Vous avez placé votre discours de rentrée sur le thème de la » rupture » avec la politique des trente dernières années. Nicolas Sarkozy vient de le faire aussi. En quoi votre rupture est-elle différente de la sienne ?
François Bayrou : Avouez quil est divertissant et même franchement gondolant dentendre défendre la » rupture » par ceux-là même qui sont les piliers du pouvoir depuis 2002… Si les mots ont un sens, » rupture « , cela signifie changement profond dorientation et dattitude. Si lon considère, comme cest mon sentiment, que ces changements sont indispensables, alors on ne participe pas au gouvernement. Cest ce que jai choisi. Ou alors bien on impose de lintérieur les changements nécessaires, quitte à ouvrir une épreuve de force.
La position de lUDF vis-à -vis de la majorité nest-elle pas elle aussi ambigà¼e ?
François Bayrou : Cest pour éviter cette ambiguïté que nous avons refusé de participer au gouvernement. Notre ligne, cest la liberté de jugement, la capacité à dire oui, et à dire non. Nous lavons démontré sans cesse au Parlement et dans les débats publics, par exemple sur le sujet des autoroutes. Au contraire, à lintérieur du gouvernement, on est nécessairement solidaire des décisions prises. Cest toute la différence, et toute notre cohérence.
Sur le fond, y a-t-il des convergences entre vous et Nicolas Sarkozy ?
François Bayrou : Jai en effet noté des ressemblances frappantes entre certaines de nos propositions…
Vous laccusez de plagiat ?…
François Bayrou : Personne nest propriétaire des bonnes idées. Dans le discours de Nicolas Sarkozy comme dailleurs dans celui de Dominique de Villepin, je remarque des idées qui sont aussi les miennes.Je défendais déja certaines dentre elles en 2002.Je dis donc : » chiche ! « . Cessons den parler, appliquons les. Tout de suite. Il nest pas besoin dattendre dix-huit mois lorsque des convergences permettent dagir immédiatement. Le gouvernement de la France,ce ne peut pas être le ministère des promesses verbales.
à€ quelles mesures pensez-vous ?
François Bayrou : Au » service garanti » par exemple, notamment dans les transports. Cette idée a été formalisée par Christian Blanc dans une proposition de loi, au début de cette année. Elle a recueilli de nombreuses signatures. Jai cru comprendre que lUMP y était favorable. Très bien. Que le gouvernement la reprenne, ou que les groupes parlementaires la proposent, et lUDF est prête à participer à la mise au point dun texte et à ladopter, sil nous convient . Cela, ce ne serait pas des mots, mais des actes, dans un secteur o๠une immense majorité des Français, de tout bord, attendent un changement.
Pourquoi lUDF na-t-elle pas repris à son compte la proposition Blanc ?
François Bayrou : Ce nest pas un bien grand secret : à lépoque, Gilles de Robien était ministre des Transports. Il avait choisi une tout autre démarche et nous ne voulions pas le mettre en porte-à -faux. La situation est aujourdhui différente.
Que préconisez-vous de faire immédiatement en matière sociale, votre domaine de prédilection ?
François Bayrou : Le 30 août, jai lancé lidée dune » allocation sociale unique » que lon puisse conserver quelques mois lorsquon retrouve un emploi. Dominique de Villepin a repris cette idée le 1 er septembre. Fort bien ! Quon passe à lacte. Nous sommes prêts à participer à sa définition et à son adoption. De la même manière, il y a trois ans que lon propose de lier les minima sociaux à une activité dintérêt général. Cest ce que jai appelé » lactivité universelle « . Nattendons pas. Mettons tout de suite en Å“uvre cette orientation, que le RMA devait traduire, mais qui sest perdue dans les sables mouvants.
Je souhaite enfin des mesures rapides dans le domaine du logement. Aujourdhui, pour une location comme pour un achat, on multiplie les demandes de caution. De sorte que, en réalité, lon en vient à ne prêter quaux riches. Il y a deux choses à faire : favoriser les cautions mutuelles pour la location et pour lachat, instaurer en France les crédits fondés sur le bien acheté, quon appelle » hypothécaires « . LUDF est prête à participer à la mise en Å“uvre immédiate de ces mesures.
En matière de fiscalité, il y a concurrence entre Villepin et Sarkozy. O๠vous placez vous ?
François Bayrou : Ce quon propose aujourdhui, cest de plafonner tous les impôts directs , locaux et nationaux. Arrêtons dêtre hypocrites : cest de lISF que lon parle. Et cette question exige un débat national approfondi.
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