Interview TF1
Posté le 25 août 2005 par admin
François Bayrou, bonsoir.
François Bayrou : Bonsoir.
Pendant tout cet été vous avez critiqué la plupart des décisions du Gouvernement : la privatisation des autoroutes, la suppression de lignes SNCF, les contrats ” Nouvelle embauche “, … Si lon vous dit ce soir que vous êtes le premier opposant du gouvernement, cela vous flatte ou cela vous agace ?
François Bayrou : Il faut bien que quelquun ose dire non quand les décisions ne vont pas dans le bon sens. Et quand jaffirme que les décisions ne vont pas dans le bon sens, je le fais dans la pleine ligne de vote et de décisions qui ont été prises il y a à peine quelques mois. Je pense par exemple à la privatisation des autoroutes. Pendant lété on a voulu faire cela, naturellement, en catimini, sans que personne ne sen aperçoive. Or, il y a à peine six mois, la majorité, lAssemblée nationale, le Sénat, le Gouvernement – les ministres actuels étaient membres de ce Gouvernement – ont décidé tous ensemble quil ne serait pas bien de privatiser les autoroutes et quau contraire on allait se servir des rentrées très importantes – 30 milliards dEuros – que les autoroutes nous préparent pour les années qui viennent quand elles seront amorties, pour financer lensemble des équipements de transport public de France. On a décidé cela il y a à peine quelques mois. Le Gouvernement change davis sans en avertir personne, …
… Il en a informé le Parlement …
François Bayrou : Monsieur Hugues, le Parlement nest pas un lieu quon informe. Ce sont les représentants des Français qui les ont élus pour porter leurs attentes et leurs exigences et ces sociétés dautoroutes appartiennent aux Français. Cest eux qui les ont payées et donc je dis que le Gouvernement na pas le droit, par la loi et dans une démocratie normale, de décider cela tout seul, au creux de lété. Et si nous nétions pas là pour le dire, qui laurait dit ?
Peut-être le Parti socialiste ?
François Bayrou : Vous avez entendu le silence du Parti socialiste …
Donc vous recherchez cette posture de lopposant…
François Bayrou : Non, je cherche la cohérence.
Mais elle ne fait pas lunanimité dans votre propre parti. Gilles de Robien, seul ministre UDF du Gouvernement, est très critique avec vous. Il vous reproche de ” servir la soupe à lopposition” (interview dans les à ‰chos du 26.08.05). Que lui répondez-vous ?
François Bayrou : Cest formidable ! Cest exactement la preuve de ce que je vous dis. Cette politique de refus de privatisation des autoroutes, qui en a été à lorigine ? Qui la portée ? Cest Gilles de Robien. Il était ministre de là ‰quipement. Il est venu devant lAssemblée nationale et le Sénat et il a dit ” je vous demande de ne pas privatiser les autoroutes pour que la France puisse avoir des équipements de transport public “.
Aujourdhui, cest peut-être une fidélité gouvernementale ? Cest aussi une qualité.
François Bayrou : Moi je préfère la fidélité à ses idées. Il y a une cohérence dans la vie politique dont les Français voient bien quelle a presque totalement disparu et quils attendent. Je prends un autre exemple : on a décidé aujourdhui de recréer ” les emplois jeunes “. On les a supprimés il y a quelques mois.
Cest dailleurs Gilles de Robien, ministre de là ‰ducation nationale, qui la annoncé.
François Bayrou : Ce nest pas une affaire de personnes. On avait expliqué aux Français quil fallait changer dorientation. Qui est venu leur dire aujourdhui que ce nétait pas le cas ? On fait et on défait. Il importe quil y ait, pour représenter les Français, des élus et des mouvements qui aient une cohérence et une ligne et qui sachent dire ” non ” quand il faut dire ” non “.
Cest votre position, votre opposition au Gouvernement. Mais cest une posture assez facile …
François Bayrou : Pas au Gouvernement, à ses actes.
Cest une posture assez facile, la posture de lopposant. Que proposez-vous ? Par exemple, on a parlé de la hausse du prix du pétrole, 68 dollars le baril aujourdhui. Concrètement, vous êtes aux affaires, que proposez-vous ?
François Bayrou : Je tiens les engagements qui ont été pris à lautomne, à la demande de lUDF dailleurs, et je rends aux Français les recettes fiscales supplémentaires. On la promis. Il y a des débats, il y a des votes. Pourquoi ne respecte-t-on pas la parole que lon donne ? Quest-ce que cest ces gouvernements qui passent leur temps à revenir sur la parole quils donnent ? Et vous dites facile. Moi, je ne le crois pas. Je crois quil faut un projet de rupture. Je vais vous citer un exemple des ruptures auxquelles je pense et auxquelles il faut que lon réfléchisse. Si lon prend les maux principaux de la société française : chômage, délocalisation, pouvoir dachat en berne, alors on se dit quil y a une cause, centrale, unique qui est lexcès, lincroyable accumulation des charges sociales qui pèsent sur le travail qui fait quon ne peut pas créer demploi, quon ne peut pas le payer au prix qui devrait être le sien. Je crois que sur ce sujet, il faut une rupture et quon cherche autre chose pour asseoir la solidarité nationale, que le travail qui nen peut plus et qui senfuit.
Une dernière question un peu plus politique. Vous êtes en ce moment, même si vous êtes assez critique sur Gilles de Robien seul ministre UDF, à la fois dedans et dehors. Vous êtes dans lopposition lorsque vous critiquez, dans la majorité puisque lUDF est présente dans la majorité …
François Bayrou : … je suis libre.
Hier Bernard Kouchner évoquait une possible alliance, cest un appel du pied. Que répondez-vous à cela ? Vous pourriez faire alliance avec le parti socialiste ?
François Bayrou : Avec le Parti socialiste, sûrement pas. Mettez-vous à la place des Français qui nous écoutent en ce moment. Ils regardent la gauche, cest en capilotade. Cest en décomposition absolue. Ils voient bien que lespoir ne viendra pas de ce côté-là . Ils regardent la majorité, ils voient les résultats, hélas ! 0 croissance, 0 emploi. Ils se disent quil va bien falloir quil y ait un autre projet, dautres équipes et dautres rassemblements. Alors est-ce que des gens hier différents, dans des camps opposés, peuvent demain travailler ensemble pour sortir le pays du drame oà ¹ il se trouve ? Alors oui, je le crois, je lespère …
Donc vous ne fermez pas la porte à une alliance avec certains socialistes ?
François Bayrou : … et je ferai tout ce que je pourrai pour que se constitue un rassemblement alternatif, un rassemblement qui offre une vraie chance différente à un pays qui ne croit plus en rien.
Merci François Bayou dêtre venu sur ce plateau.
Tags | Bayrou, Parti Socialiste, PS, UDF























