L’UDF n’est pas une succursale - JDD
Posté le 27 novembre 2005 par admin
Pour la première fois depuis le début de la législature, lUDF a voté contre le budget. Enfin, une partie de lUDF…
François Bayrou : La décision de refuser le budget a été celle de tous les députés UDF : certains lont fait en sabstenant, la majorité en décidant de voter contre. Cest quon ne peut plus taire la vérité. Ce budget 2006 prolonge les dérives de notre pays au lieu de les corriger : les dépenses publiques vont augmenter à un rythme trois fois plus élevé que prévu. Depuis 2002, on a laissé augmenter la dette du pays de 300 milliards deuros ! Elle atteint aujourdhui 1.150 milliards ! La totalité de limpôt sur le revenu sera bientôt absorbée par le remboursement des seuls intérêts. Et au lieu dappeler à leffort de tous, on accumule des mesures fiscales injustes. Un pour cent des contribuables, les plus favorisés, vont recevoir à eux seuls plus de 30 % des 5 milliards deuros de cadeaux fiscaux. Encore vendredi soir, au Sénat, on a décidé de supprimer les avantages des Plans dépargne logement de plus de douze ans. Or, qui sont les Français qui mettent leurs économies sur un plan dépargne ? Ce sont les classes moyennes modestes ! Alors nous actionnons la sirène dalarme.
Malgré tout, les sénateurs UDF ne semblent pas prêts à voter, à leur tour, contre ce budget…
François Bayrou : Les critiques exprimées par lUDF au Sénat sont les mêmes quà lAssemblée nationale. Le discours tenu par Jean Arthuis, le président de la commission des finances, a été au moins aussi sévère que celui prononcé par lAssemblée nationale par Charles de Courson. Chez nous, le vote est libre, mais je suis prêt à parier que les sénateurs de notre groupe ne voteront pas le budget.
Oui, mais une abstention, ce nest pas un vote ” contre “.
François Bayrou : Cela veut dire quon refuse de donner sa voix.Cest un signe de plus pour dire que les choses ne vont pas.
LUDF est-elle toujours dans la majorité ?
François Bayrou : LUDF est libre. Quand elle approuve, elle vote oui. Nous lavons fait pendant la crise des banlieues. Quand elle refuse, elle vote non. Cest ce que nous faisons pour le budget. Senfermer dans la question majorité/opposition, cest accepter le piège bipolaire. Cela voudrait dire quil ny a, pour lavenir du pays, que deux choix possible : le PS ou lUMP. Ce serait désespérant. Notre choix, au contraire, cest le pluralisme, la liberté de penser et de voter.
Les représailles ne se sont pas fait attendre : Bernard Accoyer, le président du groupe UMP, a saisi le CSA pour que le temps de parole de lUDF soit désormais compté dans celui de lopposition ; Jean-Claude Gaudin, le président délégué de lUMP, a laissé entendre quil ny aura plus de circonscriptions ” réservées ” à lUDF en 2007. Cest la guerre.
François Bayrou : Toutes ces menaces, toutes ces représailles et intimidations sont ridicules, et elles me laissent de marbre. LUMP a tous les pouvoir, la majorité absolue dans toutes les assemblées, autant de députés que de jours dans lannée, et elle entre en éruption dès que quelquun refuse de se soumettre ! Il leur faut tous les pouvoirs, et en plus, que ceux qui ne sont pas daccord disparaissent… Faut-il que la culture de lalignement ait causé des ravages pour quon fasse ainsi donner la garde contre les ” rebelles ” ? Mais cela ne nous fera pas varier dun pouce. Au contraire. Cela justifie notre choix. Car, si personne nose dire aux Français que lon va dans le mur, à quoi bon les élus, leur écharpe et tout le tremblement ? Si lon siège au Parlement et quon nest pas libre de son vote, à quoi sert-on ?
Gilles de Robien, le seul ministre UDF du gouvernement, réclame un vote des militants sur cette ligne séparatiste.
François Bayrou : LUDF fonctionne selon une règle dor : la démocratie. Depuis plusieurs semaines, jentends certains dire que le choix de lautonomie de lUDF ne serait pas celui des militants et que les instances, même les plus nombreuses (le conseil national copte plus de 3,000 membres) seraient ” manipulées “. Quà cela ne tienne vérifions-le : je vais demander fin janvier à tous les militants de lUDF de sexprimer par un vote sur la ligne de leur mouvement. Comme cela, tous sera clair. Et quand les militants se seront exprimés, jespère quon ne mettra plus en doute leur choix.
Etes-vous si sûr de vos militants ?
François Bayrou : Oui, je suis sûr dêtre en phase avec eux. Leurs combats de tous les jours, ce sont les miens. Ils aspirent à un vrai centre, fort, autonome face à lUMP et face au PS. Cest exactement pour cela quils sont engagés avec foi à lUDF. Ils ne veulent pas dune UDF cantonnée dans le rôle de succursale. Et ils savent que cest cette stratégie de la soumission qui a, depuis longtemps, empêché les Français de prendre le centre au sérieux, comme une solution possible pour la France.
Le centre a-t-il encore une place sur léchiquier politique, alors que lélectorat semble se radicaliser ?
François Bayrou : Il y a une chose qui sest toujours vérifiée dans lhistoire : chaque fois quon laisse un peuple se radicaliser, en France comme ailleurs, cela conduit à des catastrophes terribles. Pousser les gens à se détester et à se battre, cest facile, mais toujours dangereux. Leffort des gouvernants, au contraire, doit tendre à la réunion des Français, même sils viennent dhorizons différents, à les souder. Et à les rassembler autour de valeurs communes. Je crois que nombreux sont les citoyens qui le savent et qui lattendent. En Allemagne, par exemple, ce sont les électeurs qui ont contraint les états-majors à dépasser leurs logiques partisanes pour bâtir, inventer allais-je dire, un gouvernement dunion nationale. Un jour viendra oà ¹ cet impératif simposera aussi en France.
Craignez-vous un exode de vos élus vers lUMP ?
François Bayrou : Vous croyez quils ont mené ces années de combat pour céder au chantage ? Ils en ont vu bien dautres. Ils sont solides et mettront en échec toute entreprise de débauchage. Au contraire, cela les renforcera.
Finalement, le vote du budget 2006, cest votre moment de vérité…
François Bayrou : Cela nous permet, une bonne fois pour toutes, de lever toutes les hypothèques et de répondre à toutes les interrogations. Il est enfin possible, en France, dopposer un projet différent à lUMP et au PS. Cest possible et cela devient une option crédible. Et les centaines de messages dencouragement parvenus ces derniers jours au siège de lUDF nous confortent, si besoin est, dans ce sens.























