française qui est en voie ‘dexplosion insularisation, une dérive des continents qui fait que chacun séloigne de lautre, chacun dans son groupe social, le groupe social de plus en plus étroit, un communautarisme tout azimut qui est un des visages du mal français contemporain. Mais mesurons bien que si nous voulons rendre au monde médical, aux professions médicales dans leur ensemble, leur statut de référence et leur place dacteur face à lavenir du système de santé et plus largement de la société française, alors il faut que ce monde médical se ressoude. On le dit ‘corporatiste. à€ mes yeux, il ne fait plus assez corporation, chacun croyant défendre un intérêt particulier oublie quil nest dintérêt particulier bien défendu que dans la défense de lintérêt général.

Quel doit être le cadre de ce nouveau partenariat ? Bien entendu, le cadre national est indispensable dans un pays comme la France qui se vit comme une unité, dont le principe majeur est le principe dégalité. Mais on ne gère bien que de près, et la proximité est un principe de légitimité. Evidemment, je ne suis pas là pour distribuer des bons points. Mais lexemple de la caisse dAlsace-Moselle doit être médité, elle qui a pu construire à la fois un équilibre financier et une légitimité enviables. Nous pensons quil faut donner à la gestion de nos politiques de santé une dimension régionale. Pour que les besoins de santé soient identifiés, quils obtiennent une réponse adaptée au terrain, que puissent y participer des partenaires légitimement représentés, élus sans doute un jour, chacun selon son collège, praticiens, patients, gestionnaires -et certes il faudra définir un juste mode de représentation-, il faut un périmètre à taille humaine. On ne gère bien quau plus près. Et comme lexistence dun CHU est requise au cÅ“ur de ce périmètre, cela conduit à définir une circonscription régionale. Ainsi, les autorités administratives devront-elles avoir pour dialoguer avec elles une démocratie de la santé qui éviterait bien des erreurs et quelques injustices.

Une des questions que cette démocratie régionale de la santé aura à traiter sera celle de la démographie médicale. On est, chacun en est conscient, au bord de la désertification médicale dans de nombreuses régions françaises et dans un certain nombre de spécialités. La politique de la santé ne peut plus nier cette réalité et elle ne peut plus lignorer. Il faut donc définir une politique active de restauration du tissu médical en France. Selon nous, cette politique doit être positive, incitative. Permettez-moi davancer une idée. Jai le souvenir davoir vécu une situation du même ordre au temps lointain o๠il fallait restaurer le tissu des professeurs. On inventa alors les IPES qui garantissaient à des étudiants recrutés par concours un revenu pendant une partie de leurs études, pourvu quils souscrivent lengagement de servir pendant dix ans dans la fonction publique. Une politique du même ordre, contractuelle, incitative, peut être imaginée pour répondre de manière efficace aux vides béants qui se découvrent dans le tissu médical français, à la fois dans les régions et dans les spécialités.

La question de lurgence et la permanence des soins. La permanence des prises en charge, de jour et de nuit, est une demande croissante et qui ne peut pas être éludée. Mais la concentration à lhôpital de cette demande durgence pose des problèmes qui iront croissant. Tout le monde voit bien que la participation des médecins généralistes est nécessaire. Mais cela impose lorganisation de maisons médicales, quon a pourtant financièrement récemment abandonnées. Plus largement cela impose un mouvement vers lorganisation de groupes médicaux, en réseaux, alliant des médecins, des personnels paramédicaux, dautres personnels administratifs, avec des moyens techniques et des rémunérations adaptées. à€ lautre extrémité de la pathologie, les urgences thérapeutiques réelles sont rares, et de la compétence technique des établissements hospitaliers qui devraient pouvoir sy consacrer. Il nest pas raisonnable quun service hospitalier doté dun plateau technique et dun personnel de très haut niveau, très spécialisé, très coûteux, soit utilisé pour recevoir des pathologies ressenties comme urgentes par les patients, mais que le médecin généraliste peut diagnostiquer et traiter plus vite et avec moins dangoisse.

Le dernier point que je veux aborder devant vous, cest la prévention. Sil y a un domaine qui peut, jallais dire presque magiquement, obtenir à la fois une augmentation rapide du niveau de santé, du niveau de confiance, et de très importantes économies de dépenses, cest la prévention. Or la prévention en matière de santé nest pas une tradition en France à limage de ce qui existe, par exemple, remarquablement dans les pays scandinaves. Les statistiques montrent quil y a chez nous une surmortalité prématurée. Cette surmortalité est évitable. De ce point de vue, écoutez bien, nous qui nous présentons comme le pays le plus performant du monde, 25 pays sont devant nous ! Je rejoindrai volontiers Sandrine Buscail pour considérer que le médecin traitant doit être la plaque tournante, lordonnateur, le conseil et la tour de contrôle de la prévention. Et dabord parce quune part essentielle de la prévention est familiale, ne serait-ce par exemple quen matière de nutrition. Je crois peu au médecin traitant comme distributeur de ticket daccès gratuit au spécialiste. Mais je crois beaucoup au médecin traitant comme acteur et responsable de la prévention. Et jen fais le pari : on se rendra vite compte que cest une grande économie, dabord en détresse humaine grâce, par exemple, à une détection plus précoce des maladies, permettant la mise en Å“uvre de traitements moins lourds, mieux ciblés et donc plus efficaces.
Cette journée a montré deux choses : la montée de la pression dans le monde médical, dans le monde de la santé, le sentiment dêtre incompris, méconnu, maltraité. Et, en même temps, la passion présente dans lengagement de ces centaines de milliers de vie.

Dans une démocratie, il est de la responsabilité des pouvoirs publics de donner au peuple qui les délègue, des raisons de vivre et davoir confiance.
Il y a une refondation de la politique de santé qui, désormais, simpose. Et la première pierre de cette refondation, cest la création dun lien de confiance entre la médecine, les professions de santé, et les décideurs qui ont la charge de réguler lunivers de la santé, atout majeur de la France.

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2 Responses to “Santé – Quelles stratégies pour la santé ?”

  1. Bannockburn dit :

    Bonjour Monsieur,

    Je viens de créer ma société d’électricité depuis le 8 janvier 2007

    Je souaiterais connaitre votre avis sur ces organismes banques et / ou assureurs qui réclament votre dossier médical (poids, taille, traitement, radio etc …) conditions sine qua none pour souscrire un prêt banquaire ou un contrat de prévoyance.

    On se réserve le droit de m’assurer fonction du transfert intégral du dossier médical de mon médecin traitant concernant un IRM (qui n’a rien révélé fort heureusement) et que j’ai eu le malheur de préciser.

    C’est en ce sens ou je pense qu’il y a discrimination.

    Petite anecdote : Un de mes amis n’a pu obtenir de prêt aupres des banques car il avait eu un cancer avec une rémission complete reconnu de tous les médecins.

    Leur argument : il peut y avoir rechute…

    Assurer que des gens qui potentielement ne sont pas des sujets a risque est selon moi une façon de gagner de l’argent facile .

    La loi statistique ne doit pas être leur leitmotiv.

    Bien cordialement

  2. garnier dit :

    Janvier 2006
    crise d’hémorroïdes suivi d’un épuisement total , 22h à dormir par 24h après des mois de cauchemar.jUIN 2006 , diagnostiqué fibromyalgie
    Juin 2007, un ostheo me dit , c’est normal que vous soyez épuisée, vous avez les méninges et la moelle épinière de comprimées. une scéance de trituration sur l os de la mâchoire et le cou (cervicales, occiput, etc… et depuis je récupère . ai en avril 2008 fait le soin ATLASPROFILAX afin de me donner toutes les chances d’ AUTOGUERISON . à GERBER, la façon dont nous sommes traités par la MEDECINE:l’écriture va me permettre d’évacuer .
    Gardez espoir et n’acceptez pas que l’on vous considère comme déprimé, acceptez seulement une dépression réactionnelle et je pense que vous avez le droit .
    défendez vous ; ne baissez pas les bras ; BON rétablissement à tous.

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